France 1998: quand le 14 juillet eut deux jours d’avance

Comme tous les quatre ans, qui passent tellement plus vite pour moi maintenant, revoilà la Coupe du Monde de football. La première dont je me souvienne est celle de 1958 où, sidéré, j’apprenais par mon frère la défaite de la France en demi-finale contre le Brésil. Comment était-ce possible ? Dans mon esprit d’enfant, la France était invulnérable, en tout point. Des pitoyables cinq médailles des Jeux olympiques de Rome à l’abominable soirée du 8 juillet 1982 à Séville, la vie allait se charger de m’apprendre qu’en sport mon pays perdait toujours. Sauf peut-être en vélo, mais là encore, à Anquetil le seigneur intraitable, les Français préféraient Poulidor le perdant malchanceux. En 1976, la belle équipe des Verts de Saint-Etienne fut battue en finale de la Coupe d’Europe par les comptables brutaux du Bayern de Munich. On incrimina la forme des poteaux et Jean-Michel Larqué et ses coéquipiers eurent quand même droit à une descente triomphale des Champs-Élysées. Curieuse que cette façon de fêter et d’adorer les vainqueurs qui perdent.

C’était il y a 20 ans…

Et puis il y eut le 12 juillet 1998, cette année historique où le 14 juillet avait deux jours d’avance. Qui a lavé tous les affronts, fait pardonner Séville aux Allemands, et aimer vraiment la victoire. Le début d’été de cette année-là ne vit pas qu’une épreuve sportive, mais un moment rare dont ceux qui l’ont vécu ont une forte et parfois mélancolique nostalgie. Comme viennent de le montrer les commémorations que les grands médias opportunistes ont organisées et qui nous ont permis de nous attendrir sur nous-mêmes. Et de nous souvenir de ces instants qui virent un peuple entier, dans un étonnant mouvement d’ivresse fraternelle, sortir dans les rues, les jardins et les villages pour encourager une équipe de football dont il sentait bien qu’au-delà des considérations sportives elle le représentait. Étonnant moment fusionnel dont le rappel par les images peut encore nous piquer un peu les yeux. Nous nous aimions et il faisait si beau. C’était il y a 20 ans.

L’équipe de France était composée d’un mélange que l’on appela alors « Black blanc beur » dirigé par deux hommes de fer. Aimé Jacquet le sélectionneur, relayé sur le terrain par son capitaine Didier Deschamps, petit basque né pour commander. Avec une mosaïque de joueurs d’inégales valeurs, ils construiront une machine à gagner, nouvelle démonstration que le tout n’est jamais la somme des parties. Aidés, on le sait, par la présence d’un artiste paré de tous les dons et nommé dans une magnifique allitération : Zinedine Zidane. Jacquet, ouvrier métallurgiste devenu footballeur professionnel puis entraîneur, coiffé, habillé et parlant comme le prolo qu’il est, c’est-à-dire avec intelligence et dignité, sera l’objet avant le tournoi d’une campagne de dénigrement particulièrement infecte. À base de dérision et de racisme social, on y retrouvera la sempiternelle cohorte des petits marquis qui se poussent du col avec une mention spéciale pour Jérôme Bureau le rédacteur en chef qui voulait faire de L’Equipe, quotidien populaire, le Télérama du sport. Sans oublier, bien sûr, l’increvable Daniel Cohn-Bendit, comme toujours, jovialement à côté de la plaque. C’était il y a 20 ans, lueur allumée bien au-delà du foot, par cette démonstration de fraternité. De celles dont le peuple français est capable quand il le veut.

Un peuple délaissé

L’est-il toujours ? Depuis, il y a eu le 11 septembre, l’invasion de l’Irak, la monnaie unique, la forfaiture démocratique de 2005, la crise de 2008, le chômage massif, la trahison de la gauche de gouvernement, l’austérité éternelle promise par l’Union européenne sous direction allemande, le communautarisme, la montée de l’islamisme et le terrorisme du même nom. Une partie du peuple français, est devenue périphérique, invisible, a fait sécession et ne vote plus. Le pays a été doté d’un président improbable, choisi au premier tour par 18 % des inscrits. Alors, lorsque l’on commémore la victoire de 1998, on se prend à rêver. Pourquoi pas un remake, retrouver un peu de joie et de fraternité, et une fois de plus grâce à ce sacré football ?

