Violences policières : la revanche des faibles

 

Depuis le début du mouvement des gilets jaunes, que je préfère personnellement appeler « le moment gilets jaunes » le pouvoir aidé et soutenu par les médias oligarchiques a mis en scène la « violence des gilets jaunes », dans le but évident de les disqualifier, et de ramener à lui les bourgeois et les versaillais apeurés. Comme d’habitude, c’est un mensonge, non  que le mouvement lui même n’ait pas donné lieu à des débordements, mais il faut toujours se rappeler de ce que disait Nelson Mandela : « C’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé qui détermine la forme de lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’aura pas d’autre choix que de répondre par la violence. Dans notre cas, ce n’était qu’une forme de légitime défense. »
On n’oubliera pas non plus, celle de Bertolt Brecht : « On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent. Mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent ».
 
Cette violence d’État sans précédent depuis la fin de la guerre d’Algérie a vu se multiplier les exactions policières et surtout la justice acceptant de redevenir le brutal instrument du parti de l’ordre oubliant cette occasion sa mission et son honneur.
 
Éric Werner philosophe et essayiste suisse a publié ce texte chez mon ami Slobodan Despot où il nous rappelle que c’est une vieille habitude du parti de l’ordre.

Régis de Castelnau

 

De plus en plus on se rend compte que les gouvernants européens ont tendance à traiter leurs propres populations comme autrefois les anciennes métropoles coloniales, à ce qui se dit aujourd’hui, traitaient les peuples colonisés. Ce retournement endocolonial vient de trouver son illustration dans les récents débordements policiers en France, qui ont surpris tout le monde par leur ampleur. Mais peut-être ne faut-il y voir qu’une élucubration complotiste.

On dit volontiers que l’État est le détenteur de la violence physique légitime. Mais on s’accorde en même temps à dire que lorsque l’État en vient à recourir à la violence, ce n’est jamais très bon signe : très bon signe pour lui. Car il montre ainsi qu’il n’arrive pas autrement à se faire obéir. En d’autres termes, qu’il est très faible.

Qui plus est, le recours à la violence contribue à l’affaiblir davantage encore. Hannah Arendt a écrit de très belles pages à ce sujet(1). Le recours à la violence est peut-être payant à court terme, mais si l’on prend en compte ses effets à moyen ou long terme, l’État a plutôt intérêt à s’en abstenir.

C’est à tout cela que l’on pense en voyant le déchaînement actuel de la violence policière en France. Il n’en est bien sûr que très peu question dans les chaînes d’information officielles. Pour s’en faire une idée un peu précise, il faut aller sur l’internet (2), et en particulier consulter certains sites spécialisés (ceux-là mêmes sur lesquels les chaînes en question ne cessent, en permanence, de déverser leur venin, au motif qu’ils diffuseraient de « fausses nouvelles » : belle actualisation, n’est-ce pas, de la parabole de la paille et de la poutre).

D’abord quelques chiffres. On apprend ainsi qu’entre le 17 novembre et le 6 janvier, près de 2000 personnes ont été blessées par les forces de l’ordre en France. Parmi elles, au moins 93 blessés graves. Certaines, 13 au total, ont été éborgnées, d’autres encore défigurées ou ont perdu un membre. Beaucoup de ces blessures sont dues à l’utilisation d’armes comme les lanceurs de balles de défense (LBD) : arme qui n’est utilisée par aucune autre police européenne.

Il semble également que des grenades offensives aient été utilisées pour l’occasion, alors même, on s’en souvient, que cette arme avait causé il y a cinq ans la mort d’un militant écologiste lors d’une manifestation à Sivens.

Toujours au cours de la même période, pas moins de 5339 personnes ont été placées en garde à vue, certaines, comme le montrent des vidéos, après avoir été plaquées au sol et menottées dans le dos. Plus de 400 l’avaient déjà été le 17 novembre, premier jour de mobilisation des gilets jaunes. Ces personnes étaient pour la plupart des manifestants pacifiques ou même de simples passants. Notons à ce propos que les forces de l’ordre recourent volontiers en France à la stratégie de l’encerclement, ce qui leur permet de maximiser le nombre des arrestations. En bon français, cela s’appelle une rafle.

