Anti-germanisme : protéger les Allemands contre eux-mêmes ?

 

Après Weinstein et Cantat, occupons-nous de l’Allemagne.

Mathieu Morel, qui a déjà sévi dans ces colonnes, affronte l’épreuve du retour du nourrisson de la maternité. Comme ce n’est pas la première fois, il le fait avec une certaine détermination malgré la fatigue. Le problème c’est que cela peut le rendre un peu ronchon. Et il constate que nous vivons une séquence européenne particulière, où la mainmise de l’Allemagne sur l’UE est devenue indiscutable. Les meilleurs esprits du temps comme Pierre Manent et Emmanuel Todd, chacun sa façon (!…) déplorent l’aveuglement de nos élites. Manent nous invite à «Sortir de cet état de transe amoureuse envers l’Allemagne», Todd toujours optimiste nous dit que nous assistons à «Une autodestruction de l’Europe sous direction allemande», et que les gouvernants français ne sont que des « élites dirigées » depuis Berlin. Parallèlement, une double révision historique se produit sous nos yeux. D’une part ces élites dirigées ont entrepris un travail qui consiste à dédouaner l’Allemagne de sa responsabilité dans le deuxième conflit mondial. Nous avons entendu cet été Emmanuel Macron nous dire que la Shoah, c’était la France, et entendu glapir sur les plateaux les petits télégraphistes de cette mauvaise cause. Mais d’autre part, et c’est ce qui est très intéressant, l’historiographie est en train de tordre le cou à la déculpabilisation de l’Allemagne et de son peuple, mise en place pour cause de guerre froide après 1947. Il faut lire « les crimes de la Wehrmacht », « les vaincus », « l’Europe barbare », « la fin » « la guerre allemande » et d’autres encore, tous ouvrages récents qui établissent une vérité historique masquée : le nazisme a été soutenu activement, et jusqu’au dernier jour, par l’ensemble du peuple allemand qui savait tout de l’horreur paroxystique de l’entreprise conduite par leur pays.

Nous y reviendrons, car il s’agit là d’une question essentielle. Et ce n’est pas insulter les Allemands pris personnellement, que de dire l’Allemagne pose aujourd’hui un problème à l’Europe. Et que nous devons nous garder, y compris dans leur intérêt, de leurs tendances lourdes.

En attendant, nous allons passer la parole à Mathieu Morel. Qui nous rappelle à sa façon que #lagermanophobieestunhumanisme.

Régis de Castelnau

 

 

Quand Mathieu Morel affronte l’épreuve du retour du nourrisson de la maternité.

#BalanceTonPapaPoule #TétinesPartoutTeutonsNullePart

Or donc, comme l’heure avançait et que celle du dernier biberon avait été fixée à minuit 30 (heure de Berlin), je me tapai consciencieusement une soirée documentaire « Histoire interdite » sur la chaîne C8, consacrée aux fameuses zheures sombres dont à propos desquelles on raconte quand même de plus en plus n’importe quoi, de plus en plus outrancièrement et, de plus en plus, sans perturber la léthargie ambiante.

Donc, pour ceux qui n’ont pas la chance de donner le sein (ou le biberon, hein, je ne pousse pas l’anti-genrisme jusqu’à des extrémités qu’on pourrait me reprocher un jour), je résume :

PREMIERE PARTIE : si les Nazis ont fait la guerre avec un entrain qui nous a laissés pantois, c’est à cause de la drogue qu’on leur refilait à leur insu.

DEUXIEME PARTIE : si les Nazis – qu’on associe souvent hâtivement à l’Allemagne, on se demande pourquoi – se sont laissé aller, par le truchement d’un idéalisme parfois un peu trop bon enfant, à quelques malencontreux dérapages ici ou là, c’est rien qu’à cause de cette saloperie d’engeance de Français qui… euh que… enfin, y en avait… mais n’empêche : d’abord ils ont refusé « d’inspirer confiance » à l’Allemagne en 39 (alors qu’il est interdit de refuser d’inspirer confiance à l’Allemagne) et ensuite, vaincus sur ordre de quelques veules élites, ils ont collaboré à « l’inspiration de confiance » (alors qu’il est immoral de collaborer).

Non mais alors ! Si on n’avait pas opportunément aboli le crime de « haute trahison », je me demande si on ne devrait pas inscrire, juste à côté, celui de « inspiration confiance à l’Allemagne ».

Quitte à redonder, autant que ça parle.

