Laetitia Avia, Jean-Pierre Grand : duettistes de basses-œuvres

Petit retour sur deux petites séquences dont nous avons pris connaissance ces jours derniers.

On va commencer par Madame Laetitia Avia, venue asséner quelques vilenies chez Mediapart sans que cela provoque une réaction digne de Moustache dont on sait malheureusement et depuis longtemps ce qu’il faut penser de son amour des libertés.

Interrogée sur les violences policières à l’occasion des manifestations elle a répondu : « je suis avocate il n’y a pas plus soucieux de l’État de droit qu’une avocate. Si demain j’ai une violence policière constatée que j’ai comme telle, je serais la première à la condamner. Mais apportez-moi une condamnation. » Donc, la députée nous dit en substance : « tant qu’il n’y a pas de condamnation, il n’y a pas de violences policières. » Et puis vous allez voir qu’elle va nous dire qu’il faut que ces condamnations soient définitives ! Madame Avia, ce que vous avez dit là, vous abritant derrière votre robe d’avocat et une référence « à l’État de droit » est simplement une infamie.

L’absence de condamnation judiciaire ne fait pas disparaître un événement. Alexia Daval a été assassinée, et son mari a avoué l’avoir tué. Il n’est pas encore jugé et par conséquent il est présumé innocent. MAIS L’ABSENCE D’UNE DÉCISION DE CONDAMNATION NE FAIT PAS DISPARAÎTRE LE FAIT ! Alexia Daval a-t-elle été assassinée oui ou non ? On pourrait multiplier les exemples, mais pour le sujet qui nous occupe, nous savons très bien, tous les observateurs, tous les journalistes honnêtes, tous les témoins, toutes les victimes, et elles dans leur chair, savent qu’il y a eu un déferlement sans précédent de violences policières.

Pour vous Madame Avia, les éborgnés, les amputés, les blessés, les familles des morts, n’ont donc été victimes de rien, il n’y a pas eu de violence puisqu’il n’y a pas de jugement ? Comment peut-on faire preuve d’une telle bassesse ? Franchement vous n’avez pas honte ?

Ensuite il y a le sénateur Jean-Pierre Grand, longtemps membre de l’UMP/LR qui y a déjà mangé à tous les râteliers et qui vient de quitter son parti : « parce que comment qu’il est pas trop d’extrême droite, quasiment nazi »  nous dit-il à peu près en version originale, ce qui après lecture des sous-titres donne : « coucou Monsieur Macron comment que je suis pas trop gentil de venir vers vous, vous n’auriez pas un petit maroquin, une petite mission en échange, ou un chouette petit placard dorée comme Ségolène Royal pour m’occuper. Maintenant à cause du cumul des mandats j’ai dû rendre celui de maire. Et puis vous savez, n’hésitez pas, je suis prêt à rendre service ».

Aussitôt dit aussitôt fait, c’est vrai qu’il est serviable Monsieur Grand. La presse amie lance une campagne à partir d’incidents « menaçants » contre des policiers, dont la réalité pour la plupart d’entre eux est quand même sujette à caution et commence à sentir la manipulation.(1) À partir de là le sénateur empressé et probablement sollicité par ses nouveaux amis a déposé au moment de la discussion au Sénat de la fameuse loi scélérate « contre la haine sur Internet » appelée loi Avia (tiens tiens !), un amendement parfaitement liberticide interdisant de filmer les policiers dans les manifestations et de diffuser ses vidéos sans leur consentement (???). Sous peine d’une amende de, excusez du peu, 15 000 € ! Chacun a bien compris qu’il s’agit d’inscrire dans la loi l’impunité totale de la violence des policiers dévoyés. Toutes les affaires dont la plupart ont certes été ensuite étouffées par l’IGPN et les parquets n’ont pu se déclencher qu’à cause des photos et des vidéos circulant sur les réseaux.

Nouvelle infamie, qui vient compléter la première, parce qu’avec cette interdiction, il n’y aura jamais de procédure pénale possible contre les violences policières et par conséquent pas de condamnation et donc comme le dit Madame Avia pas de violences. La boucle est bouclée. Ce régime est en train de basculer sans état d’âme dans une dérive effrayante.

Et une fois de plus avec ces deux personnages emblématiques du macronisme, on comprend pourquoi toutes les dictatures ont toujours trouvé facilement leurs exécuteurs de basses œuvres.

(1) À propos, ou en est l’enquête sur « l’incendie criminel » dont aurait été victime une résidence secondaire inhabitée de Richard Ferrand ? Ça avance ?

Régis de Castelnau

15 Comments

  1. Organiser l’escamotage des témoignages en sanctionnant à la fois injustement et à titre très subsidiaire de façon prohibitive les prises de vue impliquant des policiers est une disposition législative « digne » d’une dictature, qui veut éliminer toute possibilité de critique à l’encontre des agents chargés de l’exécution – à marche forcée en l’occurrence – de ses oukases. Aux graves impasses de la réforme des retraites s’ajoutait leur discussion menée au forceps, comme pour d’autres initiatives législatives de ce gouvernement. A présent, l’exercice du droit de manifestation, principal mode d’expression de la contestation des décisions d’un gouvernement minoritaire, se voit menacé par la mise en place d’un dispositif législatif destiné à interdire le contrôle a posteriori d’éventuelles violences policières, donc à laisser à la police une latitude de principe à la violence, sans avoir à justifier de motifs. Les fondements même du droit sont atteints.

