Les routes de l’esclavage : Arte fait œuvre utile

Regarder Arte est fréquemment une épreuve. À 20 heures lorsque qu’on s’affale devant la télé, il y a la pire émission du paf, les « 28 minutes » d’Élisabeth Quin. Sa vision vous expose à l’absorption d’une dose létale de doxa nécessitant une mise immédiate à l’abri. Heureusement, il y a ce que l’on appelle le « replay » dont il faut aller de temps en temps consulter les programmes. On y trouve des pépites comme la récente série de quatre documentaires intitulée Les routes de l’esclavage.

Superbes séquences filmées, animations particulièrement réussies, interviews d’universitaires érudits, les quatre documentaires bénéficient aussi d’une construction chronologique qui en accentue la clarté. Le premier épisode s’attache à décrire ce que fut la traite arabo-musulmane, les trois autres détaillent l’émergence, la maturité et le déclin de la « traite atlantique » nommée comme telle, car les routes étaient essentiellement celles de l’Atlantique pour alimenter le Nouveau Monde en esclaves. Intéressé par le sujet, j’avais déjà lu un certain nombre d’ouvrages et en particulier ceux d’Olivier Pétré-Grenouilleau et celui de Tidiane N’diaye, Le Génocide voilé.

Taubira et sa mauvaise foi

J’étais un peu méfiant compte tenu des polémiques qui avaient accompagné la publication de ces livres et les insultes et les procès d’intention ou carrément judiciaires dont avaient été victimes les auteurs. Et surtout, à cause du battage communautariste qui avait suivi l’adoption de la loi de 2001 dont Christiane Taubira était rapporteur. La concurrence mémorielle faisait florès, malheur à ceux qui voyaient une différence de nature entre la Shoah-génocide et la traite-crime contre l’humanité. Jamais en retard d’une mauvaise action, Christiane Taubira, insista pour que la traite arabo-musulmane échappe à l’opprobre. À ceux qui l’interrogeaient sur cette absence, elle avait répondu par cette formule stupéfiante : « Il ne faut pas que les jeunes Arabes portent sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes ». En revanche, les jeunes blancs, ils ont des dos plus solides, c’est ça ? Mes craintes étaient infondées, même s’il y a des sujets de débat, des approches peut être discutables, l’ensemble est d’une grande honnêteté.

Après un rapide rappel de l’esclavage dans l’Antiquité, le premier chapitre porte sur la traite arabo-musulmane, sa longueur (1300 ans), ses spécificités, sa violence et les conséquences terribles sur les sociétés africaines. Et l’on comprend mieux que le monde arabe soit encore aujourd’hui le lieu des pires exploitations et de fréquentes résurgences de la violence esclavagiste. Les trois épisodes suivants examinent les causes et les modalités de l’installation et du développement de la traite atlantique. S’articulent alors causalités et corrélations, dans un enchevêtrement structuré par la colonne vertébrale de l’émergence du développement économique capitaliste occidental à partir du XVe siècle. Les débuts du deuxième millénaire de notre ère ont été marqués en Méditerranée par l’affrontement entre le monde arabo-musulman et le monde chrétien. En 1453, la prise de Constantinople par les Turcs ferme les routes du commerce européen vers l’Asie et pousse les nations de marins vers l’Atlantique, en direction de l’Afrique et du Nouveau Monde. À la recherche de l’or, ils y trouveront de la chair humaine. Remarquablement documentés et réalisés, ces épisodes nous donnent à voir comment dans un processus effrayant de réification, l’homme est devenu un outil. Et c’est là, que se situe la différence avec la traite arabo-musulmane. Qui prive certes l’esclave de son humanité, mais lui en laisse quelques bribes. La violence se manifeste de diverses façons et elle nous apparaît aujourd’hui proprement intolérable, mais elle ne pousse pas jusqu’au bout certaines logiques de négation absolue, qui seront celles de la traite européenne.

 Esclavage et capitalisme : la poule et l’oeuf

Plusieurs civilisations avaient acquis au XIVe siècle les bases matérielles du passage au capitalisme et en particulier le monde arabe et la Chine. Pour des raisons sur lesquelles les débats entre spécialistes font rage, c’est l’Europe de l’Ouest qui a enclenché le processus. Pourquoi, comment ? Ce sont des discussions sans fin sur la poule et l’œuf. Pour savoir si c’est l’esclavage qui a permis comme on dit chez les marxistes, l’accumulation primitive de richesse et la création des structures de crédit et d’assurance indispensables à l’essor du capitalisme et à la révolution industrielle. Ou si c’est l’essor du capitalisme qui a permis l’instauration de la traite atlantique. Indiscutablement, la série penche pour la première hypothèse. On peut retenir la seconde, c’est mon cas.