Borges disait que « le football est universel parce que la bêtise est universelle ». Au-delà du mépris facile pour notre cher « passing game », l’aveugle de Buenos Aires avait mis le doigt sur l’un des mystères du football. Qui fait partie des universaux anthropologiques. Comme la plupart des mammifères, Homo aime le jeu, c’est un instinct. Et la compétition aussi, c’est un fait culturel. Pour en organiser la combinaison, il a donc demandé aux Anglais d’inventer les sports et leurs règles. Ils ne se sont pas fait prier, elles sont bien sûr à la fois irrationnelles et incompréhensibles, mais faute d’être capable d’en imaginer d’autres, on les applique.

Le foot et son mystère

Tous les sports pratiqués aujourd’hui sur notre planète mondialisée sont rattachés à des cultures locales particulières, comme le vin l’est à un terroir. En France, on joue au rugby d’abord dans les villages du sud-ouest. On ne pratique pas le cricket partout, et encore moins le baseball. Même s’il s’est acclimaté ailleurs, le judo est japonais, les escrimeurs sont Français ou Hongrois et on pourrait multiplier les exemples, on butera toujours sur ce constat : seul le football est à ce point universel. Ce qui ne veut pas dire que l’on joue en tout lieu de la même façon, il suffit de regarder les Italiens et les Brésiliens pour s’en convaincre. Le foot a aussi son terroir, mais l’articulation nature et culture y est particulière, reste mystérieuse et c’est tant mieux. Alors, il y a les grincheux, qui ne connaissant pas le sens du mot communion, parlent de nouvelle religion. Et celles qui dénoncent le poids de l’argent, mais pour surtout pointer avec mépris « ces analphabètes payés des fortunes à taper dans un ballon ».

En passant sous silence les risques, le travail et les sacrifices consentis par ces quelques élus pour parvenir au sommet, et le fait que dans le foot business, ce ne sont pas eux qui gagnent le plus. Ignorant aussi que, grâce à ces gamins et la passion qui les fait avancer, l’argent, malgré ses efforts, n’a pas réussi à déraciner ce jeu de ses terroirs. Depuis longtemps, comme à l’allemande, à l’italienne, à la brésilienne, il existe un football à la française. Celui joué par Raymond Kopa, Michel Platini, Zinedine Zidane et aujourd’hui Kylian M’Bappé. On ne peut malheureusement pas en dire autant de ces sports déracinés, comme le rugby professionnel d’où le « French flair » a disparu. Ou le cyclisme, où des robots chargés comme des mules parcourent les routes du Tour de France sur des vélos truqués.

« Formez vos bataillons… »

Nous allons donc participer à la fête, suivre et soutenir une équipe composée pour l’essentiel d’enfants issus des couches populaires et, comme d’habitude, de pas mal d’immigrés de la deuxième génération. Après les Polonais, les Italiens les Espagnols, les Portugais et les Maghrébins, c’est le tour des fils d’Africains d’enfiler le maillot bleu. Ils sont vaillants, portent des noms à coucher dehors, ont en général trois poumons, et ne craignent personne. Très jeunes, souvent dotés d’un talent fou, ils rêvent et nous avec eux de refaire le coup de 1998.

Monter sur le toit du monde accompagnés de tout un peuple. Malheureusement, même s’ils gagnaient le tournoi, cela ne marcherait pas. Pour l’instant les Français n’en ont pas la force.

Mais nous leur dirons : « ne vous inquiétez pas, la vie est longue et ce vieux pays, votre pays, aujourd’hui un peu fourbu a de la ressource ». Et sachez qu’il compte quand même sur vous cette fois-ci encore.

