Affaire Ramadan : le risque d’un fiasco judiciaire ?

Je n’aime pas trop lorsque l’on instrumentalise la justice à des fins autres que celles qui sont les siennes. Cela vaut bien sûr pour l’utilisation politique que fait Macron de l’appareil judiciaire pour réprimer, faire taire et intimider ses opposants. Mais pas seulement.

J’avais été initialement circonspect concernant l’affaire Ramadan et l’emballement qui l’avait entouré. Et je considère que les meutes n’ont rien à faire dans les prétoires.

J’invite à ce sujet à relire les deux articles que j’avais publiés au mois de février 2018. Où je sentais déjà poindre dans les vapeurs de ce lynchage médiatique les risques d’un fiasco judiciaire.

RAMADAN INCARCÉRÉ : LE MÉCHANT DANS LES MÂCHOIRES DE L’ÉTAT

2 février 2018

RAMADAN EN PRISON : ET MAINTENANT ?

9 février 2018

Méfiant vis-à-vis des religions en général dès lors qu’elles investissent l’espace public, je le suis encore plus vis-à-vis de l’islam qui est non seulement une croyance affirmée dans le surnaturel, mais également un système minutieux d’organisation de la vie civile. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles l’islam a pris des formes politiques particulièrement agressives. La compatibilité entre la laïcité à la française et l’islam prosélyte, il va falloir se lever d’assez bonne heure pour parvenir à m’en convaincre.

On peut donc imaginer l’affection que je portais à Tariq Ramadan. Celui-ci a été accusé de viol, incarcéré le 2 février 2018 et mis en liberté le 15 novembre soit près de neuf mois et demi plus tard.

Le débat devant la justice française porte sur les accusations de viol formulées à son encontre par trois plaignantes. IL NE PORTE QUE SUR CELA, SUR RIEN D’AUTRE. Il n’est pas poursuivi parce qu’il est musulman, prédicateur, petit-fils du fondateur des Frères musulmans, mythomane ou adultère. Le parquet autorité de poursuite lui reproche d’avoir eu des relations sexuelles avec trois personnes en violation de l’article 222-23 du code pénal qui prévoit : «Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol. » C’est-à-dire que la justice doit constater, que d’abord il y a eu pénétration sexuelle et ensuite que celle-ci n’était pas consentie.

Or depuis le début de cette instruction, à partir des informations que l’on a pu recueillir dans la presse et dans le milieu professionnel auquel j’appartiens, les accusations ont perdu au fur et à mesure leur consistance, les trois accusatrices multipliant contradictions, incohérences, et invraisemblances quand ce ne fut pas carrément des mensonges. Il y a également le problème soulevé par les relations soutenues, entretenues avec témoins et plaignantes par un certain nombre de personnalités très engagées dans la lutte contre l’islam et qui ont fait dans le passé la démonstration de rapports assez élastiques avec la vérité. Si les informations rapportées par la presse sur l’intensité de ces rapports sont fondées il serait surprenant qu’aucune procédure pour subornation de témoins n’ait été engagée.

Un article de blog Mediapart nous informe aujourd’hui qu’un rapport de la brigade criminelle sollicitée par le collège des juges d’instruction conclurait à l’absence de charges sérieuses et à l’innocence de Tariq ramadan des accusations de viol portées contre lui. Là aussi je serai circonspect, ma confiance dans Mediapart étant proportionnelle à l’affection que je porte à son patron le célèbre Moustache, c’est-à-dire proche du zéro degré Kelvin…Le problème est que ces propos sont recoupés par d’autres sources. Je commence à craindre qu’il n’y ait désormais plus que deux solutions, soit une ordonnance de non-lieu, soit un renvoi devant la Cour d’assises dont il est fort probable que l’audience tourne à la confusion des accusatrices et des militantes qui les ont soutenues. Dans les deux cas, ce serait une catastrophe.

Parce que s’il apparaissait que la justice française a accepté de se faire manipuler et instrumentaliser de cette façon pour régler un problème politique et se débarrasser d’un acteur gênant, notre pays se trouverait en fort mauvaise posture. La justice s’est déjà déconsidérée avec l’affaire Fillon où elle s’est ingérée dans l’élection présidentielle, la violence de la répression du mouvement social des gilets jaunes et les protections dont elle fait bénéficier l’entourage d’Emmanuel Macron. Et en ce qui concerne la lutte contre l’islam radical et l’islam politique, elle fournira à celui-ci sur un plateau un martyr dont il ne sera pas possible de prétendre, s’il est mis hors de cause, qu’il n’a pas été singulièrement maltraité. Pour des raisons apparemment sans lien avec la réalité des charges qui lui étaient reprochées.