On signale également le cas d’un gilet jaune arrêté chez lui en pleine nuit par des policiers du RAID, après que ces derniers eurent défoncé sa porte. Rappelons que le RAID est un service de police spécialisé dans la lutte contre le terrorisme. Jusqu’à preuve du contraire, les manifestations de gilets jaunes n’ont rien à voir avec le terrorisme.

Voilà donc ce qu’on apprend sur les sites susmentionnés. On comprend mieux à partir de là la hargne des chaînes officielles à leur endroit, en même temps que l’intention souvent prêtée aux dirigeants français actuels de les interdire purement et simplement, au risque de se voir accuser, à tort bien sûr, de vouloir instaurer en France un régime orwellien, avec contrôle total de l’information. Encore une élucubration complotiste.

La violence policière est en France une constante historique. On pense ici bien sûr à la Commune de 1871, et en remontant plus haut encore dans le temps aux journées de juin 1848. De la répression sanglante de juin 1848, un historien disait il y a une vingtaine d’années qu’elle avait « influé sur l’évolution de la société française jusque sous la Ve République, non pas en dépit mais à cause de son refoulement, qui a empêché qu’elle ait été repensée théoriquement »(3). On pourrait également évoquer dans ce contexte la période 40-45 (elle aussi refoulée), mais aussi les guerres coloniales du XXe siècle, guerres, selon certains auteurs, qui ont directement inspiré la doctrine française actuelle en matière de maintien de l’ordre(4). Les mêmes méthodes que celles autrefois utilisées contre les anciennes populations colonisées le seraient donc aujourd’hui contre les citoyens français eux-mêmes.

Ce qu’il y a de dangereux dans la situation présente, ce n’est pas seulement que beaucoup de choses, effectivement, dorment dans l’inconscient collectif : elles y dorment donc, et donc également sont prêtes, en toute occasion, à refaire surface. Les LBD, ou le retour du refoulé. Parallèlement aussi, on pourrait évoquer certaines attitudes et comportements, attitudes et comportements qui ne sont pas sans lien avec le racisme social aisément repérable chez nombre de représentants de la classe possédante au XIXe siècle. Car, on le sait, la haine de classe fonctionne dans les deux sens. Les dérapages à répétition du président Macron dans ce domaine le montrent bien. On les interprète volontiers comme des provocations, mais peut-être faudrait-il y voir surtout des lapsus, lapsus lui échappant sans qu’il y fasse trop attention. En cela même, d’ailleurs, d’autant plus significatifs.

Ainsi, le 27 juin 2017, peu de temps donc après son intronisation, ne déclarait-il pas : « Une gare c’est un lieu où on croise des gens qui réussissent et des gens qui ne sont rien ». C’est moins, il est vrai, ici la haine que le mépris qui est ici en cause. Ce représentant choisi de la suprasociété dit ici ouvertement ce qu’il pense de certains de ses concitoyens : ils ne sont rien. Or il n’est de loin pas seul à le penser. Voyez par exemple comment les médias mainstream, sous couvert de défense de la société ouverte et de lutte contre ses ennemis, se permettent de parler des partis dits « populistes » et de leurs électeurs. On ne peut même plus ici parler de partialité. Les insultes coulent à jets continus. Les « populistes » écoutent, la plupart encaissent, mais certains non : ils n’encaissent pas. Il ne faut pas s’étonner ensuite s’ils entrent en insurrection.