  2. Les fondements du droit sont atteints dans le texte d’une loi qui pourrait être adoptée régulièrement. Espérons que le Conseil constitutionnel exercera à ce sujet un rigoureux contrôle.

    • Vous rigolez ?
      Le Conseil Constit’, en France, n’est nullement une cour suprême de la constitutionnalité des lois, comme ailleurs, mais un organisme éminemment politique, composé de vieux Prés de la rép ou désignés par … tous + réac’ et/ou semi-séniles les 1 que les autres…
      Et sans foi ni loi (même Belle-ou-bête y est passée, et pourtant, elle a manifestement obtenu son diplôme en droit dans une pochette-surprise !

      Il dira donc qu’aucun pb, bien sûr …

      • Si les critiques des juristes envers la loi en discussion sont exprimées dans des termes clairs, le Conseil Constitutionnel ne pourra pas ne pas en tenir compte. S’il passait outre ces critiques, cela marquerait une forme d’incompétence ou de parti pris.

  3. Je comprends très bien, pour m’être indignée des vidéos accusant les policiers de voler dans les magasin (pour prendre exemple), qu’on veuille faire cesser certaines pratiques indignes. Quand un journaliste tourne autour d’un policier qui fait son travail pendant une manif, bien entendu, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Ok, ce n’est pas le sujet !
    Il reste que la police est suffisamment enquiquinée (le mot est gentil) de belle façon pour qu’on ait envie de faire cesser ce binz ! voulu par qui au juste ? vous n’auriez pas une petite idée dés fois ? un nom pas de chez nous, un certain G. S. qui finance des ONG … il serait temps d’évoquer les responsables vous ne croyez pas ? Ah mais non bien sûr ! la Gauche !!! … en fait tout est très bien comme ça ! la police perdra sa réputation, deviendra vil, sans prestige, et nous ne serons plus enviés, le niveau de notre police est beaucoup trop haut, il faut qu’elle baisse pour se mettre à l’échelle mondiale. Que Vive la France !

    • Si l’agent des forces de l’ordre réalise une opération, même violente, qui répond à la nécessité de maintenir l’ordre en réprimant des atteintes aux personnes et aux biens, les images prises par les caméras ou les appareils photographiques ne l’incrimineront pas, car il pourra établir qu’il assumait sa fonction, qui est d’employer la force devant une agression après sommation. Si en revanche, la force est employée sans justification, les images en témoigneront et plaideront contre cet agent ou l’auteur de l’ordre donné. Le fait de saisir les matériels de prises de vue a priori, sans avoir à présenter de justification, est une sorte d’aveu d’une volonté délibéré de se soumettre aux prescriptions de la loi, qui prévoient l’emploi de la force dans une mesure justifiée et proportionnée à l’agression. L’autorisation qui serait donnée « légalement » aux forces de l’ordre de saisir de façon discrétionnaire le matériel de prises de vue des témoins, journalistes ou autres, serait un pas considérable franchi vers l’opacification de l’action de la force publique, et en un mot l’arbitraire.

      • *aveu d’une volonté délibérée de se *soustraire* aux prescriptions de la loi…

  4. La langue française aimant à créer des néologismes, on proposera de regrouper sous le vocable de « marchisme » tout ce qui a trait à l’abjection, la bassesse, le déshonneur, l’ignominie, la puanteur, la turpitude, etc. Bref, tout ce qui est infâme est marcheur, tout ce qui est marcheur est infâme. Et rappelons nous bien : Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les marcheurs.

  5. Cher Maître, pour ce qui concerne votre (1), n’ayez pas d’inquiétude, monsieur Ferrand n’était en rien visé, la propriété appartenait en réalité aux Mutuelles de Bretagne (un adhérent mécontent du montant de ses primes, peut-être ?)

    • tout ce qui appartient aux « mutuelles de Bretagne » appartient à monsieur ferrand et réciproquement … mais au fait où en est la restauration de ce palace ???

  6. Il existait déjà l’interdiction de filmer dans les salles d’audience, qui permet justement toutes les magouilles.
    La France est devenue complètement invivable.

    • Sauf huis-clos (affaires de mineurs, par exemple), le public, journalistes compris, peut assister aux audiences, y prendre des notes, portraiturer les participants, twitter… et rendre compte au dehors de ce qui s’y est passé.

    • Quelle stupidité crasse, pas vous mais votre réflexion sur ce blog …
      L’interdiction de filmer est destinée à protéger les différentes parties au procès, et les audiences sont publiques (sauf huis clos, dans certaines conditions) : un certain nombre de retraité.e.s et de personnes intéressées par la façon dont la justice est rendue (de plus en plus mal, notamment du fait de son absence de moyens, et de la façon dont le pouvoir exécutif la désorganise en permanence, l’asphyxie … jusqu’à l’asservir) vont d’ailleurs régulièrement aux audiences pénales, comme on va au cinéma écouter et voir les histoires des gens …

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