Quand Olivier Berruyer se fout (un peu) du monde

  1. berruyer

Olivier Berruyer anime un blog appelé « les crises » et participe à des émissions sur BFM business. On trouve à boire et à manger sur son site, des articles passionnants et par ailleurs introuvables, une minutie efficace dans la déconstruction de la propagande mainstream, quelques idées fixes (qui n’en a pas?), et quelques plantages mineurs, le patron étant fort compétent en économie, peut-être un peu moins en politique et en droit.

Comme beaucoup il a été scandalisé par les délires d’Éric Zemmour et comme souvent dans notre pays, de défenseur acharné de la liberté d’expression, il s’est transformé instantanément en censeur impitoyable réfléchissant aux moyens de faire taire quelqu’un qui ne pense pas comme lui.

L’opération s’est déroulée en plusieurs temps. Tout d’abord des publications furieuses à l’encontre de Zemmour et de ceux qui l’ont accueilli dans leurs colonnes ou sur leurs plateaux. C’est bien évidemment son droit le plus strict, et j’ajouterai même, compte tenu des opinions qui semblent être les siennes que c’est son devoir. En tout cas c’est ce qu’attendent ses lecteurs.

Cela devient ensuite sur son site, un véritable feuilleton. Quand brusquement après que quelqu’un ait dû lui glisser l’astuce dans l’oreille, voilà qu’il soulève la question de l’interview dans laquelle Éric Zemmour a évoqué le respect qu’il avait pour les combattants islamistes capables de mourir pour leur cause. Ça y est, on le tient ! Il faut savoir que c’est la même position qu’avait exprimée Jean-Marc  Rouillan ancien terroriste d’action directe récemment mis en liberté après 24 ans de réclusion criminelle dont 7 ans et demi à l’isolement total (!). Ce qui a permis de lui infliger un petit rabiot de huit mois de prison ferme. Décision déplorable constituant une atteinte à la liberté d’expression. Et naturellement la première chose qui vient l’esprit de notre grand pourfendeur, c’est de savoir comment s’en servir pour faire embastiller l’agitateur obsessionnel.

La presse mainstream ayant démarré au quart de tour et répercuté cette accusation absurde, tout content, Olivier Berruyer avait d’abord mis sur son site un sonore « merci la presse ! » pour s’attribuer la paternité de la clameur médiatique qui s’était alors déclenchée. Elle a dû être effacée, mais en revanche la croisade a continué.

Et en parallèle, lui ou d’autres ont lancé une pétition « pour que le gouvernement applique la loi à Éric Zemmour pour ses appels à la haine ». Est-il nécessaire de relever cette rédaction qui entretient des rapports très lointains avec le fonctionnement régulier des pouvoirs publics dans notre pays ? Contentons-nous de revenir sur le caractère absurde de cette accusation qui fait d’Éric Zemmour islamophobe assumé un partisan du djihad. J’ai dit dans ces colonnes, ce que j’en pensais, inutile de revenir dans le détail, si ce n’est de rappeler le principe de droit pénal que l’on apprend en première année et qui est celui de « l’élément moral de l’infraction ». C’est-à-dire la volonté de la commettre qui doit être prouvée .

Mais en même temps que l’élément moral, il y a l’élément matériel et l’élément légal, c’est-à-dire une loi répressive antérieure au fait considéré. Et c’est justement sur cet aspect d’élément légal qu’Olivier Berruyer va buter. Il nous dit avoir été opposé à la fameuse loi de décembre 2014 incriminant l’apologie du terrorisme, sur la base desquelles la liberté d’expression a été bien mise à mal. Je n’en ai pas le souvenir, mais on lui fera le crédit de la bonne foi sur ce point… mais seulement sur celui-là. Par ailleurs il publie régulièrement les prises de position de Noam Chomsky intégriste de la liberté d’expression et opposé par exemple à la loi Gayssot. Alors, en appeler aux flics pour faire taire ses adversaires cela fait un peu désordre.

Histoire de redorer son blason, il va trouver une astuce, et republier un florilège des condamnations délirantes rendues sous l’empire de la passion et dont notre justice n’a pas vraiment à être fière. Publication éminemment salutaire qui vient largement compléter celle que je m’étais autorisée trois jours après les attentats de Charlie.

Mais, dès le lendemain le site relance la machine annonce 50 000 signatures pour la fameuse pétition et confirme sa volonté de voir des poursuites pénales diligentées contre Éric Zemmour.