La IIe République française, responsable des massacres de l’été 48, était un régime faible, passablement brinquebalant même. Quatre ans plus tard il cédera la place au Second Empire. Ceci explique sans doute cela. En 1871, rebelote. La France venait de perdre une guerre, celle qu’elle avait elle-même déclenchée contre la Prusse. Le régime issu de cette défaite, une autre république, avait donc une revanche à prendre : revanche qu’elle prit sur sa propre population. Ce fut la « semaine sanglante » : 20’000 prisonniers passés par les armes. A défaut d’être capables de défendre le pays contre l’ennemi extérieur, les pouvoirs en place, en France, sont volontiers tentés de se refaire une santé aux dépens de l’ennemi intérieur : les gens qui ne sont « rien ». Chacun mesure aujourd’hui le zèle que met le président Macron à défendre les frontières de la France et son autonomie dans tous les domaines.

NOTES

  1. en particulier les textes réunis sous le titre : Du mensonge à la violence, Calmann-Lévy, coll. Pocket, 2012.
  2. l’entretien d’Aude Lancelin avec David Dufresne, Le Média, 7 janvier 2019.
  3. Dolf Œhler, Le spleen contre l’oubli. Juin 1848, Payot, 1996, p. 28.
  4. Mathieu Rigouste, La domination policière, Une violence industrielle, La fabrique, 2016. En 1951 déjà, dans la première partie de The Origins of totalitarianism, Hannah Arendt avait relevé cet effet boomerang du colonialisme. Paul Virilio reprendra plus tard cette thématique dans L’Insécurité du territoire (1993).
  • Article de Eric Werner paru dans la rubrique «Enfumages» de l’Antipresse n° 164 du 20/01/2019.

 

26 Comments

  1. Merci à vous pour tous ces excellents articles et merci à vous de dénoncer sans relâche toutes les dérives de ce gouvernement qui a largement dépassé les limites de ce qu’il est possible de supporter.

  2. Monsieur, c’est dommage de tomber là dans le piège tendu tant par le pouvoir que par l’ultra-gauche.

    Un blessé n’en vaut pas un autre.

    S’il existe des cas lamentables injustifiables aux torts de la police, observez bien la tournure que prennent certaines manifestations. Lorsque les slogans deviennent « Macron = Bolsonaro » au son des djembés, il y a des indices qui ne trompent pas. Les black-block et toute la Nuit debout est de retour et noyaute les manifestations de gilets jaunes.

    A Paris, un journaliste indépendant notoirement d’extrême droite se fait castagner par une bande qui défile aux cris de « Antifa Paris ». Ces authentiques fascistes de service sont là, comme ils étaient là il n’y a pas si longtemps pour mettre le feu à une voiture de policiers de la circulation.

    Ils ne viennent pas conter fleurette, ce sont des militants révolutionnaires violents, dont nombre des actes rendent largement nécessaire l’emploi des armes.

    Ne confondez pas les victimes, ne confondez pas le gilet jaune authentique qui s’est fait tirer dessus par un pleutre dépassé avec les pillards de banlieue et les révolutionnaires marxisto-bolchéviquo-etc.

    • Il n’ y a rien a confondre. Les blessés sont quasiment tout le temps des gens qui sont présents mais ce sont rarement les violents ou agressifs. Beaucoup de vidéos montrent des gens calmes matraqués sauvagement ou prenant des tirs de LBD. Les antifascistes et les blacks blocs cassent pillent agressent mais s’enfuient à temps. Ils ne sont jamais arrêtés ou blessés. Et pour cause: ils sont le bras armé des pouvoirs pour saboter les mouvements de contestations surtout ceux qui sont populaires.

      Cela explique pourquoi ils peuvent prospérer, s’entrainer à chaque manif, casser et piller sans vergogne les centres villes, et écumer les Zad et autres lieux de non droit, entraînant derrière eux les punks à chiens et autres. Il suffit de voir les banques saccagées, les magasins de luxe pillés…

      Vu leur nombre, leur ultraviolence et leur dangerosité, ce sont les vrais fachos de ce pays mais ils sont couverts par le politique.

      • Votre récit suppose que la police agit de manière constante et homogène.

        Consultez à nouveau votre catalogue de blessés et interrogez-vous sur le profil de certains pour lesquels, justement, aucune vidéo n’est disponible.