Aldo Schiavone, professeur de droit romain et grand spécialiste de l’Antiquité a avancé dans un ouvrage intitulé « l’histoire brisée, la Rome antique et l’Occident moderne » une hypothèse pour expliquer la chute de l’empire romain. Pour lui, c’est l’incapacité à accomplir le saut que nécessitait l’abandon du mode de production esclavagiste qui est à l’origine de l’effondrement. Et que la Renaissance, après la convalescence du Moyen Âge, n’est que la reprise d’une continuité enracinée dans l’antiquité romaine. Schiavone identifie trois obstacles au passage de Rome à un autre mode de production : le manque d’investissement, les limites de l’exploitation des forces de travail serviles, et l’absence d’innovation. Ce qu’il formule de la façon suivante : « La disponibilité des capitaux (publics ou privés) et les possibilités technologiques ne se rencontrèrent jamais … à ceci s’ajouta un trait antimatérialiste qui allait conditionner toute la civilisation antique ». Les historiens interrogés dans les documentaires nous montrent justement qu’à partir du XVe siècle, les possibilités technologiques et les capitaux vont se rencontrer, et l’essor de la bourgeoisie européenne va faire sauter le verrou culturel. C’est l’entrée de l’Occident dans les eaux glacées du calcul égoïste. Car ce que montre de façon parfois terrifiante ces films, c’est le caractère implacable de ce calcul économique appliqué à l’esclavage. On a besoin de bras, on va déshumaniser par principe les hommes libres raflés ou achetés, et organiser leur servitude à partir des seuls critères de rentabilité et de profit. Au regard des acteurs de cette immense tragédie, les esclaves ne sont que des marchandises qui circulent puis des outils qui travaillent. Et rien d’autre. Cette déshumanisation des victimes de la traite, s’accompagne de celle de ceux qui l’exploitent, abandonnant tous les sentiments humains d’altruisme, de morale et de compassion.

Robespierre le premier …

De façon dialectique, ce commerce va générer très tôt un malaise grandissant dans les sociétés européennes. Il apparaît très tôt face à cette terrible violence, on lui opposera des constructions idéologiques qui deviennent intenables les unes après les autres, et nous horrifient aujourd’hui. Avec son : « périssent les colonies plutôt qu’un principe ! » Robespierre obtiendra le 16 pluviôse an II (4 février 1794), que l’esclavage soit aboli pour la première fois dans le monde. Car le paradoxe de cette traite atlantique c’est que le constat de son caractère inacceptable et la lutte pour son abolition sont venus des sociétés européennes elles-mêmes. Au travers de luttes parfois acharnées, motivées par l’humanisme mais aussi par la volonté de ces sociétés de se prétendre plus civilisées parce qu’ayant renoncé à cette barbarie. Constatons, que le monde arabe n’a jamais effectué ce travail.

Le ventre encore fécond ?

Il est difficile de ressortir de la vision de ces quatre épisodes sans un certain trouble. Car ils nous montrent tout ce qui a marqué la civilisation occidentale et y laisse aujourd’hui des blessures encore vives. Mais il n’est pas question de repentance, et je refuse cette prétention à de quelconques réparations financières. Il faut cependant regarder en face ce qui apparaît au travers de cette histoire de la traite atlantique : la violence intrinsèque du capitalisme dont l’Europe de l’Ouest a imposé le modèle au monde. Au XIXe siècle parallèlement à la poursuite de l’esclavage dans les colonies, il y a eu l’accouchement de la révolution industrielle. D’une très grande violence à l’égard de populations rurales massivement et durement prolétarisées, ou forcées à émigrer, pour être ensuite jetées dans des guerres mondiales elles-mêmes industrielles. On n’oubliera pas les colonisations elles aussi marquées par la violence. Au cours de la seconde guerre mondiale, on a pu voir un peuple civilisé et cultivé basculer dans une barbarie insensée. Avec un rétablissement massif de l’esclavage par le travail forcé des populations considérées comme inférieures et la déshumanisation absolue des juifs dans un génocide rationnel et industriel. La grande bourgeoisie allemande, a non seulement porté Hitler au pouvoir, mais sachant tout, n’a eu aucun état d’âme, à en profiter et soutenir la pire des aventures criminelles.