Si tout ceci tournait au fiasco (ce que je ne désire vraiment pas) , je souhaite du courage à ceux qui devront dire que les choses se sont déroulées normalement et que la religion et le statut de Tariq Ramadan n’ont pas lourdement pesé dans le traitement judiciaire dont il a été l’objet. Ne pas instrumentaliser la justice à des fins politiques ou religieuses fait justement partie de ce qui nous différencie des pays où l’islam est religion d’État.

On lutte contre l’islam politique par des moyens politiques.

Régis de Castelnau

24 Comments

  1. « On lutte contre l’islam politique par des moyens politiques ». Et à cette aune, on devrait lutter contre l’islam violent (pléonasme) par des moyens violents, contre l’islam totalitaire (pléonasme) par des moyens totalitaires, contre l’islam radical par des moyens radicaux. A noter qu’islam radical est aussi un pléonasme, ce qui ne veut pas dire que tous les musulmans sont radicaux, juste que ceux qui ne le sont pas sont des demi-sels…

    • Ta bêtise n’a pas de demi-ton, elle est entière. Que faire contre les sylviedanas inculte (pléonasme)? Rien, ça leur donnerait de l’importance comme dirait l’autre…

    • Bonjour. Nous sommes tous des « radicaux », je suis radicalement contre la pédophilie, le viol, le vol etc.. Nous sommes tous radicalement contre quelque chose chose, quand vous videz le mot de son sens et que vous accolez ensuite une image à ce mot, c’est tout ce que vous voyez quand vous pensez à ce mot, cette image, comme tous les singes savants qui savent lire et écrire. Le sens c’est un peu plus qu’une image accolée à un mot, c’est ce qui est et ce qui est ne peut-être mis en image, prenez donc une image d’un feu et mettez votre main dans la feu et mesurez ce qui est de ce qui n’est pas…

  2. Bonjour,

    J’ai repéré une coquille dans votre texte : « Et je considère que les meutes rien à faire dans les prétoires ». Il manque, je suppose, les termes « n’ont » entre « meutes » et « rien ».

    Texte intéressant, et vous avez eu une fois de plus le nez creux.

    Bien à vous,

  3. Oui.

    C’est étonnant, chez beaucoup de ceux qui sont en situation d’autorité, cette propension à ne pas admettre qu’ils ont pu se fourvoyer.

    Le mélange des genres ne fait rien non plus pour faciliter les appontages en souplesse …

  4. Cher Maître,
    vous dites pudiquement  » lynchage médiatique d´un fiasco judiciaire  »
    alors que vous auriez pu dire :  » lynchage judiciaire d´un fiasco médiatique « !
    en effet, si le mensonge et la désinformation sont devenus les caractéristiques principales de la presse française, il me parait encore plus condamnable que des cours de justice enferment des personnes sur la base de calomnies et non de preuves.Ces mêmes cours ont procédé au lynchage judiciaire du candidat Fillon à la présidentielle de 2017 sur la base de calomnies et de ragots colportés par la présidence de la république.
    Quelle honte. Macron est le président élu par une minorité de français convaincus par ces mensonges colportés par une presse lâche et servile.
    Salutations
    Vendeuvre.

  5. C’est dommage que le musulman de base de ce pays avait déjà sentie le roussie dès l’arrestation de M. Tariq Ramadan . Est -t-il plus intelligent que toutes ces têtes pensantes de la justice ou de ceux qui leur donnent les ordres plus hauts ou bien il a suivi son instinct du musulmans persécuté pour ces convictions basiques d’un musulmans ordinaire. L’affaire Tariq Ramadan est semblable à des milliers d’autres que vivent les musulmans de ce pays , partout où ils vont , de l’ecole Jusqu’à chez eux . Tout est instrumentalisé mais caché derrière des clichés et d’emprunt à l’histoire mouvementé entre la France le monde musulman et sa religion . La peur qui taraude ce pays d’une pensée religieuse nous montre le degré de confiance médiocre qu’a la France dans sa capacité à intégrer les courants de pensée différents fussent en contradiction avec les siens . Pour ces raisons je suis persuadé que plus l’Islam est combattu sur Le terrain mensonger comme c’était Le cas avec l’affaire Ramadan plus il gagne dans les esprits des gents et appelle même les musulmans à faire un retour Obligé vers la religions de leurs aïeuls.