    • Quoi ? « Un blessé n’en vaut pas un autre » ? Et qui en décide, vous peut-être ?
      Et la République, avec Liberté Egalité Fraternité, c’est comme la dictature ?
      Vite, la camisole !

      • Ne vous en déplaise, un militant ultra violent d’extreme gauche qui s’apprête à lancer un dispositif explosif agricole ne vaut pas le passant passif.

        La police blesse et parfois tue parce que sinon elle n’en serait pas une, de police.

        Un blessé n’en vaut pas un autre parce que certains sont légitimement blessés et pas d’autres. C’est écrit dans la loi, relisez la liste des faits justificatifs d’irresponsabilité pénale.

    • Marcel Patoulatchi… Vous n’avez visiblement jamais fait de manif… Au delà de ça, « ultra gauche, extrême droite, black block, nuit debout, journaliste indépendant (les pires…) notoirement d’extrême droite, au son des djembés, antifa, fascistes, militants révolutionnaires violents, pillards de banlieue (vous vous êtes retenu là je le sent…) et enfin révolutionnaires marxiste-bolchchéviquo le tout en quelques lignes… pour au final justifier : « dont nombre des actes rendent largement nécessaire l’emploi des armes. » Bien sur vos propos sont stupides et ne pose même pas question sur vos accointances idéologiques très à l’extrême de tous les extrêmes… LREM peut-être ? Mais ils posent quand même question à ceux qui travaillent pour ce gouvernement et se voient associés à ce système de pensée dont vous servez à l’indécence les intérêts les plus médiocres. Fonctionnaires, voulez vous vraiment être associés à ce genre de pratiques et d’imbéciles ? Je ne sais pas si beaucoup d’entre vous lirons ces quelques lignes mais il me semble que vous devriez commencer à bosser en interne, sinon ce trou de cul (lui ou un autre) sera un jour nommé chef de votre service.

    • « Un blessé n’en vaut pas un autre » : que voulez-vous dire là ? Il y a des blessés plus importants que d’autres ? Ou un blessé suffit il n’en faut pas d’autres ?

  3. De manière récurrente, la Police se plaint de n’être pas considérée… On pourrait d’ailleurs se demander si la vague de suicides (neuf depuis le début de l’année) n’est pas l’expression de ce malaise. Dans n’importe quelle entreprise privée, le CHSCT se serait déjà emparée de la question.
    Mais il est urgent de rappeler à ce corps par ailleurs méritant, que pour être considéré, il faut être considérable, et que sa conduite proprement scandaleuse, sans parler même de sa légalité, dans la répression des manifestations, ne peut que les déconsidérer…

  4. Il est maintenant avéré que la campagne présidentielle de 2017 fut une mascarade de campagne que les rêgles démocratiques et le principe de séparation des pouvoirs ont été bafoués à l´instigation de la présidence de la république et du cabinet de Hollande et avec la complicité d´une justice et de médias aux ordres du pouvoirs, véritables bouffons ,sinistres laquais qui n´hésitent pas á salir et á détruire qui va á l´encontre de leurs intérêts mais qui défend l´intérêt général de la France.
    Macron n´a aucune légitimité car son élection est le fruit des mensonges dont les français ont été soulés par la presse pendant cinq mois tous les jours, sans qu´aucun média ne vienne contester les mensonges sur Fillon.Son procés ná toujours pas eu lieu pour la bonne raison qu´il n´y a rien à lui reprocher.
    Les milieux financiers et médiatiques qui ont porté Macron au pouvoir ne veulent pas d´une France forte, aux finances et à l´économie fortes, car ils veulent une Europe faible au profit des Etas Unis en premier lieu et du Dollar leur dieu tout puissant.
    Salutations

  5. Désolé mais je trouve votre argumentaire très faible
    Vous appuyez votre démonstration de la violence policière sur le réseau internet
    Vous ne dîtes pas les noms ni comment vous avez vérifié leurs propos
    Ensuite vous faites de beaux amalgames avec des faits passés sans approfondir votre pensée
    Vous nous avez habitués à des réflexions de meilleurs qualité
    Voilà
    Maintenant continuez à donner votre avis

