Pôle sud, Pôle nord, l’ambassadrice ne manque pas d’air.

Atlantico m’a demandé ce que je pensais de la défense présentée par Ségolène Royal pour justifier l’utilisation d’un personnel payé par le ministère des affaires étrangères (c’est-à-dire par nous) pour accomplir des missions qui n’ont rien à voir avec les pôles (Nord et Sud). Tout en respectant scrupuleusement la présomption d’innocence à laquelle je tiens comme à la prunelle de mes yeux, j’ai prudemment répondu que l’ambassadrice se moquait du monde.

On trouvera ci-dessous mes réponses et on peut aller aussi les consulter sur le site d’Atlantico.

Régis de Castelnau

STRATÉGIE DE DÉFENSE

Ségolène Royal pourra-t-elle échapper à une saisine du Parquet national financier ?

Selon France Inter, Ségolène Royal aurait détourné les missions de ses collaborateurs délégués par le Quai d’Orsay lors de sa mission d’Ambassadeur des Pôles. Elle a tenu à se défendre et a notamment critiqué le comportement « inquisiteur » des médias.

Atlantico.fr : Le Samedi 16 Novembre, la cellule investigation de France Inter avançait que Ségolène Royal aurait détourné à son profit personnel les missions de ses collaborateurs délégués par le Quai d’Orsay dans le cadre de sa charge d’Ambassadeur des Pôles. Elle se défendait en dénonçant le comportement « inquisiteur » des médias à son encontre. Selon elle, elle aurait bien utilisé ses collaborateurs à des fins personnelles mais en dehors de leurs heures de travail.

Ségolène Royal prétend que ses collaborateurs l’ont accompagnée sur des projets personnels en dehors de leurs heures de travail. Quel est votre sentiment quant à la qualité des arguments de Ségolène Royal pour sa défense ? 

Régis de Castelnau : Comme d’habitude avec Ségolène Royal, celle-ci accuse immédiatement ses interlocuteurs dès lors qu’ils lui posent des questions gênantes. On connaît bien sa formule : « est-ce que vous me poseriez la même question si j’étais un homme ? » Cette fois-ci elle refuse en partie de répondre au prétexte que les questions seraient « diffamatoires et inquisitoriales ». L’enquête du service investigation de France Inter a été faite sérieusement semble-t-il. Et l’affirmation que les collaborateurs mis à sa disposition par le ministère des affaires étrangères l’assistaient pour ses affaires privées sur leur temps libre est risible. Pour deux raisons. Une raison technique tout d’abord, car comment prétendre que les activités qui se passent aux quatre coins de la France, voire du monde et qui mobilisent les collaborateurs pendant plusieurs jours consécutifs puissent être effectuées en dehors du plein temps au service exclusif de « l’ambassadrice des pôles » ? Il faut faire preuve d’un sacré culot ce qui est quand même une des caractéristiques de Ségolène Royal. La deuxième raison ensuite est le rapport très particulier qu’elle entretient avec les fonds publics. On peut constater que dans sa carrière ce n’est pas la première fois que l’on se pose des questions, même si ce n’est pas une preuve de culpabilité. Mais il est indéniable qu’elle a toujours fait preuve d’une grande désinvolture dans la gestion des fonds publics. Pour sa présidence de la région Poitou-Charentes, elle a fait l’objet de rapports d’observation assassins de la Chambre Régionale des Comptes sur la façon dont elle s’était servie des finances de la collectivité. La critique principale portait sur l’intérêt régional de certaines dépenses, que la juridiction considérait comme plutôt destinées à la carrière personnelle de la présidente. Comme d’habitude elle a rejeté ces conclusions et accusé son successeur qui s’en plaignait de machisme.

Et puis il y a eu l’épisode invraisemblable de l’abandon du projet écotaxe. Pour des raisons d’étroite tactique politicienne elle a mis fin à un dispositif utile, dans des conditions qui ont représenté un coût exorbitant de près de 10 milliards d’euros pour les finances publiques.. Comme disait son ex-compagnon alors président de la république : « ça ne coûte rien, c’est l’État qui paye !»