Évidemment, la violence humaine n’est pas propre au capitalisme, le prétendre serait absurde. Mais dans ce domaine, ce mode de production n’a guère d’état d’âme. L’histoire de la traite atlantique en est une terrible démonstration.

28 Comments

  1. Votre analyse est très juste. J’apporterais 2 précisions : quand vous écrivez « Qui prive certes l’esclave de son humanité, mais lui en laisse quelques bribes. La violence se manifeste de diverses façons et elle nous apparaît aujourd’hui proprement intolérable, mais elle ne pousse pas jusqu’au bout certaines logiques de négation absolue, qui seront celles de la traite européenne. » Il faut distinguer les formes de traite dites arabo-musulmanes. Il y a eu des traites arabes, persane et ottomane. Pour l’ottomane, que je connais le mieux, je citerai l’exemple des esclaves eunuques. Les Ottomans distinguaient les eunuques blancs, essentiellement Slaves que l’on émasculait et les eunuques noirs, africains à qui l’on coupait également le pénis. La mortalité était effroyable et les survivants sont décrits faisant pipi dans des canules conçues à cet effet ! Pour moi, les 2 traites ont eu des formes de négation absolue.
    Le grand Aldo Schiavone oublie un quatrième facteur dans le déclin de Rome : l’effondrement démographique. Il est vrai que ce facteur est fréquemment oublié des historiens qui ont oublié leurs cours de géographie.

      • Il existe un fait, incontestable, qui souligne vos propos. Pour qui a voyagé à la fois dans « les Amériques » et dans « les pays arabo-musulmans », il y a une différence visible : dans les premiers (USA, Amérique du Sud et Caraïbes), il y a des « noirs », des « métis », des « mulâtres »… Dans les seconds, il n’y en a aucun.

        • Pardon de vous contredire, mais il y a aussi des Noirs et des mulâtres dans les pays arabo-musulmans, à commencer par les Gnawas au Maroc, par exemple et mal vus ou les Harattins de Mauritanie, sans parler des « Soudanais » d’Égypte !

  2. Effectivement, une initiative heureuse d’ARTE. L’aboutissement, un superbe et incroyable documentaire.

    • J’ajouterais : une différence de plus entre l’Amérique de Nord et de Sud et concernant la population «amérindienne» : dans plusieurs pays d’Amérique du Sud [Bolivie, Pérou, Colombie …] elle est encore importante. En Amérique du Nord elle est très réduite. La cause n’est sans doute pas la même [que l’esclavage] mais c’est un fait. …

  3. MERCI REGIS POUR CE DEVELOPPEMENT SUR L’ESCLAVAGE BIEN SUR IL N’EST PAS QUESTION DE FAIRE PORTER LE POIDS DE L’ESCLAVAGE MUSULMAN SUR LES GENERATIONS D’AUJOURD’HUI MAIS PAS PLUS QU’IL NE DOIT ETRE POSSIBLE DE FAIRE PORTER CELUI DE LA TRAITE TRIANGULAIRE SUR LES MEMES GENERATIONS .LES MINEURS DE COMMENTRY OU DE ST ETIENNE QUE L’ON SUREXPLOITAIT AU FOND ET QUE L’ON ENVOYAIT ENSUITE SE FAIRE TUER DANS LA BOUCHERIE DE 14/18 ETAIENT-ILS MIEUX LOTI QUE LEURS FRERES NOIRS DU SUD DES USA ? CELA RESTE A PROUVER !REGIS PEUT-ETRE FAUDRAIT -IL DEVELOPPER LES CONSEQUENCES DE LA REVOCATION DE L’EDIT DE NANTE PAR LOUIS 14 ET L’ARRIVE DES PROTESTANTS EN AMERIQUE SUR LE DEVELOPPEMENT DU CAPITALISME ET DE SON CORROLAIRE DE L’EPOQUE L’ESCLAVAGE .MERCI

  4. Les mythes ont la peau dure. « Plus le mensonge est gros, plus il passe. Plus souvent il est répété, plus le peuple le croit … » Joseph GOEBBELS.

    « Qui prive certes l’esclave de son humanité, mais lui en laisse quelques bribes »
    Certains « maitres », plus intelligents mais pas obligatoirement plus humains pour autant, avaient/ont compris qu’en traitant « bien » leurs esclaves ils obtenaient de meilleurs rendements et moins de problemes et de pertes.