  6. Un article ni fait ni à faire, pour les raisons suivantes :

    a) l’utilisation de la vulgate freudienne, alors que chacun sait (ou devrait savoir) que c’est de la fumisterie, et donc s’abstenir d’utiliser cette vulgaire vulgate.

    b) l’article parle, pour la Commune, de « 20’000 prisonniers passés par les armes ». Or, il y a d’une part confusion (les gens ont pu parler de 20 000 morts *au total*, dans les combats et en représailles) et d’autre part ces estimations ont été révisées :

    https://www.h-france.net/Salon/Salonvol3no1.pdf

    par cet historien anglais, qui parle de 6 000 à 7 500 morts au total pour la Semaine sanglante dont sans doute 1 400 fusillés en représailles.

    c) l’auteur nous parle de refoulement de Vichy, de l’Algérie, etc par le pouvoir. Sur quel planète vit-il ? En réalité, Vichy et l’Algérie, etc sont assidûment *utilisés* par les gens au pouvoir depuis 40 ans, pour d’une part dégoûter les Français de la France, et d’autre part discréditer les populistes et justifier leur mépris à leur égard.
    Loin qu’il y ait refoulement, il y a donc surabondance de discours sur ces périodes (Macron est d’ailleurs un des plus zélés, au point de s’attirer les critiques pour inexactitude historique d’un Laurent Joly, dans son livre de 2018 l’Etat contre les juifs). Et noircissement considérable de ces périodes, semble-t-il.

    d) l’ensemble est enfin rendu totalement incohérent par sa conclusion. Car, si Macron ne défend pas « les frontières et l’autonomie » de la France, c’est tout à fait volontaire de sa part. Donc la comparaison avec des gens passant leurs nerfs après une défaite (qu’ils ne voulaient pas, à la différence de Macron) est illogique…et la conclusion de l’article tombe par conséquent à plat.

    e) on peut également mentionner le contre-exemple de l’Angleterre.
    – Dans ce pays, chacun sait qu’existe une division en classe bien plus profonde qu’en France ; et que les inégalités y ont fortement augmenté par rapport au reste de l’Europe continentale, depuis Thatcher
    – et pourtant, le maintien de l’ordre y tolère beaucoup moins la violence qu’en France, on peut par exemple citer en 2011 un policier révoqué avec un fort scandale populaire parce qu’il avait bousculé un manifestant, en état d’ébriété, qui était tombé, avait eu une hémorragie cérébrale, puis en était mort.

    • Bonjour, En Passant

      Je vous cite, « l’utilisation de la vulgate freudienne, alors que chacun sait (ou devrait savoir) que c’est de la fumisterie, et donc s’abstenir d’utiliser cette vulgaire vulgate. »

      D’où tenez-vous que Freud soit de « la fumisterie » ? D’onfray, ce personnage typique de l’insignifiance médiatique et de la perte de QI de l’Occident ? Si c’est bien cela, l’avis d’Onfray sur Freud, un torchon farci d’erreurs grossières et de contrevérités, est aussi sérieux que celui de votre concierge sur la Somme théologique de Saint Thomas d’Aquin, si vous aviez une concierge et si elle se mêlait d’avoir des avis sur la théologie chrétienne.

      Et si ce n’est pas du minuscule Onfray que vous tenez ce que « chacun devrait savoir » sur Freud, alors de qui ?

      Je vous re-cite : « l’auteur nous parle de refoulement de Vichy, de l’Algérie, etc par le pouvoir. Sur quel planète vit-il ? En réalité, Vichy et l’Algérie, etc sont assidûment *utilisés* par les gens au pouvoir depuis 40 ans, pour d’une part dégoûter les Français de la France, et d’autre part discréditer les populistes et justifier leur mépris à leur égard. »

      Ce n’est pas de ce refoulement-là dont parle l’auteur, mais de celui qui occulte l’attitude de la police française, qui par exemple, collaborait avec enthousiasme avec l’occupant nazi. Vous en avez entendu parler quand ? Où est la repentance à ce sujet ? Toutes les accusations en collaborationnisme, c’est au populo de base qu’elles s’adressent, jamais aux forces dites « de l’ordre » ou aux autorités de type maires, préfets ou magistrats. Donc, il y a bien refoulement.