« Formez vos bataillons… »

19 Comments

  1. Belle prose, comme d’habitude, mais je vois mal le lien avec la raison sociale….

  2. Ça vous embête tellement de dire algérien en faisant allusion à Zidane ?

  3. Les joueurs sont des « immigrés de la seconde génération »? Non, ce sont des Français tant qu’ils n’ont pas démontré le contraire.

  4. Racisme social et assignation obsessionelle, névrotique, aux origines, les deux mamelles de notre société Médiacratique. Et ce n’est pas une hypothétique victoire de notre équipe de foot qui remédiera à cela (quoiqu’elle serait bien sûr très appréciable !).

  5. Parler des « immigrés de la seconde génération » n’a pas de sens. Si on vit en France en étant né à l’étranger, on est immigré. Si on est né en France, fut-ce de parents étrangers, on est français.

  6. Vous avez une façon d’ écrire les choses absolument extraordinaire, le paragraphe citant Borges est superbe. J’ admire beaucoup ces joueurs, parce qu ‘on leur demande tellement alors qu’ ils sont si jeunes, et tellement français.

  7. et surtout la seule activité (le sport) où seuls le talent et le travail ont droit de cité. pas de place pour le piston (à part dans le box to box) ou pour la naissance dorée.

  8. Je suis immigré de la deuxième génération, mon père allemand, qoiqu’un peu juif, et mon grand-père polonais, ou russe, ça dépendait des années.

  9. Le sport est une religion, le foot est au sport ce que le catholicisme est à la chrétienté. La religion nous relie: un petit sacrifice et hop, une communauté est apaisée en déchargeant sa haine sur une victime expiatoire, un bouc à misère…
    Oui parce que la fraternité, c’est bien joli mais ça a ses frontières, on ne forme pas nos bataillons pour aller foutre sur la gueule à nos frères ou amis mais bien pour expulser de manière violente cette tête qui roule chargée de nos péchés, au delà des frontières ,chez nos ennemis, vous savez, ceux dont le sang est impur.

    Il y a vingt ans, nous sommes descendus sur les Champs Elysées pour voir, pour toucher, « ceci est mon corps » qu’ils nous disaient. Et le mal est revenu, plus fort qu’avant, au point que les meilleurs d’entre nous doutent que le nouveau pharmakon ne soit pas assez puissant pour nous lier de nouveau, en cause une autre religion tellement puissante qu’elle pervertit tout, l’Argent.

    Je crois savoir que Platon détestait sa religion et craignait pourtant qu’elle disparaisse à cause des conséquences sociales terribles que cela aurait.

    Je ne déteste pas le foot mais pour les mêmes raisons, crains qu’il disparaisse.
    Je n’aime pas trop l’Argent car on ne peut servir qu’un seul maître et moi je suis catholique, mais j’entends les terribles craquements qui ébranlent ses autels avec la peur au ventre.

    Je m’étonne qu’un matérialiste raisonnable comme vous s’enthousiasme pour les mystères du foot car le mystère est que notre joie s’est payée sur les larmes amères des perdants. Quant aux règles, elles varient selon les chapelles, mais elles n’offrent que peu de résistance à l’analyse. Si la victime expiatoire est la balle, il convient que chaque membre de la communauté la touche mais pas trop au contact de peur d’être contaminé:
    Au foot, on lynche à coups de pied, au base-ball, tennis, ping-pong, polo, golf… on utilise un bâton, c’est plus raffiné, mme Lapix préfère.

    C’est néanmoins la reproduction théâtrale d’un lynchage et rien d’autre.

    L’apport de l’Angleterre est nul, ils prennent leur embarras pour de la profondeur: Quinze et quinze font trente, trente et quinze font quarante (la débandade quand se rapproche l’objet de la convoitise) rajoutez quinze, vous n’obtenez rien… Cette victoire sans nom est un sommet de pudibonderie. So british.

    • Dieu de la prose, que de poncifs l’on commet en ton nom !

       »Le foot est au sport ce que le catholicisme est à la chrétienté ».

