Arnaud Beltrame : l’acte d’un chrétien

 

L’acte du colonel Arnaud Beltrame a provoqué une sorte de sidération dans un pays bouleversé par l’émotion. Qui fait siens à nouveau les vers de Victor Hugo. Une France décidée à ce que, pour son héros, « la voix d’un peuple entier le berce en son tombeau ». Gare à ceux qui blasphèment, ironisent ou prennent des pincettes. La poignée qui s’y est essayée a pris cher, et les cohortes des insupportables habituels, Diallo, Bouteldja, Muhamad, Corcuff, Plenel et autres sont prudemment restées cois.

Comme tant d’autres, je me suis levé samedi matin la gorge nouée, craignant d’entendre la nouvelle redoutée : Arnaud Beltrame mort pour la France, tué à l’ennemi. Pour ressentir immédiatement le chagrin renforcé par les témoignages déchirants de sa famille. Et être confronté à cet événement extraordinaire que ce surgissement en première ligne d’un monde où il est question de devoir, d’engagement, d’honneur et de sacrifice, que les belles âmes espéraient disparu sous leur mépris, leurs ricanements et leurs insultes.

Regarder la télévision dimanche matin, c’était voir « le jour du seigneur » sur toutes les chaînes, entendre des journalistes respectueux, et Jacques Séguéla décomposé nous dire : « par son sacrifice Arnaud Beltrame nous a lavé de nos péchés ». Parce qu’il n’y a pas à ergoter, les obligations du colonel de gendarmerie ne lui imposaient pas de se substituer à un otage féminin. L’avoir fait à ce moment-là, en acceptant le risque du sacrifice, est bien l’acte du chrétien fervent qu’il était.

Enfant, j’ai toujours beaucoup aimé la semaine sainte. Pour moi, d’éducation catholique, c’était l’arrivée du printemps, le temps des vacances de Pâques, et surtout toute une semaine rythmée par des rituels particuliers. Le dimanche des rameaux et l’arrivée en gloire de Jésus à Jérusalem, la préparation du vendredi saint, jour de la crucifixion, avec le rappel de la Cène, de ce procès injuste, le reniement de Pierre, l’interminable chemin de croix et le terrible sacrifice. La Passion est une histoire pleine de bruit, de fureur et de souffrance. Qui se clôt, excusez du peu, par la victoire sur la mort. Paul nous a expliqué, dans sa définition de l’universalisme, que ce qui justifiait l’homme était la foi dans « l’événement Christ » qui ne se prouve pas. Je fais partie des matérialistes méthodologiques qui ont besoin de preuves. La foi s’est donc esquivée sans amertume, est restée la culture. J’ai une forme de vénération pour Jean-Sébastien Bach, notamment ses Passions, et l’intensité doloriste qu’elles donnent à la crucifixion. Mais je suis de l’avis de Cioran qui disait : « s’il y a quelqu’un qui doit tout à Bach, c’est bien Dieu ». Un de ces catholiques zombies en quelque sorte, tels que les qualifient de façon nullement péjorative Hervé Le Bras et Emmanuel Todd. Je ne dois pas être le seul, et je pense qu’il y a là une des explications à l’intensité de la réaction populaire devant l’assassinat d’Arnaud Beltrame.

Et comment s’étonner que dans cette semaine sainte, les catholiques voient ce sacrifice comme rédempteur ? Comment être surpris qu’ils y décèlent un « signe », après le massacre du père Hamel dans son église, l’égorgement à Marseille de ces deux jeunes filles, militantes chrétiennes engagées pour les autres ?  Confortés qu’ils sont par l’étonnante actualité cinématographique. Avec « l’Apparition », « Jésus, l’enquête », « Marie-Madeleine », « Apôtre Paul », en attendant le prochain de Mel Gibson… N ’en jetez plus, même si on va s’arrêter quelques instants sur « La Prière » de Cedric Kahn. Qui raconte comment, pour sortir de la dépendance, un toxicomane rejoint une communauté isolée dans la montagne tenue par d’anciens drogués qui se soignent par la prière. Histoire à l’évidence très folichonne, mais qui à la surprise générale a reçu les louanges du trio Libé/Inrocks/Télérama, ce que d’aucuns peuvent à raison qualifier de miracle !

Amis cathos, vous êtes restés stoïques, face au politiquement correct et au mépris du sociétalisme triomphant. Vous avez discrètement grommelé quand on vous infligeait un anticléricalisme anachronique et quand on faisait de votre Église le repère exclusif de la pédophilie. L’un des vôtres vient d’offrir sa vie à la nation, et vous en tirez d’ailleurs fort normalement une certaine fierté, demandant simplement que cela soit reconnu comme tel. Nous devons le faire évidemment, mais en rappelant que ce qui nous rassemble tous c’est d’abord qu’il est mort pour la France. Et que c’est à ce titre que nous l’honorons.