    En visionnant « De la servitude moderne » autre documentaire de Arte de 2009 on prend conscience que l’esclavage n’a jamais cesse et qu’aujourd’hui il est bien pire car beaucoup plus vicieux et destructeurs avec nettement moins de « bribes ».

    La Boetie dans son « Discours de la servitude volontaire » nous l’expliquait deja en 1574.
    « Nul n’est plus esclave que celui qui se croit libre sans l’être. » Johann Wolfgang von Goethe 1749-1832.

  5. Merci de cette information sur l’émission d’arte. le Monde avait sorti un dossier passionnant sur les différentes traités. Je passe sur Taubira et son racisme meme pas dissimulé, car ce dossier montrait les ravages provoqués par la traite arabe sur l’Afrique. Une anecdote : les cosmonautes ont un jour remarqué une trace aboutissant à la corne de l’Afrique et traversant plusieurs pays. Apres recherches, les historiens ont démontré que c’était l’itinéraire des caravanes d’esclaves à destination du moyen orient.
    La traite européenne a été la plus dure et la plus courte, la traite entre africains et la traite arabe, à peine moins dures existent toujours… mais il ne faut pas stigmatiser dirait l’autre….

  6. « la pire des aventures criminelles » pour décrire le nazisme: une formule extrême pour qualifier un extrême de l’horreur, mais qui ne doit pas être exclusive des états de service de Messieurs Staline et Zedong, assez qualifiés également dans l’aventure criminelle sans que la bourgeoisie allemande ou européenne n’en soit coupable ou complice.

    • Juste pour dire que « Mao » était son nom, et « Zedong » son prénom. Mais la confusion est fréquente.

  7. Bonjour « Le Rouméliote », auriez vous un documentaire un un livre à me co seiller sur le sujet?
    Merci.

  8. « 28 minutes », pire émission du PAF? Quin, doxa létale?
    C’est la mauvaise blague d’un chroniqueur enivré par les doux jours de mai, qui ne connait pas toutes pépites de l’étrange lucarne..A moins qu’il ne s’agisse d’une grosse fatigue résultat des premières chaleurs. D’un coup de blues 60 ans après 58, 50 ans après 68, etc…, etc…

    Alors, c’est quoi les gros yeux de Bourdin de bon matin, la suffisance mal contenue d’un Apathie benoîtement acide devant une Bruce Toussaint muet, les répétitifs matins de la République LCI, le café du commerce de Praud, rendez-vous où l’on parle de tout pour surtout pour faire taire les autres, puis le soir, C à vous et sa cuisine si joliment design, C dans l’air et ses inamovibles experts, Calvi, bonimenteur patelin avec ses spécialistes à lui qu’il a, sans oublier les Informés bavards de France Info, recalés des plateaux cités précédemment….
    Tout cela pour ne parler que d’émissions blablatantes qui nourrissent en continu des chaînes où l’important, c’est la parlotte.
    Quant au reste…
    Au pire, ces 28 minutes ne sont qu’un petit Lexomil dans un monde de destruction massive des neurones…

  9. Rassurez-vous, Maître : vous n’ êtes pas seul à refuser l’ insoutenable prétention des descendants de gueux à des réparations financières : vous avez été précédé par des hommes d’ une rare qualité morale : les dirigeants de l’ Allemagne dénazifiée (que dis-je : super-dénazifiée !) d’ après 1945, laquelle, entièrement soutenue par les Etats-Unis, n’ a payé aucune réparation aux pays qu’ elle a saignés à mort ( je crois qu’ ils ont payé quelques réparations , d’ une modicité indécente, à des survivants du judéocide – à moins qu’ ils les aient adressées directement à l’ Etat d’ Israël qui en aura sûrement fait l’ usage hautement éthique qui s’ imposait !).

  10. Concernant ARTE, les rares fois où j’ai suivi l’émission « 28 minutes » (avec Quatremer, Askolovitch et autres) c’était du « politiquement correct ».

    En revanche, il passe parfois de bonnes émissions et de bons films sur ARTE.
    En 2017, on a, certes, peu parlé du centenaire des révolutions russes.
    Mais on a vu sur ARTE :
    – Reds, de Warren Beatty sur le journaliste John Reed (auteur de « 10 jours qui ébranlèrent le monde »).
    – Un train pour Petrograd : avec Ben Kingsley (Lénine), Leslie Caron (Nadejda Kroupskaïa, épouse de Lénine), Dominique Sanda (Inessa Armand) et des acteurs jouant Zinoviev, Radek ou le suisse Fritz Platten). Dans ce film, on entend des jeunes, dans un compartiment, chanter le refrain de la chanson de Montéhus « salut braves soldats du 17e » (1).