      Diable, cela commence mal (et ne me donnerait guère envie d’emblée d’aller beaucoup plus loin).
      Et le protestantisme alors, c’est quoi en cette salade ? Le foot des sables peut-être ? Et voilà le crétin ingénu -mais joueur magnifique- Eric Cantonna bombardé le Jean Calvin de la chose ?

      Après, si je vous suis bien, vous n’avez vu dans la fraternité euphorique du 12 juillet 1998 qu’un exutoire à l’envie morbide de la vile populace d’éviscérer et déchiqueter du brésilien impur à belles dents (« y’a bon Ronaldo » aurait même avoué Thuram avec une lueur concupiscente derrière ses lunettes de pasteur et un sourire carnassier).
      Les conditions sont alors réunies pour que vous ne voyiez dans les péripéties du jeu que lynchage de l’AUTRE, et la tête victimaire de ce pauvre intrus d’en rouler sur le gazon en lieu et place du ballon rond.
      Celle-là elle est quand même balèze ! Vous imaginez Danton lançant fièrement au bourreau -juste avant le rasage de près : « Tu jetteras ma tête au peuple, qu’il transforme de volée ce pénalty sans coup férir » ?
      Un conseil. Ne vous intéressez jamais au rugby. Car enfin, vous avez saisi la parenté de forme entre le ballon ovale et une grosse couille (un gros testicule pour rester entre gens de lettre) ?L’orchite psychosomatique reste une pathologie plausible vous savez… Aïe, j’en ai des frissons rétractiles.

      Il y a aussi des accents girardiens dans votre démonstration pachidermique. C’est voulu ? M’est avis à ce sujet que le bouc émissaire, celui par qui le scandale arrivait, était pourtant bien notre Aimé Jacquet, le miraculé du 12 juillet (mais une auréole était déjà apparue sur son chef après la victoire magistrale sur la redoutable Croatie -la meilleure formation du tournoi d’après moi- quelques jours plus tôt).
      La victoire des bleus lui valut en effet une résurrection mémorable, laquelle traîne toujours en longueur puisque personne n’a réellement osé depuis s’attaquer à l’icône (comme semble le suggérer Mr de Castelnau, il y aurait pourtant beaucoup à redire sur les conceptions tactiques de l’archange métallo, et les critiques de l’Equipe n’étaient pas toutes injustifiées).

      Je finis sur la tarte à la crème du « sang impur qui abreuve nos sillons » dans l’hymne national.
      Mais il s’agit de NOTRE sang impur, banane (j’en perds ma contenance), celui de NOS bataillons et cela par opposition au sang bleu et pur des nobles de France et d’ailleurs, dont l’armée est en marche vers NOS sillons -en français trivial, cela va chier pour leur matricule.
      Pas d’inquiétude à avoir donc pour ces pauvres travailleurs migrants sur la route qu’étaient les soudards des armées princières de l’Europe. Même Mélenchon vous le dira : la Marseillaise, c’est pas facho, c’est pas xéno, même pas phalo, comme le précise le sixième couplet du chant.

       »’Français, en guerriers magnanimes
      Portez ou retenez vos coups!
      Épargnez ces tristes victimes
      À regret s’armant contre nous
      Mais ces despotes sanguinaires
      Mais ces complices de Bouillé
      Tous ces tigres qui, sans pitié
      Déchirent le sein de leur mère! »’

      Mais vous êtes bien sur la bonne voie -enfin une note optimiste. Après avoir appris à écrire avec brio, il ne vous reste plus qu’à apprendre à lire avec sagacité.

  10. Il est évidemment indispensable de citer Borges pour se pardonner la bêtise que représente l’extrême audace d’une publication sur le football en période de Coupe du monde. Dommage, elle , ne va pas droit au but, car elle omet de citer l’ O. M en peignant 60 années d’admiration française pour les loosers magnifiques.
    Vous avez deux ans avant l’Euro et quatre avant l’invitation de la coupe Jules Rimet chez les Quataris pour revoir vos classiques….