Ségolène Royal n’est pas crédible lorsqu’elle prétend que ses collaborateurs payés par le Quai d’Orsay travaillaient pour elle sur leurs RTT.

On peut être surpris par la passivité du PNF dans cette affaire, qui aurait probablement bondi si une autre personnalité politique avait été mise en cause, comme Jean-Luc Mélenchon ou Marine Le Pen. Diriez-vous que notre système judiciaire est à deux vitesses, en fonction du degré de proximité du pouvoir ? En quoi cette affaire le révèle ?

Régis de Castelnau : Il n’y a pas lieu d’être surpris, le PNF a une conception très sélective de son rôle. À plusieurs reprises ses interventions ont laissé quand même une drôle d’impression. Une grande mansuétude voire un refus de se saisir pour des affaires pourtant préoccupantes concernant des proches du pouvoir. Que ce soit pendant la présidence de François Hollande ou celle d’Emmanuel Macron. On peut en effet s’interroger sur ce que sont devenues les affaires Arif, Le Roux, ou assistants parlementaires du MoDem, pour ne prendre que ces exemples. François Fillon, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon ont eu droit à des traitements rapides, vigoureux et spectaculaires et il est peu probable que Ségolène Royal, propulsée dans ce placard doré par la bienveillance d’Emmanuel Macron ait beaucoup de souci à se faire. Mais nous ne sommes pas à l’abri d’une heureuse surprise…

Les soupçons de « relations incestueuses » entre justice et médias sont courants. Etant données les caractéristiques de cette affaire, n’apparaît-il pas que le problème vient surtout de la partialité de la justice sans complicité de la presse ?   

Régis de Castelnau : Le couple « médias/Justice » traverse, c’est vrai, une phase un peu compliquée. Ces deux « pouvoirs » se sont en effet mariés il y a une trentaine d’années, alliance qui leur a permis de mettre la classe politique en difficulté. Pour les médias il s’agissait de booster les diffusions. Pour les magistrats, d’affirmer leur autonomie et de faire ainsi pression sur les pouvoirs législatifs et exécutifs. Le problème a commencé à évoluer avec l’arrivée au pouvoir de François Hollande. Son prédécesseur avait fait l’objet d’un acharnement médiatico-judiciaire particulièrement salé, et sur l’impartialité duquel il y avait beaucoup à dire. En revanche François Hollande et aujourd’hui Emmanuel Macron, ont vu leurs entourages préservés et leurs adversaires malmenés. Les médias ont été contraints de relever les évidences. Il y a eu ensuite l’épisode gilets jaune ou l’appareil judiciaire a accepté d’abandonner sa mission de justice pour celle de maitien de l’ordre en déployant une répression de masse sans précédent depuis la guerre d’Algérie. Avec des méthodes prenant souvent de grandes libertés avec la rigueur juridique, et en assurant jusqu’à présent aux violences policières une impunité préoccupante. Devant ces évidences, les médias ont pris leurs distances, il suffit de voir le ton très gêné des articles publiés par les journaux pourtant extrêmement favorables à Emmanuel Macron. Je ne sais pas si nous allons vers le divorce, mais il est clair qu’actuellement le couple bat de l’aile. Et ce n’est pas une mauvaise nouvelle pour la démocratie.

Régis de Castelnau

14 Comments

  1. … La photographie qui illustre ce billet en dit long sur l’efficacité et l’intérêt d’avoir nommé cette personne à la charge d' »Ambassadeur des pôles ». On s’amuse bien dans les étendues glaciaires… Est-ce bien là la charge d’un « Ambassadeur » ?
    Une façon somme toute ni élégante ni intelligente de se débarrasser d’un « paquet » bien encombrant. Hélas ses ambitions ne sont pas congelées et elles ne tarderont se révéler. A moins qu’elle ne rencontre un ours polaire …

  2. Le travail hors temps de travail, ça ne s’appelle pas « travail au noir », par hasard ?

    • Non, c’est du pur bénévolat réalisé par des hommes et des femmes fascinés par l’incroyable charisme qui émane de madame Royal et qui témoigne à la fois de son absolu désintéressement et de son charme littéralement … magnétique.