    Je n’ai pas suivi, malheureusement, « ‘les routes de l’esclavage ». Réjouissons-nous si ces émissions ont parlé de TOUTES les traites (y compris vers les pays arabes pendant des siècles) et pas seulement de la traite transatlantique.

    (1) Je précise toutefois que si je suis très intéressé par ce type de films, j’apprécie aussi ceux avec dialogues d’Audiard ou ceux avec Louis de Funes (cf les Fantômas).
    Concernant Audiard, « les tontons flingueurs », « le cave se rebiffe », « cent mille dollars au soleil » sont pour « la rigolade ».
    Mais « mort d’un pourri » (1977) rediffusé après la mort de Mireille Darc montre, vu de 2017, une lucidité sur l’évolution de la politique chez Audiard.

  11. Complètement d’accord avec vous sur l’émission de Quint…l’expression la plus achevée du Panurgisme dissimulé (mal) sous le masque de l’impertinence. Quant aux Médiacrates Bourdin, Apathie et consorts dont il est question dans un autre mail : la connerie à « front de taureau » des Dominants, dont le mépris de ce qui n’est pas puissant et friqué éclate à chacune de leurs interventions.
    Pour le reste, ne jetons pas le bébé (Arte) avec l’eau du bain (le PAF), il y a de bonnes émissions, souvent originales (mais qui tendent à l’être de moins en moins c’est vrai), en tout cas qui dénotent avec ce qu’on peut trouver ailleurs.

  12. La question de l’énergie était essentielle puisque l’esclave représentait la seule source d’énergie abondante et bon marché sous la main du monde antique.
    Le monde médiéval sut mieux tirer parti de ses sources d’énergie que furent l’eau, le vent et la traction animale, ce qui rendit déjà caduque le recours à l’esclavage et nécessaire celui du servage, lequel relevait d’un tout autre statut social (et comme l’a montré Georges Duby d’une toute autre histoire -le serf était en fait à l’origine un guerrier retourné aux champs).
    On peut observer aussi que l’extraction pétrolière fut une découverte quasi contemporaine à la guerre de sécession américaine, guerre dont l’un des protagonistes avait ressuscité à sa manière l’économie esclavagiste du monde antique. La mécanisation généralisée de la société qu’allait permettre l’huile magique rendait de toute façon l’esclave obsolète.
    Tout se passe comme si l’énergie faisait partie de l’entropie des civilisations. Le pétrole constitue aujourd’hui un mur pour la nôtre comme l’esclave était un mur pour celles de jadis, et cela n’a rien à voir avec sa pénurie supposée -hypothèse par exemple des écologistes.
    Notre système de production ne tolère plus un pétrole cher (lequel tue la croissance) pas plus qu’un pétrole bon marché (parce que son extraction nécessite des investissements toujours plus énormes), et sa dynamique lui interdit aussi de trouver un point d’équilibre entre les deux. Pas simple.
    Sur les rapports entre le capitalisme, qui n’est que l’extension économique du libéralisme, et l’esclavage, je vous renvoie aux travaux de l’historien italien Domenico Losurdo, qui montre que tous les grands penseurs libéraux des origines (y compris Tocqueville) ont à un moment ou un autre de leur œuvre justifié l’esclavage au nom de l’intérêt bien compris.
    On peut estimer que c’est le même intérêt bien compris qui a poussé les bourgeoisies occidentales a magnifier la lutte contre l’esclavage, un outil qui ne servirait bientôt plus à rien. Il s’agissait d’un véritable « supplément d’âme » destiné à mieux supporter et faire supporter la condition indigne du prolétaire. Ce supplément d’âme marche d’ailleurs toujours très bien. Face au migrant pantelant, cet esclave symbolique, le travailleur pauvre autochtone sera toujours un nanti.
    Certains ici profite immanquablement du sujet pour convoquer « les plus grands criminels de l’histoire » que seraient Staline et Mao, oubliant comme d’habitude qu’il s’agit d’un tout autre sujet. La violence de la charrue du capitalisme n’a bien sûr jamais précédé celle des bœufs.Un historien parmi d’autres -Lawrence H. Keeley- a souligné que les guerres génocidaires jalonnaient déjà la préhistoire.
    Je ferai remarquer au passage que le plus grand massacre de l’histoire moderne n’a pas été le fait de Staline, Mao ou Hitler, mais s’est produit en chine de 1850 à 1865, lors de l’épouvantable révolte des Taïping contre les autorités impériales. Un carnage qui fit cinquante millions de victimes au bas mot -un huitième de la population du pays.
    Cet épisode s’est déroulé sur le fond des fameuses « guerres de l’opium » un avatar oriental du « libre » échange et du « doux » commerce mené par les occidentaux et qui rappelle furieusement les menées actuelle des mêmes occidentaux au Moyen-orient.
    J’ai eu souvent l’occasion de discuter de cette période avec des chinois et j’ai toujours été frappé par le fait qu’il l’a connaissait très bien -alors que la majorité des occidentaux l’ignore. En comparaison, Mao et son communisme pour eux n’était qu’une parenthèse sanglante parmi tant d’autres, et qui a eu au moins le mérité de redonner à la Chine un certain prestige sur la scène internationale.
    Le fait que chez eux l’ultralibéralisme économique débridé coïncide avec une direction politique communiste montre d’ailleurs qu’ils se foutent éperdument des grilles de lecture de l’occident. Ne vous faites pas trop d’illusions sur la Chine, Chers libéraux !