Avec la proposition suivante : « Mais maintenant, si j’appelle toujours à modifier radicalement cette loi, Dura Lex Sed Lex, elle doit s’appliquer à tous de la même façon. » Ignorance juridique et populisme judiciaire pour essayer de résoudre la contradiction et de continuer à tenir acrobatiquement les deux bouts de la chaîne.

Les excès d’application du texte, ne sont pas dus à la loi elle-même, mais à la jurisprudence. Qui est comme on l’apprend, toujours en première année, une des sources du droit. Et qui se forge dans la durée cas d’espèce après cas d’espèce sous l’éventuel contrôle final de la Cour de cassation en général saisie après de nombreuses années.

 Alors, « Dura Lex Sed Lex » une autre fois s’il vous plaît. La liste de condamnations publiée sur le site n’est qu’une suite de décisions anormales, pour rester poli, prises dans l’urgence et sous le coup de l’émotion pour apaiser l’opinion publique. De la mauvaise justice donc.

Et c’est là qu’intervient le populisme judiciaire, celui dont raffolaient les magistrats justiciers des années 90 et 2000. Qui souvent violaient allègrement la loi, mais se défendaient en disant « on le fait pour les petits, pourquoi ne le ferait-on pas pour les gros. Face à l’arbitraire, et aux atteintes aux libertés nous devons faire régner l’égalité. » Par l’utilisation de la détention-pression par exemple, « pour attendrir la viande » comme disait élégamment Eva Joly, on pouvait continuer à embastiller les pauvres puisqu’on mettait un riche au trou de temps en temps.

Alors, invoquer la mauvaise et à mon avis illégale décision rendue à l’égard de Jean-Marc Rouillan, pour exiger son application à Éric Zemmour au nom de l’égalité de traitement, témoigne d’une singulière conception des libertés publiques. Qui ne sont pas à géométrie variable suivant les personnes concernées.

Olivier Berruyer a souhaité répondre et c’est donc bien volontiers que je publie son texte ainsi que quelques observations à caractère général sur le fonctionnement de la justice. Ceux qui me connaissent savent que chez moi c’est obsessionnel. On trouvera le tout à l’adresse ci-dessous.

https://www.vududroit.com/2016/10/zemmour-reponse-dolivier-berruyer/

Régis de Castelnau

6 Comments

  1. heureux de lire un avis critique sur O. Berruyer, indispensable vue sa propension croissante (proportionelle à ses vues je suppose) à juger en tant que détenteur de la vérité/objectivité.
    merci pour ce billet.

    ps: il a été copié/collé 2 fois et cela déstabilise un peu la lecture dans la mesure où je m’étais préparé à un article 2 fois plus long.

    bonne continuation,

  2. Excellent billet ! Vous auriez même pu ajouter que beaucoup des « condamnations » présentées comme définitive par Olivier Berruyer sont en réalité frappées d’appel ou de pourvoi en cassation, de sorte que les intéressés sont tout aussi présumés innocents que si aucune décision n’avait été rendue à leur encontre (voir par exemple l’arrêt CEDH Konstas c. Grève en 2011).

  3. Les nombreux lecteurs d’Olivier Berruyer ne sont pas son public, car pas mal sont plutôt de droite, et même au-delà (du fait de sa position contre Kiev et son hostilité à l’atlantisme). Public très varié donc. Le premier billet consacré à Zemmour en septembre a déchaîné un flot de commentaires, dont presque la moitié étaient favorables à Zemmour et faisaient à Berruyer le reproche d’être pour le moins à géométrie variable en ce qui concerne la liberté d’expression. Voici ce je notais sur mon mur Facebook le 20 septembre dernier à 1 h 30 du matin :

    __Blog « Les crises » d’Olivier Berruyer. Encore un sujet sur Zemmour, et sur Julliard (« Contre le parti collabo du “pas d’amalgame” : quand même Jacques Julliard fait du Zemmour… »). 185 commentaires dont je lis une bonne partie. Je rédige deux lignes ironiques. Mon message n’apparaît pas, et je me dis qu’il doit être à l’examen, car j’ai utilisé le mot « nazi ». Je constate alors que des 185 commentaires ne restent plus que… 3 ! La machine à censurer a fait son œuvre sous mon nez, nuitamment.__

  4. En réalité le comportement d’Olivier Berruyer est à l’image de ce que l’on peut souvent voir de nos jours, sauf bien sur lorsqu’il est question de donation là bien sur la conduite est différente, peut être bien le premier censeur sur la toile. J’invite toute personne à ne plus faire confiance à son site, vu que la société souffre pas moins de toute sa censure sur beaucoup.

  5. Un site sioniste
    Des copains de BFM TV….
    Une censure digne des soviets

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