  6. Bonjour
    Je reponds rapidement au commentaire de la dame ci-dessous.
    Madame, votre commentaire est super violent pour le republicain et musulman convaincu que je suis.
    Et nous sommes 99% dans mon cas en France, alors un peu de mesure dans les propos meme si on est derriere son ecran.
    Et pour quel interet, charger en basant son argument sur rien de bien concret/factuel.
    A bon entendeur…

    • Quelle victoire? Celle d’avoir séduit des femmes certaines un peu connu aujourd’hui mais combien d’anonymes ? Réfléchissez. Merci

  7. article paternaliste et raciste comme la procédure engagée contre tariq ramadan,pourquoi croire les lois de la république française forcément si supérieures à celles issues de la religion islamique et du droit coranique

  8. Le droit, rien que le droit ainsi que le respect des droits de la défense : vous avez mille fois raison, Mr de Castelneau, il faut juger Mr Tariq Ramadan pour les faits qui lui sont reprochés et pas pour autre chose ; c’est l’honneur de la justice au pays des droits de l’homme. Mais, comme vous le rappelez justement, on ne pourra faire l’économie de la comparaison avec le traitement réservé aux justiciables ordinaires dont la culpabilité est maintenant appréciée au regard d’intentions avérées ou supposées. Tout citoyen peut aujourd’hui être condamné parce qu’on a estimé qu’il pouvait éventuellement avoir des intentions délictueuses … Je suis d’accord, comparaison n’est pas raison et tout un chacun, y compris Mr Ramadan, devrait pouvoir se prévaloir contre l’arbitraire, y compris l’arbitraire d’un pouvoir judiciaire non pas indépendant mais légitime, aujourd’hui, conformément à une doctrine politique imposée, à juger les intentions. Mais n’oublions pas non plus les protections dont la famille Ramadan bénéfice depuis quelques générations pour son prosélytisme actif de la part de l’émir du Qatar et des princes saoudiens dont la proximité avec le pouvoir macronien n’est plus à démontrer. Si nous ne pouvons tolérer que Mr Ramadan soit jugé et condamné pour des raisons autres que les faits qui lui sont reprochés, nous ne pouvons davantage tolérer que nos concitoyens soient condamnés pour des intentions et non pas pour des actes délictueux positifs et reprochables.

  9. Voilà un spécialiste du Droit qui a évolué sur cette affaire. La subjectivité initiale a fait place à une approche plus neutre. Il serait bon de faire l haggionamento des textes précédents  » c est en raison de ses frasques sexuelles que Ramadan… ». Merci pour ce texte nuancé qui met la lumière sur l’instrumentalisation de la justice. La référence au gilets jaunes et à Fillon est pertinente. Rdv ds qq mois pour un nouveau commentaire où le conditionnel et les « si » auront disparu…

  10. « C’est-à-dire que la justice doit constater, que d’abord il y a eu pénétration sexuelle et ensuite que celle-ci n’était pas consentie. »
    Pas tout à fait, voir le rappel de 222-23 CP juste avant: qu’il y ait eu violence, contrainte, etc. Bien évidemment, dans ces cas, il ne saurait y avoir consentement. Mais, dans sa sagesse, le Législateur aura envisagé que l’absence de consentement soit possible hors ces cas. Mais alors, il n’y aurait pas viol au sens de 222-23 CP.
    Au moins, les actes exigés par ce texte pour qu’il y ait viol sont plus ou moins vérifiables. Alors que sans eux, l’absence de consentement ne l’est pas du tout (je laisse de côté le cas des mineurs).
    Est-ce qu’on imagine, dans une telle affaire, les plaignantes disant qu’elles n’étaient pas consentantes et les juges contraints de les croire sur leur seule bonne mine ?