  3. En effet, la défense de Mme Royal est risible. La discrétion du PNF est très parlante et vous en donnez des exemples convaincants. Les relations justice/medias sont plus que « compliquées »; elles ont passé un « deal » qui les entraîne dans une dérive, qui, à terme, donne le traitement de Lula au Brési par les noces infâmes du juge Sergio Moro et des grands médiasl et l’élection de Bolsonaro. Voilà, le Brésil est notre avenir. A méditer.
    Mais quand vous écrivez : « Le problème a commencé à évoluer avec l’arrivée au pouvoir de François Hollande. Son prédécesseur avait fait l’objet d’un acharnement médiatico-judiciaire particulièrement salé, et sur l’impartialité duquel il y avait beaucoup à dire. » je m’étonne de ce jugement. Sarkozy a droit comme Ségolène Royal à la présomption d’ignorance. Soit. Mais le travail des medias et de la justice ne peut être qualifié d' »acharnement salé », tant qu’il na pas produit les preuves des turpitudes du-dit président. Ce que nous savons déjà, grâce à Mediapart, en autres, est suffisamment « salé » pour qu’on encourage plutôt la justice et la presse de poursuivre.

  4. Madame royal, avec tout son « culot », a dit récemment que le glyphosate était cancérigène ! d’où beaucoup d’affolement dans les médias ! où on a prétendu qu’elle avait « rétropédalé » ! et pour le prouver on a montré un extrait où elle invoquait le « principe de précaution » ! (elle en rajoutait plutôt une louche non ?) … eh bien on lui présente l’addition !

  5. Segolene on la connait, ce qui me choque, le responsable, c’est celui qui a créé ce poste et lui a confié, ce qui me choque, c’est la monarchie de cour qui distribue les honneurs alors que nous sommes en République socialiste

  6. C’est du théâtre.
    Revoyez l’historique du PNF, quand et par qui il a été créé.
    Ensuite contextualiser.

    6 ans en arrière, nous sommes en pleine poussée populiste, Italie, Hongrie et même en Autriche, le populisme pousse fort en Europe et inquiète les progressistes, d’autant plus que Trump sera élu juste avant les présidentielles de 2017 et cette élection inquiète en République, beaucoup même.
    Faut dire que l’alignement mortifère à l’OTAN (Sarkozy), a contraint la République à une logique de guerre pour l’impérialisme marchand US sous Obama, le conflit Syrien, les printemps arabes, lutte contre Daesh, dont on sait aujourd’hui qu’il est une fabrication du Wahhabisme, comme l’est Al Qaida.

    Donc il ne fallait surtout pas qu’un candidat sinon populiste, tout du moins sur une autre logique à l’international, puisse prendre le pouvoir.
    Les sondages publics donnaient Fillon favori or on connait tous son programme sociétal et en matière de politique étrangère, même s’il était libéral, il ne cochait pas toute les cases de l’universalisme post national.
    Pour l’éliminer, l’ingénierie politique a donc inventé la fin du clivage droite/gauche, cet entrisme Républicain dont le but officieux est de perpétuer sa domination post monarchie.
    D’ou la création de l’objet politique non identifié Macron, ni de de droite, ni de gauche et pourtant de droite et de gauche, de la Banque, donc.

    Le positionnement de Macron sur l’échiquier politique impliquait la désintégration des deux grands partis Républicains, le PS à gauche et les LR à droite, puisque Macron devait en être la synthèse.
    Problème, Fillon était en tête des sondages.
    Donc il fallait éliminer politiquement Fillon.
    Constitution de dossiers en amont (costumes, Pénélope), le Canard sort son article en pleine campagne et le PNF est saisi 24H après avec les médias subventionnés pour faire monter la sauce.
    Fillon éliminé, il ne restait plus qu’à faire monter Le Pen de manière à s’assurer qu’elle soit au second tour pour une répétition de 2002.

    Note hôte a nommé ce processus, coup d’Etat démocratique.