    • Bon, je prends note de votre contestation. Alors je vais tâcher de mieux m’expliquer:

      “Le foot est au sport ce que le catholicisme est à la chrétienté”

      C’est d’abord une affaire de nombre, le catholicisme compte le plus grand nombre de pratiquants dans la chrétienté, de même le foot compte le plus grand nombre de pratiquants dans l’ensemble des sports. D’autre part catholique veut dire universel, ce qui reprend le discours de notre hôte (le foot est universel) et le contredit en l’associant à une religion car c’est là le point de mon commentaire.

      Il me paraissait que c’était une bonne entrée en matière. A vous lire, il semblerait que non.
      Vous avez su passer par-dessus, preuve sans aucun doute d’une grande ouverture d’esprit, et, en retour, je m’efforcerai de poursuivre le dialogue courtois que vous avez voulu entreprendre.

      Je passe rapidement sur la “vile populace”. Je crois comprendre que vous me reprochez en usant de ce terme une position de supériorité que je voudrais me donner.
      Ce n’est pas le cas. Bien que n’étant pas un fervent du foot, j’ai communié à la coupe du monde 98 et je connais d’ailleurs une femme, pour le coup véritablement ignorante de ces choses et qui n’a pas résisté à la contagion de la finale.

      Avoir une bonne balle, pop, dit le gros Robert, avoir une bonne tête.
      La comparaison vaut ce qu’elle vaut, si elle vous paraît grotesque, elle n’invalide pas pour autant la comparaison entre sport et religion:
      N’avez vous jamais entendu les métaphores Temple, Mecque, Cathédrale pour désigner les stades? N’y aime-t-on pas plus qu’ailleurs les minutes de silence, les hymnes patriotiques, le morcellement raisonné du temps? Ne voyez vous pas les prêtres, les lévites et même les enfants de choeur?
      Le stade n’est pas un lieu de libération mais bien un lieu de ritualisme dans sa coque la plus fermée où chacun est prié de regarder en bas.

      Rajoutez à cela que la haine est l’alpha et l’omega de cette entreprise (battre l’adversaire, le sport connait-il une autre fin?). Convoquez Girard, en effet, et vous pouvez reconnaitre de multiples correspondances avec une religion sacrificielle soit la reproduction d’un lynchage avec exclusion violente de la victime émissaire.
      Si le ballon ne vous paraît toujours pas le symbole d’une tête qui roule, vous noterez cependant que la manière dont on le touche ne laisse pas penser que son contact est plaisant. C’est d’autant plus vrai que le coup de pied est, selon mon expérience, la plus efficace des libérations, la décharge de violence la plus accomplie.

      Je persiste donc à penser qu’il y a là plus de religieux qu’on ne veux bien l’admettre mais je suppose que je n’ai pas assez insisté sur les vertus du sport que suppose cette comparaison et que c’est ce qui vous défrise.

      La première, c’est que c’est du théâtre, la haine que l’on voue aux adversaires est fictive. Je ne déteste les anglais que sur une pelouse verte, je les critique avec un plaisir chauvin uniquement à propos de sport… ou presque.
      La deuxième, c’est que c’est efficace. La catharsis fonctionne. En conséquence, toute haine étant abolie pour un instant, la fraternité reprend ses droits, ce qui fait qu’en cas d’évènement mondial, la nation victorieuse descend dans la rue et s’y retrouve dans un état de grâce qui serait le fonctionnement normal si notre haine n’était pas si vivace et prompte à repousser.

      Pour ce qui est du Rugby, je vous propose d’en reparler l’année prochaine.

  11. Cher Raoul
    Ce sera un peu long mais vous l’avez voulu.
    1)
    Je ne prétend pas être « ouvert d’esprit », la dite ouverture étant trop souvent de nos jours -tout comme cette chère tolérance- convoquée pour dire n’importe quoi à tout propos. Je m’efforce simplement de ramener les discours ambiguës à des choses simples, ce qui n’est pas le plus mauvais moyen de garder les idées claires.
    Certains prennent cela pour de la discourtoisie. Tant pis. Je suis titulaire d’un brevet des collèges et d’un diplôme professionnel qui m’a permis de gagner ma vie tout en en réservant un peu de temps pour lire des livres, mais cela n’était guère évident.
    2)
     » »Le foot est au sport etc. C’est d’abord une affaire de nombre etc. » »

    Ok, si vous le prenez comme ça, alors nous sommes d’accord, mais convenez qu’il m’était difficile de m’y retrouver sans le décodeur.