  11. Je veux revenir sur les articles precedents cités par vous. Des le départ vous choisissez votre camp anti-islam et vous affirmez que la lapidation est dans le Coran et j’en conviens pour votre érudition . SACHEZ que le Coran recommande de respecter les religions précédentes authentiques : la bible et l’évangile. Sachez au que dans la bible, il y a 21 versets où la lapidation est citée (https://www.google.com/url?sa=t&source=web&rct=j&url=https://bible.knowing-jesus.com/Fran%25C3%25A7ais/topics/Lapidation&ved=2ahUKEwib6-6Ez5rjAhWUoXEKHew1CnUQFjACegQIARAB&usg=AOvVaw3IKlTmDzinmuIYXDBHmVO5 ).Donc le Coran n’y est pour rien et la lapidation ne se pratique plus.
    Dans votre exposé, comme tout avocat qui se respecte en noyant le poisson, vous caressez la présomption d’innocence mais vous avouez quand même que Tariq devrait être condamné parce qu’il est préférable de le faire taire tout en lui enlevant cette emprise sur sa communauté silencieuse. Vous ne faites pas de parallèles avec l’affaire Darmanin qui est accusé pour les mêmes motifs.Bien sûr lui n’est pas prédicateur mais ministre de la république.
    Votre véhémence et l’intolérance de certains francais accusant les musulmans de tous les maux n’est pas ancienne mais remonte à la création de l’état d’Israël. Votre gouvernement est aux mains de sionistes. Penchez vous sur les proportions démographiques de chaque communauté française et vous arriverez à un constat accablant: la communauté juive malgré elle soumise aux mains sionistes ne représente que 1% de la population a eu plus de présidents, de premiers ministres et de ministres qui influer sur la destinée et l’intolérance de la France tout l’asservissant au profit d’Israël. La communauté musulmane qui représente 10% de la population française n’a pas un siège de ministre et donc impuissante d’améliorer son sort.
    Soyez honnête en reconnaissant que le sort du peuple palestinien vous importe peu (n’oubliez pas les chrétiens palestiniens). Oui malheureusement tout tourne autour de cette injustice moyen-orientale . Si la communauté internationale regle ce conflit alors votre presse sioniste n’aura plus de grain à modre sur le dos des musulmans.
    Aussi SACHEZ que vos pays occidentaux à travers leurs organismes ( CIA, otan, onu et les supposées associations caritatives ) créent et financent le radicalisme islamiste.

  12. Entre le consentement des plaignantes et la conscience du supposé violeur. L effet Darmanin « Encore faut-il que le mis en cause ait eu conscience d’imposer un acte sexuel par … » aurait du depuis bien longtemps stoppé cette mascarade judiciaire et pousser les juges à stopper une procédure qui est devenu un fiasco judiciaire par un 2 poids 2 mesures évident.

  13. Maître, vous dites « Méfiant vis-à-vis des religions en général dès lors qu’elles investissent l’espace public, je le suis encore plus vis-à-vis de l’islam qui…etc. »

    – Y aurait-il des religions naturelles opposables à celles surnaturelles?

    – Pour un athée, la religion quelle qu’elle soit n’est elle pas un « système minutieux d’organisation de la vie civile »?
    Elle l’est en tous cas pour l’athée que je suis (baptisé chrétien),et en l’occurrence je suis plutôt satisfait des prescriptions (sociales) de la religion catholique.

    – Enfin à propos de la « La compatibilité entre la laïcité à la française et l’islam prosélyte », au concours de prosélytisme il semble que le vainqueur dans notre bon pays ne soit pas l’islam…

    Tout cela cher Maître, pour vous rassurer qu nous n’avons jamais pensés que vous pouviez être un dangereux islamiste prosélyte et qu’il n’était donc pas indispensable de vous justifié du contraire…

  14. Je me souviens d’un article de Mariane en février 2018 rapportant qu’à propos de l’affaire Ramadan, Samia Ghali, députée de Marseille, se demandait si dans cette affaire on jugeait le présumé violeur ou le musulman. Au passage, la députée prenait une volée de bois vert de la part de Mariane pour oser mettre en doute la Justice française.
    Je pense qu’elle a maintenant la réponse à sa question.

    • Ce n’est pas la réalité ou non des faits qui est sans doute en cause.
      Mais leur instrumentalisation.
      Trois mois jour pour jour avant le 1er tour.

      Jean Lasalle a obtenu un sacré répit médiatique le jour où il a affirmé devant les caméras : je ne comprends pas cet acharnement contre ma personne.
      Je suis l’un des deux ou trois députés ne faisant l’objet d’aucune poursuite judiciaire.

      Michel

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