    Donc les procès contre Sarko, Balkany et pourquoi pas Royal maintenant, c’est la continuité du théâtre, Macron continue de taper sur l’ancien monde via PNF interposé, mais il tape sur des boites politiques vides, ayant l’électorat des grandes métropoles dans la poche, cette bourgeoisie de droite et de gauche votant pour les intérêts de son portefeuille.
    Et puis il ne faudrait pas que le grand public puisse en conclure que seuls Le Pen et Mélenchon sont poursuivis par la justice…

    Et pour 2021, s’il n’y a pas d’opposition crédible à Macron, il n’en demeure pas moins que ce dernier a vu son mandat s’arrêter brutalement avec la crise des gilets jaunes.
    Il est donc possible qu’il ne soit pas en capacité de se représenter, mais si ce n’est lui, ce sera quelqu’un d’autre, peut être une femme, parce qu’il va falloir capitaliser sur le sociétal Macronien pour évacuer le social, mais ce ne sera pas Marie Ségolène, la madone du Poitou !

    • contre macron même Biquette est crédible ! (Biquette la petite chèvre de Dieudonné)

      • Le programme de Fillon ne diffère pas de celui de Macron. Il sert la finance et rien d’autre. Pas dangereux pour les riches, il fait ce qu’on lui dit de faire, pour rester poli.

        FIllon son programme face au MEDEF. C’est hallucinant.
        Fillon semble dur que Macron mais de fait non, les deux sont violents et promettent de se passer du législateur pour agir. Le MEDEF se régale de cette dictature à son service.

        https://www.youtube.com/watch?v=HGOyqL5QchE

        Macron et ses mentors ont joué plus finement (pas difficile avec ce lourdaud de Fillon) en réconciliant les 2 clans : l’un plutôt droite PS, l’autre plutôt droite RPF/UDR/UMP/centre du coté du manche.

        • @jean, Bien sûr que Fillon est un néo-libéral.
          Il ne différait de Macron que sur le sociétal et sur la politiques étrangère.
          Cette différence, non pas de nature, mais de degré, fut suffisante pour que l’Etat profond l’élimine politiquement.

          D’ailleurs, sauf erreur de ma part, une fois empêché, Fillon a quand même dit qu’il fallait voter Macron au second tour : https://www.la-croix.com/France/Politique/Les-consignes-vote-pour-second-tour-presidentielle-2017-04-24-1200841891

          Petite précision pour Mélenchon, coincé aux entournures, officiellement pas de consignes, officieusement, abstention, blanc ou au pire Macron, donc tout sauf Le Pen.

          Les masques Républicains sont quand même tombés !

    • Excellente analyse. Nous allons voir ce que l’ établissement politico-financier nous concocte pour la prochaine présidentielle car son poulain s’est cramé dès le début de sa mandature. On peut penser à un affrontement « classique » avec Marine, mais cela suffira-t-il à anesthésier un peuple qui commence à devenir lucide ?

  7. Je serais curieux de savoir combien les « politiques » menées par Mme Ségolène du Poitou nous ont coûté. Ma détestation pour cette personne remonte au début des années 1990 quand, ministre de l’enseignement scolaire, elle avait décidé que tous les enfants handicapés devaient être scolarisés. Louable intention en apparence (en apparence, parce que des enfants ne peuvent pas être scolarisés ou alors à temps très partiel, comme mon fils autiste). Pour ce faire, elle a créé à toute vitesse des AVS (Adjoints de Vie Scolaire) en faisant embaucher des emplois-jeunes pour accompagner les enfants handicapés en classe. Résultat : un bazar incroyable ! Juste une anecdote vue : une pauvre fille de 20 ans sans aucune formation accompagnant un enfant autiste totalement ingérable en milieu ordinaire et qui a terminé en milieu hospitalier avec une dépression sévère, un enfant vite placé en service de pédopsychiatrie et des parents effondrés en constatant qu’ils devaient faire le deuil de la normalité de leur enfant. Mme Royal s’est vantée de son action en 2007 devant N. Sarkozy. C’est pour ça que, de colère, j’ai voté Sarkozy !
    Tout Royal est là. On affirme des grands principes, on fait n’importe quoi, on laisse un champ de ruines et on s’en vante !

  8. Dans le passé on envoyait à Limoges les personnages qu’on voulait ecarter, ça coutait quand même moins cher.

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