Bref. Quand j’étais enfant, docile, discipliné et malléable, on nous expliquait (déjà avec de lourds renforts de circonvolutions) que « les Français » n’étaient devenus « résistants » (par magie, sans doute ?) qu’à partir de juin 1944 environ et que grâce à cette leçon d’humilité, il nous suffisait désormais d’être « contre le Front National », de voter Mitterrand et d’adorer Harlem Desir pour s’assurer de ne jamais basculer du mauvais côté.

Ensuite, on nous a subtilement fait comprendre qu’il y avait sans doute eu un malentendu, que rien n’est jamais simple puisque « tout est dans tout et réciproquement », et qu’on ne pouvait pas « en rester là » si on voulait « pouvoir repartir sur de bonnes bases ».

Les « bases » ont dû être bonnes puisqu’aujourd’hui, l’Allemagne n’a presque plus rien à voir avec le nazisme (ou alors accidentellement : elle passait là, par hasard, et POUF !) ; le nazisme n’a rien à voir avec une idéologie politique (c’est juste vraiment de façon e l’effet d’une drogue qui les a un petit peu désinhibés) ; les Français sont des ordures (la preuve : pendant l’Occupation, les résistants étaient certes gentils mais assez sauvages et à la Libération, ils n’étaient plus que sauvages… tandis que pendant l’Occupation, les collabos faisaient ce qu’ils pouvaient et à la Libération, on les a sauvagement châtiés sans discernement).

Bon enfin on s’en fout.

Depuis, on a « fait l’Europe », la fameuse « fin de l’Histoire » que le monde entier nous envie.

Et grâce à l’Europe, tout ça est fini (comme on disait en 1918).

On ne nous y reprendra plus, à vouloir tout faire comme les Allemands parce que les Allemands, ben ils font tout mieux que nous, ils fabriquent plus solide (même quand c’est fait en Chine, comme nous), ils votent mieux que nous puisqu’ils ne votent pas Le Pen et parce qu’ils sont, par essence, RAISONNABLES et PRAGMATIQUES, contrairement à nous qui serions velléitaires, excessifs, lymphatiques, arrogants, veules, lâches et traîtres (ça donne la couleur : elles y sont toutes pourvu qu’elles fassent un truc dégueulasse à la fin).

Sans compter que critiquer l’Allemagne, c’est tellement bassement français, tellement nationaliste, tellement arrogant. Ils ont tellement souffert…

Tandis que vomir, à la Une du Spiegel sur les Français et leurs « passions tristes », ça, c’est so « nouveau monde », c’est un signe de « réconciliation » moderne et très « tourné vers demain qui sera-t-un nouveau jour ».

Alors comme j’avais déjà observé, précédemment, à l’occasion d’autres soirées documentaires, comment nous (les salauds !) avions – pas toujours très gentiment, c’est vrai – demandé à l’ex-occupant de réparer ce qu’il avait bousillé sur le territoire qu’il venait d’occuper un peu virilement (parce que, à l’inverse, on se rappelle assez rarement la façon dont nous avons – très parcimonieusement, sauf à considérer que Verdun et Sedan sont en Allemagne… et encore – occupé l’Allemagne au cours des 3 dernières guerres – fussent-elles mondiales, locales ou juste folkloriques – qui nous ont indéfectiblement liés depuis bientôt 2 siècles et avec, toujours, le même genre de rapports), je finis par me demander si, au bout du compte, la vocation de l’Europe n’est pas d’être allemande puisqu’on a manifestement toujours les mêmes difficultés à résister à la vocation de l’Allemagne… d’être « l’Europe ».

Manquerait plus qu’elle en soit le « modèle », tiens.

J’en ricane d’avance.

De toute façon, un jour ou l’autre, nous serons tous morts. Ou bien certains se rappelleront (ou redécouvriront, au train où on va) que l’Histoire n’est pas faite uniquement de circonstances, d’opportunismes ou de statistiques mais aussi de géologie, d’anthropologie, de philosophie et de tout un tas de trucs abstraits, assez pénibles à circonscrire dans un référentiel de « prix de revient ».

Il sera bien temps, au lendemain de la troisième, de s’interroger enfin sur d’éventuelles névroses allemandes, hein.

Et sur quelques névroses françaises aussi. À commencer par cette espèce de syndrome de Stockholm dont, pour le coup, nos amis teutons semblent excessivement vaccinés.

En faisant assez rapidement, on devrait pouvoir éviter de louper le début de la quatrième.

