De quoi l’élection d’Emmanuel Macron est-elle le fruit ?

 

Emmanuel Macron a donc été élu président de la république et cela constitue, qu’on le veuille ou non, une surprise assez phénoménale. Il est aujourd’hui en théorie le président de tous les Français, et bénéficie, ce qui est habituel du spasme d’adoration des premiers temps, peut-être encore un peu plus déplaisant, alourdi qu’il est par la course à la gamelle des perdants dont l’absence totale d’amour-propre fini par être vertigineuse. Les gazettiers, qui adorent ça, spéculent sur la composition du premier gouvernement et sur le résultat des élections législatives. Les Français, dont une majorité conséquente déteste Macron et ce qu’il représente sont dans l’expectative et c’est bien normal. Ce n’est pas cette campagne électorale absurde qui a permis de deviner qui était le nouveau président et quelles étaient ses intentions. Le temps viendra de l’étude détaillée de cette étrange victoire. Jusqu’assez récemment on pouvait penser à une simple et habituelle bulle médiatique. Les congédiements d’Alain Juppé, et de Nicolas Sarkozy, puis ensuite la pantomime de la primaire socialiste montrèrent que dans les couches supérieures de la société, le dégagisme était puissant, ce qui permettait de donner une certaine consistance à l’hypothèse Macron. Mais cette explication est insuffisante. Et à la question de quoi cette victoire est-elle le fruit, je crois que parmi d’autres, trois réponses se dégagent qui ne sont pas réjouissantes.

Emmanuel Macron doit en premier lieu son élection à une forme de coup d’État, qui a impliqué la haute fonction publique, les médias, et le grand Capital. Ensuite, à l’absence de réaction des forces politiques et démocratiques devant cette manipulation qui a pourtant abouti à retirer à l’élection présidentielle  2017 son caractère de sincérité et de légitimité. En troisième lieu cette confiscation a été permise par une prise de pouvoir totale de la haute fonction publique d’État et de ses réseaux, pour porter l’un des siens à la présidence.

Une élection faussée par une forme de coup d’État.

Ce début de l’année 2017 m’a permis d’appréhender la dimension pratique des expressions « s’égosiller en vain » et « sentiment de solitude ». Je renvoie pour éviter de rabâcher aux textes que j’ai publiés au fur et à mesure. L’offensive médiatico-judiciaire foudroyante lancée contre François Fillon, personnage certes particulièrement vulnérable, au début de la campagne électorale a mobilisé justice et médias, sur la base d’un accord frauduleux qui aurait dû sauter aux yeux de tout observateur de bonne foi. La disqualification méthodique du candidat des Républicains par une juridiction d’exception et l’utilisation de ses matériaux par une presse amie alimentée, entache déjà complètement la légalité du scrutin. Le traitement déséquilibré des médias, lancés dans une invraisemblable propagande au profit du candidat choisi par le système, a dévoyé le débat dont chacun s’accorde à considérer qu’il n’a pas abordé les vraies questions. Malheureusement ce déséquilibre a été complètement couvert par les instances de contrôle. Qui ne se sont manifestées que pour venir au secours du candidat officiel dès lors qu’il aurait pu se trouver en difficulté. Ou qui se sont gardées d’intervenir lorsque des accusations précises étaient portées contre lui ou certains de ses soutiens. Déjà illégal, le scrutin est aussi insincère. Et enfin, le financement opaque de cette campagne, et l’évidence qu’il y aurait à réintégrer tous les débours exposés par l’État et les grands médias en appui direct de la candidature de Macron, comme l’exige la loi, devraient rendre impossible la validation de son compte de campagne. La loi de 1990 sur le financement public de la vie politique a considérablement étoffé et durci le droit électoral. Pour deux raisons, la première est la nécessité d’assurer la transparence et l’équité dans la conquête des suffrages, la deuxième est que le financement de l’État est proportionnel aux résultats électoraux. Assurant ainsi la légitimité des élus et la justice dans le financement des partis, les scrutins doivent être irréprochables. Ce n’est pas le cas de ceux de l’élection présidentielle de 2017. Et c’est une situation dangereuse.