      Bonne journée.

      • J’ai en effet une concierge, elle ne se mêle pas de thomisme mais vient de prendre une prise de position fracassante, digne de Martin Luther (Ich kann nicht anders) sans doute poussée par les GJ.
        Heureusement, je n’étais pas coupable des comportements visés par ses reproches.

        Freud est en effet un imposteur, ce qui ne résulte pas de la lecture d’Onfray mais de celles des psychologues et psychiatres soucieux d’une démarche scientifique.

        La collaboration de la justice aux rafles a été évoquée il y a deux billets (de mémoire), j’y ai aussi répondu. Celle de la police française aux rafles est constitutive de la « repentance », elle est contrairement à ce que vous dites évoquée dans les discours de trois présidents (excusez du peu) :

        https://fr.wikisource.org/wiki/Discours_prononc%C3%A9_lors_des_comm%C3%A9morations_de_la_Rafle_du_Vel%E2%80%99_d%E2%80%99Hiv%E2%80%99

        https://www.lexpress.fr/actualite/politique/rafle-du-vel-d-hiv-ce-qu-a-dit-francois-hollande_1141050.html

        https://www.gouvernement.fr/partage/10418-discours-a-l-occasion-de-la-commemoration-du-vel-d-hiv

        Mais cette repentance et ce transfert de responsabilité sont, si vous lisez avec attention les livres des historiens, un noircissement considérable de la situation réelle. On baigne en plein anachronisme, et dans une lecture à charge de l’histoire de France.

        Les juristes soucieux d’équité savent qu’après la version à charge il faut écouter la version à décharge, puis essayer de se faire une idée. Question de génération et de gros intérêts politiques, nous ne sommes pas sortis de la première phase (à charge), donc vous vous prononcez de manière inéquitable, à l’insu de votre plein gré…

        • Les discours, pardon, c’est une blague ? Celui d’Edouard Philippe, que j’ai perdu cinq minutes de ma précieuse vie à lire, mentionne en passant la police française sous l’Occupation pour s’attarder ensuite longuement sur « les contenus haineux sur Internet ». Et celui de Hollande, qui met tout sur le dos de « l’antisémitisme » (une plaie française, il faut croire) est du même tonneau. La France de l’époque = la France de Dieudonné aujourd’hui. Subodorant la même entourloupe, j’ai renoncé à lire le troisième.

          Aucun des deux que j’ai lus ne remet en cause le POUVOIR collabo de par sa servilité envers les intérêts des puissants, ceux qui pensaient et disaient « Mieux vaut Hitler que le Front populaire ». C’est encore et toujours la France entière qui est dénoncée, et non pas, comme il conviendrait, ses élites bourgeoises, seules décisionnaires à l’époque comme aujourd’hui – et qui collaboreraient encore aujourd’hui. Macron assume d’ailleurs son pétainisme.

          Sans lire des historiens obscurs comme Annie Lacroix-Riz, il n’y a aucun moyen de prendre conscience de l’ampleur de la collaboration de ces élites avec le nazisme, et si les gens comme elle sont marginalisés, c’est pour cette simple bonne raison qu’ils mettent le doigt où ça fait mal.

          Ensuite, je vous cite, « Freud est en effet un imposteur, ce qui ne résulte pas de la lecture d’Onfray mais de celles des psychologues et psychiatres soucieux d’une démarche scientifique. »

          Des noms, SVP ? De nombreuses écoles s’opposent à Freud, cela n’a rien de nouveau. Il n’y a nulle preuve qu’ils fassent mieux, et nombre font beaucoup moins bien, notamment sur la théorie de l’humain. Les psy américains « soucieux d’une démarche scientifique », notamment, se sont retouvés à bourrer les gens de neuroleptiques et d’amphétamines (la fameuse Ritaline), y compris des enfants, quittes à les détruire à vie. C’est de ceux-là que vous parlez ?