     » »D’autre part catholique veut dire universel, ce qui reprend le discours de notre hôte (le foot est universel) et le contredit en l’associant à une religion car c’est là le point de mon commentaire. » »

    Je ne vois pas où est la contradiction et je trouve en fait votre formulation obscure, puisqu’elle revient à dire que le catholicisme, parce qu’il est universel, ne peut être une religion (?). Là, il semblerait qu’une fourmi manioc (j’ai vécu dans les pays chauds) se soit introduite, la garce, dans votre décodeur.
    René Girard a souligné le caractère unique du message christique en ce que le bouc émissaire qui le portait était en quelque sorte l’ambassadeur divin de l’innocence. Il n’a jamais dit, bien au contraire, que ce message n’avait pas vocation a être universel.
    Mais peut-être confondez vous le concept de « religion » a celui « d’Eglise », avec toute la liturgie qui en découle, ce qui n’est pas du tout la même chose. On dirait que c’est le cas puisque vous dites plus loin, après avoir parlé de « temple » de « Mecque » et de « cathédrale », je cite :

     » »Le stade n’est pas un lieu de libération mais bien un lieu de ritualisme dans sa coque la plus fermée où chacun est prié de regarder en bas. » »

    Votre conception de la religion conviendrait à la rigueur au judaïsme (j’ai un rabbin parmi mes clients, je lui en parlerai), mais les deux autres grandes religions du livre ont à mon sens vocation à l’universel.
    Je sais bien que dans ces religions a toujours existé un point où leur spiritualité est entrée en conflit avec leur lettre -et surtout avec ceux qui se sont arrogés le droit de l’appliquer. On le voit très bien avec certains fondamentalismes musulmans aujourd’hui, lesquels ne font qu’emprunter un chemin que nous avons aussi parcouru en occident.
    Mais il s’agit du point où nous quittons la religion pour entrer dans celui de l’idéologie (par essence exclusive), et il s’agit là encore d’un tout autre débat.
    Pour en revenir à nos moutons, je vous ferai finalement remarquer que le lynchage girardien ne convient pas à un spectacle de foot, puisque l’on y met jamais en croix, même sous forme symbolique, l’ensemble des protagonistes.
    Soit l’on communie avec les gagnants et l’on se fiche des perdants, soit l’on pleure avec les perdants et l’on se fiche tout autant des gagnants.
    Votre truc marcherait à la rigueur si l’on y mettait en croix l’arbitre . Cela peut arriver (d’après la presse régionale des lundi) mais personne ne vient en principe au stade pour cela.
    3)
    Si vous ne vous payez pas de mot et êtes disposé à remplacer « religion » par religiosité, alors nous pouvons peut-être encore tomber d’accord.
    Il y a bien sûr une une religiosité criante dans les foules qui s’agglutinent dans les stades et sacrifient avec ferveur à la liturgie d’usage en ces lieux. Je pourrais parler tout autant des concerts de rock ou des chapelles à images -les salles de cinoche- où l’on y prie les stars.
    Marcel Gauchet pense que le catholicisme est précisément la religion qui permet d’en sortir, mais il ne parle jamais (peut-être tout simplement qu’il s’illusionne sur sa trouvaille) de la religiosité humaine, laquelle reste intacte et s’investit alors dans des pratiques collectives proprement païennes.
    4)
    Un mot que je n’aime pas et qui revient dans votre écrit est le mot « haine », lequel renvoie à des catégories idéologiques et constitue alors un dévoiement de la pensée girardienne.
    René Girard parle par exemple de « montée aux extrêmes » pour désigner la tension entre deux clans ou deux peuples. Il ne parle pas de « haine » parce que sont but est de décrire des mécanismes anthropologiques, hors souci de leur porter un jugement de type philo-psycho.