Une étonnante passivité face à une opération grossière

Les mauvaises habitudes d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques, ont amené tous les adversaires de François Fillon et de Marine Le Pen à se réjouir de leurs ennuis. L’évidence de la partialité, l’acharnement et les manipulations ne les ont pas gênés, jusqu’à Jean-Luc Mélenchon qui a trouvé cela très bien, mise en examen ou simple mise en cause des adversaires, valant condamnation lorsque l’on bat les estrades. C’est assez lamentable, mais ce n’est pas nouveau. Et plutôt que de voir le danger, s’inquiéter des atteintes aux libertés publiques qui ont sous-tendu ces manipulations qu’elles soient judiciaires ou médiatiques, les politiques, les militants et les citoyens ont regardé, rigolards se débattre leurs concurrents dans la nasse, persuadés que cela ne pouvait pas leur arriver. Jusqu’à Philippe Poutou le faux rebelle télécommandé venant en pyjama sur les plateaux insulter Fillon et Le Pen devant le candidat du CAC 40 buvant du petit lait. Est-ce que Jean-Luc Mélenchon a compris quand, annoncé en hausse dans les sondages, il a vu se dresser contre lui un mur médiatique autrement plus violent que celui que subissait Marine Le Pen ? Staline était de retour, et les chars russes annoncés près de Brest (Finistère..). Malheureusement, chaque camp s’est occupé de son résultat et de la façon de s’en servir, passant à l’étape suivante sans se préoccuper de la catastrophe démocratique qui s’était produite. Les couches populaires restent à juste titre, avec le sentiment diffus de s’être fait avoir ce qui annonce peut-être des moments difficiles

La prise du pouvoir par les hauts fonctionnaires d’État

Le 26 août 2014, sur le perron de l’Élysée Jean-Pierre Jouyet annonçait dans un sourire béat la nomination au poste de ministre de l’économie de son poulain, élevé à la meilleure avoine sous sa direction à l’inspection générale des finances de Bercy avant d’aller parfaire son entraînement dans un haras de confiance, la banque Rothschild. Huit jours plus tard Emmanuel Macron, parfait inconnu du grand public jusque-là, avait droit à sa première une de magazine accompagnée d’une interview en page intérieure de l’Obs. Cette une, qui compte tenu du bouclage d’un hebdomadaire de ce type a été décidée et composée avant la nomination, nous annonce clairement la couleur. Photo avantageuse du nouveau ministre avec un sous-titre qui barrait toute la page « l’homme de la situation ? » Et en appel de couverture : « son credo social libéral, ses réseaux patronaux, ses ennemis à gauche ». Dès ce moment on a la feuille de route, et constate qu’Emmanuel Macron a reçu l’onction des Seigneurs. Cette noblesse d’État identifiée en son temps par Pierre Bourdieu et qui au fur et à mesure de l’affaiblissement des fonctions politiques, de l’avènement de la médiocrité insigne du personnel, a pris directement le pouvoir sur les rouages. Elle est surplombée par l’inspection des finances, et beaucoup de ses membres ne se donnent même plus la peine de se lancer directement en politique. Jeu de chaises musicales dans les grandes institutions de l’État, dont certaines sont particulièrement rémunératrices. Pantouflage systématique dans les grandes entreprises et les banques où ils se mettent au service de l’argent, grâce à ce capitalisme de connivence à la française, ne négligeant pas parfois les allers-retours gratifiants. L’élection présidentielle vient de les voir à l’œuvre, chacun à des postes stratégiques que ce soit directement à l’Élysée, au Conseil Constitutionnel, au CSA, à la Commission des Comptes de Campagne, au Conseil d’État, dans les grands médias, les grandes entreprises, les banques etc… La catastrophe politique du mandat de François Hollande sur lequel beaucoup d’entre eux avaient misé, leur a montré qu’il n’était plus possible de laisser les manettes à des Harlem Désir, des Jean-Vincent Placé, des Barbara Pompili, des Cécile Duflot, des Bruno Le Roux, pour ne parler que des pires. Exit la classe politique fourbue, il a donc fallu mettre les mains dans le cambouis et avec la promotion d’un jeune inconnu, faire semblant de tout changer pour que surtout rien ne change.

En ne s’embarrassant guère de scrupules démocratiques. Comme le démontre la liste des candidats aux législatives, triste inventaire à la Prévert qui ne peut masquer la fonction de blanchisseuse du parti socialiste et l’évidente mainmise de la caste dont la candidature de Gaspard Gantzer est le symbole obscène.

Et c’est là que le bât blesse vraiment, la réussite de la confiscation de l’élection semble les amener à se croire tout permis.