          • Je vous cite, dans votre premier message :

            « Ce n’est pas de ce refoulement-là dont parle l’auteur, mais de celui qui occulte l’attitude de la police française, qui par exemple, collaborait avec enthousiasme avec l’occupant nazi. Vous en avez entendu parler quand ? Où est la repentance à ce sujet ? Toutes les accusations en collaborationnisme, c’est au populo de base qu’elles s’adressent, jamais aux forces dites « de l’ordre » ou aux autorités de type maires, préfets ou magistrats. Donc, il y a bien refoulement. »

            Vous dites qu’il y a refoulement du rôle de la police française. Je vous réponds que les trois discours de Chirac, de Hollande et de Macron le citent.

            1) Chirac « Il y a cinquante-trois ans, le 16 juillet 1942, 450 policiers et gendarmes français, sous l’autorité de leurs chefs, répondaient aux exigences des nazis.

            Ce jour-là, dans la capitale et en région parisienne, près de dix mille hommes, femmes et enfants juifs furent arrêtés à leur domicile, au petit matin, et rassemblés dans les commissariats de police. »

            2) Hollande «  »Pas un seul soldat allemand ne fut mobilisé » pour ces arrestations menées par des policiers et gendarmes français, a souligné François Hollande. « Ce crime fut commis en France, par la France » et « c’est le grand mérite de Jacques Chirac », l’ancien président, de l’avoir reconnu le premier, en juillet 1995, a également rappelé le chef de l’Etat. « 

            3) Macron « Je récuse les accommodements et les subtilités de ceux qui prétendent aujourd’hui que Vichy n’était pas la France, car Vichy ce n’était certes pas tous les Français, vous l’avez rappelé, mais c’était le gouvernement et l’administration de la France.

            Les 16 et 17 juillet 1942 furent l’œuvre de la police française, obéissant aux ordres du gouvernement de Pierre LAVAL, du commissaire général aux questions juives, Louis DARQUIER DE PELLEPOIX et du préfet René BOUSQUET.

            Pas un seul allemand n’y prêta la main. » à ce lien https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2017/07/18/discours-du-president-de-la-republique-francaise-a-loccasion-de-la-commemoration-de-la-rafle-du-vel-dhiv

            Donc, votre affirmation sur l’occultation du rôle de la police, dans votre premier message, est inexacte.

            Ce qui devrait par contre vous faire réfléchir, si vous lisez (un exemple entre milles) la conclusion du livre de Marrus Paxton (référence des Repentants), c’est ce qu’ils disent dans cette conclusion sur le niveau d’information des gens de Vichy sur les projets allemands, à l’été 1942…

            ***

            Vous dites dans votre deuxième message qu’il y aurait occultation du pouvoir collabo. Là aussi, cela ne me semble pas exact.

            En passant, « plutôt Hitler que Blum » est une phrase polémique de Emmanuel Mounier, dans Esprit avant la guerre, qui entendait ainsi caricaturer la position d’une partie de ses adversaires.
            Ce n’est donc pas la réalité, mais une caricature polémique de la réalité. Il ne faut donc pas confondre.

            Si vous voulez lire un historien tout ce qu’il y a de connu qui parle de la collaboration des élites, vous pouvez voir Philippe Burrin, la France à l’heure allemande, qui insiste par exemple sur les projets de grand marché, de monnaie unique (hi hi hi) qui existaient à l’époque.

            Donc votre assertion sur une occultation de la collaboration des élites me semble tout aussi inexacte.