    • L’occident a joué aussi son rôle dans la révolte Taïping. Qu’il soutint au début.
      Cela étant, bien sûr que le capitalisme n’a pas inventé la violence. Il l’a industrialisé. C’est ce qui fait sa marque.

  13. Le premier épisode reaffirme à souhait tous nos préjugés sur les « Arabes » présentés carrément comme les précurseurs d l’esclavage….comme c est rassurant.
    Exit les siècles précédents…par exemple Verdun l un des marchés les plus florissants d esclaves du cru….

  14. 28 minutes le pire du paf ? il faudrait que vous alliez écouter les causeries de la 5, quoiqu’il me soit difficile de tenir plus de quelques minutes sous le matraquage idéologique des participants, la suffisance inouïe de certains de ces experts qui y pigent régulièrement. Pour le reste j’aime bien vos chroniques. J’ai aussi beaucoup apprécié cette série qui se termine par une fin ouverte : la fin de l’esclavagisme débouche sur les débuts ou l’intensification du colonialisme, tandis qu’aux Etats-Unis il se mute en une exploitation féroce des ouvriers agricoles noirs qui, s’ils ne sont plus des biens, restent pour la plupart attachés à la terre des anciens maîtres. Lire Howard Zinn « une histoire populaires des Etats-Unis d’Amérique » magnifique oeuvre de synthèse.

  15. On peut lire Le Sérail ébranlé de Nicolas Vatin et Gilles Veinstein (un peu difficile si on n’a pas quelques bases sur l’histoire ottomane, mais une bonne bibliographie) et Jacques Heers, la Traite négrière en terre d’islam (plus accessible).

  16. Je trouve étonnant que l’on accole esclavage arabo…musulman et que vous parliez avec ARTE d’un esclavage européen.. Que vous situez à l’ouest de cette europe. Hors la Russie tsariste avait ses esclaves puis ses serfs et même en 1914 P MIQUEL note que les paysans ( 90% de la population de la Russie d’alors) enrôlés sont à 80% porteurs de marques de coups de fouet voire de knout. Bref c’est l’ensemble du monde européen dont les élites bourgeoises ou de classe noble et féodales sont massivement chrétiens catholiques ou protestants qui pratiquent et justifient et l’esclavage et l’infériorité du dit esclave. Pourquoi coller seulement aux arabes le présupposé religieux? Nous expliquer que PIE 12 ne soutenait pas le nazisme et le fascisme ? L’esclavage doit être étudié comme mode de production . Et l’esclavage antique a des différences avec la traite négrière des états capitalistes de la Renaissance à la fin du colonialisme de ce point de vue. Je ne peux oublier de citer MACRON l’ignoble qui se vante d’être « girondin »: ces girondins qui étaient pour l’essentiel banquiers ou affréteurs de navires enrichis à Bordeaux comme à Nantes dans la traite négrière. Ah MACRON.. le négrier se rappelant à ses origines commerciales. Banquier et négrier. Robespierre ne peut être son maitre , sa référence , ni la République dont celui-ci , ROBESPIERRE, fut le chantre.

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