10 Comments

  1. Rien à redire, sinon que parmi les pires, il ne faut pas oublier Najat Vallaud-Belkacem qui a achevé une éducation dite « nationale » moribonde.

  2. Excellent article, en tous points, comme d’habitude.

    Mais, pour moi, à la question : « DE QUOI L’ÉLECTION D’EMMANUEL MACRON EST-ELLE LE FRUIT ? », la réponse est TRES simple: au manque d’honneur de FILLON ! Si ce triste sire avait tenu sa promesse de se retirer et avait passé le flambeau, au moment de sa mise en examen, à Alain JUPPE, nous ne serions pas aujourd’hui en pleine macronmania et autres délires de pseudo-changements de paragdimes !

  3. Merci !
    Cela fait du bien de se sentir moins esseulé dans ses analyses. Reste le problème majeur que faire, et comment se préparer au pire qui vient.

    • Juppé, un vieux cheval de retour et un vieux macronien de droite. un membre de l’oligarchie ultralibérale et européiste.

    • je ne suis pas d’accord avec vous Alain Celse, personne ne peut être sûr que MR Juppé serait passé
      comme de toutes façons « ILS  » voulaient placer Macron avec des moyens considérables, (j’ai aussi lu que le PNF n’avait rien vu dans sa déclaration financière !! ) je crains que Mr Juppé aurait suivi le même chemin queMr Fillon .et aussi il ne faut pas oublier que MrJuppé et Mr Fillon n’avaient pas le même programme et c’est bien pour cela que Mr Fillon avait gagné les primaires !

    • Alain Ceste, qui a donc supporté Fillon contre toute logique et contre Fenech qui réclamait un plan B d’urgence ?

      Si ce support n’avait pas existé, Fillon aurait effectivement explosé en plein vol.

      Et oui, Sarko a tout simplement joué la carte Macron en maintenant Fillon sous perfusion.
      Dans quel but ?
      C’est ici que le système vous traitera de complotiste si vous commencez de développer un tantinet.
      Quelques pistes…Fillon a mis deux minutes chrono pour se rallier à Macron et après les résultats du premier tour.

      Ca devrait déjà vous mettre la puce à l’oreille.

      Ensuite, Juppé qui disparaît après une conférence de presse solennelle pour mieux revenir par la fenêtre via Edouard Philippe.
      Il n’en faudrait pas beaucoup pour que Juppé ne devienne premier ministre à la place de son ancien bras droit par le truchement d’une victoire programmée des… LR+centristes aux législatives.

      Mais là je vais non seulement trop vite, mais surtout trop loin.

      Une chose est certaine, pour garder le pouvoir, les héritiers jacobins de 1789 sont capables de contorsions à rendre jaloux les meilleurs yogis de la planète.
      LREM en est un exemple frappant.

  4. Penser à ajouter Pellerin, Taubira, Touraine, Fabius, le Foll et Fioraso à la liste..

  5. Nous vivons à l’ère du simulacre.

    L’Union européenne simulacre d’état fédéral, l’euro, deutschemark déguisé, simulacre de monnaie européenne, l’union de deux personnes de même sexe simulacre de mariage, la pax americana simulacre de paix, etc., etc., et voici Macron simulacre d’homme de la nation…

    Certes, comme dit Shakespeare, la vie est une pièce de théâtre dont nous sommes les acteurs, mais ne plus savoir faire la différence entre l’acteur et le personnage qu’il joue, confondre le simulacre et l’acte simulé, admirer la copie autant ou plus que l’original, c’est se condamner à la folie.

  6. Beaucoup est dit. Sans faire de catatrophisme, je pressents que le pire est à venir. La censure s est accentuée (médias France) et le pays se dirige lentement mais sûrement vers ce qu il semble être un régime autoritaire avec la bénédiction de l UE factice. Je crains que bientôt les opinions divergents du pouvoir soient sanctionnées. D ailleurs, je remarque que la droite n est plus dans le paysage médiatique alors que bientôt législatives . Macron est chéri. Personnellement, je le trouve habile mais je n oublie pas la façon de son accession au pouvoir. Ce qui m interpelle, c’est qu avec son « libéral » transnationale ce sont tous les métiers qui seront visés, je dis bien TOUS. Échanges gagnant-perdant pour nous. J’espère un sursaut de la droite qui manque cruellement est vrai de dynamisme. ..

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