            Ce qui peut éventuellement être vrai, c’est qu’il y a un paradoxe à voir ceux qui poursuivent les projets de collaboration économique qui existaient à l’époque instrumentaliser la collaboration de l’Occupation pour disqualifier leurs opposants.
            Mais ce n’est pas ce que dit l’article, ni ce que vous avez dit dans vos deux commentaires en réponse au mien.

            ***

            Je maintiens mon point de vue sur Freud, sans poursuivre la discussion à ce sujet qui n’est pas l’objet de ce site.
            Mais, puisque vous reconnaissez du moins qu’il s’agit d’une théorie parmi d’autres, vous pourrez peut-être comprendre que j’ajoute qu’il est pénible de voir y faire référence comme une vérité établie.

        • Il y a une coquille dans mon message précédent, « collaboration de la justice aux rafles », lisez plutôt « à la répression ».

          Les cours spéciales françaises ont traité environ 8 000 dossiers dont 45 peines de mort (données incomplètes). Il y a aussi eu environ 200 « condamnations » à mort par la Milice.

          Par comparaison, les tribunaux militaires allemands sont responsables de 3 100 condamnations à mort, et les Italiens de 9.
          Plus dans les 10 000 fusillés sans jugements par les troupes allemandes dans les combats des derniers mois…

  7. Je viens de voir passer des gilets jaunes dans ma commune de province… Aucun d entre eux n est ce que vous decrivez…

  8. Ça vaut la peine de reproduire ici la dernière de couverture de « La domination policière » de Mathieu Rigouste :
    La violence policière n’a rien d’accidentel. Elle est rationnellement produite par le dispositif étatique. La théorie et les pratiques de la police française sont profondément enracinées dans le système colonial : on verra dans ce livre qu’entre les brigades nord-africaines dans les bidonvilles de l’entre-deux-guerres et les brigades anti-criminalité (les BAC) dans les « cités actuelles, une même mécanique se reproduit en se restructurant. Il s’agit toujours de maintenir l’ordre chez les colonisés de l’iintérieur, de contenir les territoires du socio-apartheid. Le dévelopement des armes « non létales » ( flash ball, taser…) propulse aussi une véritable indistrie privée de la coercition. Rigouste montre comment l’expansion du marché international de la violence encadre la diffusion des doctrines de la contre-insurrection et permet de les appliquer à l’intérieur des métropoles impériales.
    Cette enquête, fondée sur l’observation des techniques et des pratiques d’encadrement et de ségrégation depuis ceux qui les subissent et les combattent, montre comment est assurée la domination policière des indésirables, des misérables et des insoumis en France.

    •  » Les mêmes méthodes que celles autrefois utilisées contre les anciennes populations colonisées le seraient donc aujourd’hui contre les citoyens français eux-mêmes « .
      Des méthodes anti-émeutes (encore plus violentes qu’à Paris) sont justement appliquées, au XXI° siècle, contre les colonisés palestiniens. On ne pourra que déplorer la coopération des polices française et israélienne, en souhaitant que les expérimentations d’armes de guerre dont pâtissent les foules en colère de Gaza n’inspireront pas trop les FdO d’ici.

  9. Dans l’émission « les Terriens du Dimanche » (1) diffusée le 20 janvier, Pierre Liscia a fait un reportage sur les blessés au visage par LBD.
    Sur le plateau, il y avait ensuite le, témoignage de Jean-Marc Michaud (de Bordeaux) qui a probablement perdu son oeil droit :
    https://www.atlantico.fr/video/3564051/gilets-jaunes-blesses–l-emotion-de-jean-marc-michaud-sur-le-plateau-des-terriens-du-dimanche-thierry-ardisson

    Selon une chroniqueuse, les forces de l’ordre qui utilisent les LBD n’ont qu’une journée de formation. Pas étonnant que ça dégénère.

    (1) Emission de Thierry Ardisson avec les chroniqueurs suivants : Raquel Garrido, Natacha Polony, Monia Kashmire, Franz-Olivier Giesbert, Pierre Liscia et Gilles-William Goldnadel auxquels on peut ajouter l’humoriste Tanguy Pastureau.

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