    On voit bien aujourd’hui que « la haine » n’est qu’un biais cognitif servant à disqualifier tout ce qui ne tombe pas d’accord avec les hochets idéologiques en place.
    Beaucoup pensent aussi (je ne dis pas que c’est votre cas), que les stades ne sont que des serres à culture de « la haine », alors que l’Exutoire à la violence de masse que l’on y pratique me paraît plutôt un outil commode, faute de mieux.
    Je vais même vous dire une chose atroce. Je préfère les quarante victimes du Heysel aux centaines de milliers de Verdun ou de Stalingrad. Les protagonistes de Gettysburg ou de Borodino (deux équarrissages historiques au hasard) n’ont pas attendu non plus la ferveur des stades pour se mettre les tripes à l’air avec ardeur.
    Je ne pense d’ailleurs pas que la violence humaine soit une affaire de « haine ». Si vous vous référez à la nature vous constaterez que la plupart des êtres vivants se bouffent entre eux sans haine. Ils bouffent, c’est tout.
    Quant au remède miraculeux de « La Culture », et pour employer la métaphore de Georges Steiner dans son « Château de Barbe-bleue », elle a tout de même pas mal de cadavres dans ses placards.
    5)
    Quelques remarques plaisantes pour finir ce pensum sur une note plus digeste.
    Parmi les vertus que vous prêtez au football, la « libération » que procure le coup de savate brutal obtient apparemment votre faveur. Il me semble donc que vous appartenez à l’espèce que l’on désignait, lors de matchs entre copains, par le terme de « bourrin qui tape » jusqu’à en éprouver de la douleur dans les orteils.
    Moi, j’ai toujours vu dans la préparation et la conclusion au but plutôt un rapport à l’acte d’amour. On dirait que vous n’avez jamais vu Zidane caresser et faire rouler sa balle avant de la propulser dans les filets. Le bougre savait aussi jouer des épaules et des reins, mais guère plus qu’un amant vigoureux.
    Platini était plus cérébral dans l’acte. C’était l’amour du joueur d’échec. Je me souviens m’être demandé au début de sa carrière ce que ce gosse foutait sur le terrain puisqu’il ne gardait jamais la balle. Je comprenais lorsque, après une série de passes et de contre-passes, il la mettait au fond (il paraît qu’à la juve on l’appelait Monsieur un-deux-trois car il ne faisait jamais plus de trois foulées sans passer la balle à l’équipier démarqué qu’il repérait en une fraction de seconde).
    L’amoureux compliqué c’était Jean Pierre Papin, dont les reprises acrobatiques relevaient du Kamasutra.
    Thierry Henry et son extraordinaire pointe de vitesse, c’était plutôt l’éjaculateur précoce, sans bavure…
    Bien… Ok pour le rugby l’an prochain. Mettez donc l’intervalle à profit pour apprendre ce merveilleux chant patriotique qu’est la marseillaise, dans sa version complète.
    Si vous voulez, nous la chanterons de concert avec ferveur, avec un casque à cornes sur la tête.

  12. Le « sang impur » des Français qui donnent leur vie pour la patrie, ce serait super mignon si c’était vrai, mais c’est une grosse fake news, dans laquelle sont tombés même des journalistes, des politiques et des enseignants, après de longues manipulations de la page Wikipédia.
    La preuve avec de vrais historiens, et 50 citations historiques qui font froid dans le dos, sur les pages fake news du site Ajoutons Égalité, Fraternité… à la France, donc à la Marseillaise ! https://www.aefmarseillaise.fr/

    Quand à savoir si ce « sang impur » est raciste, s’il ne l’était pas à l’époque, ce qui se discute, il l’est clairement aujourd’hui, selon le philosophe Michel Serres et d’autres.
    https://www.aefmarseillaise.fr/un-hymne-de-guerre-dans-un-stade-de-paix/

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