8 Comments

  1. Hommage aux villages martyrs de la Vallée de la Saulx (Meuse), Robert-Espagne, Beurey-sur-Saulx, et Couvonges (Mognéville village de ma grand-mère maternelle – préalablement détruit en 1914 lors de la Bataille de la Marne – ayant été sauvé in-extremis par le notaire) durant la journée du 29 août 1944, perpétré par la Wehrmacht en déroute, et non les SS comme le prétendirent les premières conclusions, et même un article du Figaro.
    Ceux qui les servent sont pires encore.
    Bien cordialement,
    Anne

  2. L’histoire se répète. L’Allemagne a besoin de vassaux, qu’elle soit nazie ou démocratique, pour accomplir son projet de domination absolue, qu’il soit criminel ou qu’il soit économique. Lire le livre de Yaacov Jack Handeli, De La Tour Blanche aux portes d’Auschwitz. Un Juif grec de Salonique se souvient, Collection Judaïsmes, L’Harmattan, 2001. Il raconte notamment, de manière poignante, comment les Allemands ont abusé tant les Juifs de Salonique que les autorités grecques pour réaliser en 6 semaines la déportation de 42830 Juifs saloniciens. Par exemple, p. 72 : »Le même jour une annexe du camp [de regroupement à Salonique] fut encerclé par la police, juive et grecque, qui donna aux gens vingt minutes pour quitter leur maison. » Tout comme la police française précédemment au Vel d’Hiv. Et pp. 71, 73, 82 et 83 comment les mensonges allemands sur la déportation ont amené les Juifs à se laisser rafler et emmener sans résistance. C’est le mode criminel.
    Aujourd’hui, l’Allemagne a su faire accepter sa monnaie sous le nom « d’euro » et, se présentant comme un « modèle », elle exige la soumission des peuples à sa cage de fer (Lire le dernier livre de Yannis Varoufakis, Des Adultes autour de la table) qu’elle justifie comme étant la seule solution pour « l’Europe », alors qu’il ne s’agit que d’assurer les pensions de sa population de vieux. Le thème de la défense de l’Europe est le retour d’une vieille propagande sur « l’Europe nouvelle » face à la « menace » bolchevique (lire Bernard Bruneteau, Les « Collabos » de l’Europe nouvelle, Biblis, CNRS-Édition, 2016, qui montre la continuité des hommes et de leur pensée après guerre).
    Le projet dit « européen » est en réalité la revanche de l’Allemagne et de ses collabos.

  3. Cet appétit de soumission de nos « élites » à l’Allemagne ou à l’islam (dans deux générations, ça sera la même chose) ne cesse de m’interroger.

    Je pense que nous devons changer de classe dirigeante mais je ne sais pas comment.

  4. Quant à l’ appétit de soumission de vos élites aux Etats-Unis et à Israël, il ne pose aucun problème ! Rappelons que l’ attitude effectivement honteuse à l’ égard de l’ Allemagne a une histoire assez longue : ce sont les Etats-Unis qui l’ ont imposée à une France sans dignité (si l’ on excepte la parenthèse du général De Gaulle : je n’ ose dire « la parenthèse gaulliste » depuis que nous savons que les ministres du général faisaient dans leur culotte à l’ idée de défendre l’ indépendance du pays). « Soumission à l’ islam  » ? A part des attitudes peu claires à l’ égard du Qatar et surtout de l’ Arabie Saoudite, je vois mal de quoi vous parlez (Erreur , j’ étais distrait : vous faites sûrement allusion aux livraisons d’ armes de nos gouvernements successifs aux djihadistes de Syrie et des environs !).

  5. Mais où donc a t on vu, lu, entendu Macron dire que la Shoah c’était la France?
    Ce raccourci de préambule est à l’image du texte qu’il introduit, ronchonneur, et surtout bien léger au regard de l’ambitieuse mission qu’il se fixe.
    Cela peut s’excuser: le retour du nourrisson, même pour des parents rodés à l’exercice, perturbe parfois l’analyse.

  6. L’UE, autre nom de la politique étrangère allemande n’est donc que le masque qui cache difficilement l’assujetissement de notre cher et vieux pays à Berlin…nos dirigeants, sitôt élus rappliquant ventre à terre, « nach Berlin » pour prendre leurs ordres de Merkel ( la réciproque n’est pas vraie : a-t-on vu un dirigeant allemand se précipiter à Paris sitôt élu ?? )

  7. Deutschland über alles…ainsi opère ce pays qui exige rubis sur l’ongle financier de la Grèce, en humiliant ce pays et son peuple, mais à qui on ne saurait rappeler qu’il n’a jamais payé, ou si peu, les réparations de guerre auxquels il était assujéti…

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