Vis-à-vis de lui, notre dette est d’essayer d’être digne de la grandeur de son acte.

 

 

42 Comments

  1. Le courage indicible dont a fait preuve cet homme nous donne une immense leçon d’humanité à l’heure où l’on vit chacun pour soi et proportionnellement autant plus fort que l’on a les moyens.
    Hélas, il y a fort à parier que cet acte inoubliable passera bien vite derrière la spirale de l’information en boucle.
    Pourtant, il est à parier que s’il pouvait encore nous parler, il nous demanderai d’en tirer les enseignements en étant moins égoïstes, ne serait-ce qu’en réfléchissant aux conséquences de nos actes avant de les effectuer.
    Nos bassesses sont encore plus frappantes devant tant d’abnégation.

  2. « Il n’y a ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre. » Colossiens 3:11.

    Il n’y a ni diables ni saints, ni monstres ni héros, que des hommes. En-dehors de cette hypothèse, quelle paix est possible ?
    Le terroriste de Trèbes est certainement vu comme un martyr et un saint par beaucoup. Lui aussi à leurs yeux a donné sa vie en héros. Avons-nous donc raison d’exalter à ce point, symétriquement, l’héroïsme du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame ?
    La violence est réciproque. Plus la violence monte, plus les adversaires veulent se distinguer l’un de l’autre, plus ils se ressemblent. Sachons sortir de cet engrenage mortel.
    Les hommes sont égaux, semblables. Admettons-le. Faisons un pas de côté. Gardons-nous de croire et de faire ce que nous reprochons à autrui de croire et de faire.
    En géopolitique comme en économie, si nos actions étaient moins violentes elles déclencheraient moins de violence en retour.

    Il est légitime de louer la générosité et la bravoure d’Arnaud Beltrame. On aimerait, mis dans la même situation, être capable d’en faire autant. Mais, devant l’avalanche dithyrambique de louanges dont il est l’objet, on en vient à se demander s’il n’est pas désormais attendu des gendarmes que, comme lui, ils soient tous prêts au sacrifice de leur vie. Attention, casse-cou, gardons-nous en bien ! Gardons-nous d’une délétère symétrie ! Terroristes prêts au sacrifice contre gendarmes prêts au sacrifice, paradis assuré contre héroïsation assurée, surtout pas !

    La violence, le sang, la mort… invitent au sacré et à la pensée magique. N’y retombons pas. Nos « armes » sont la raison, la loi, la justice, le pardon… pas la superstition, pas le sacrifice.

    • Arnaud était un humaniste. Chrétien ou pas je n’en sais rien et franc-maçon selon certaines sources. De toutes façons les valeurs qu’il incarne sont universelles, elles appartiennent à l’humanité toute entière.

  3. Et alors, Denis? On va longtemps tourner en rond comme ça, parce qu’il appert que tout est relatif?

  4. La suprême grandeur du christianisme, ne réside pas tant dans l’exaltation de l’Amour – après tout le Talmud ou le Coran contiennent des écrits aussi admirables en la matière pour peu qu’on fasse l’effort des les lire un peu – ..mais plutôt dans l’exaltation du geste qui met fin au cycle infernal de la violence mimétique (le regretté René Girard a dit là dessus des choses définitives). A l’exemple de Jésus arrêtant l’élan de la foule déchainée s’apprêtant à lapider la femme adultère (« que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ») et se sacrifiant sur le Golgotha pour le Salut collectif, le LCL Beltrame, pourcsa part, s’est offert à son bourreau pour briser le cycle de la violence.

    Oui, cher Maître, d’accord avec vous, c’est bien l’acte d’un chrétien. Merci à vous de le signaler, à l’heure où l’Eglise n’est tolérée, dans le débat public, qu’à titre d’organisation caritative.

    • Non, l’intervention du GIGN, aussi légitime soit-elle, ne rompt pas le cycle de la violence. Vous faites un contresens.
      Arnaud Beltrame a fait preuve d’un magnifique courage. Mais il ne s’est pas offert à son bourreau, il espérait le maîtriser.

      • « L’exaltation du geste qui met fin au cycle infernal de la violence mimétique (le regretté René Girard a dit là dessus des choses définitives). »

        Et d’ailleurs, depuis le « sacrifice » de Beltrame, pouf ! le terrorisme islamiste, c’est terminé. Les djihadistes ont dit : bah oué, finalement, René Girard, c’était un bonhomme, il avait raison, et on peut à nouveau se promener en mini-jupe, en kippa et avec son kil de rouge à la main dans les « banlieues sensibles ».

        Après Marx, Lénine, Staline, Poutine, Bourdieu, Foucault et beaucoup d’autres, il serait temps de mettre définitivement à la poubelle cet imposteur de René Girard, qui a arraché tant de soupirs auto-satisfaits à tant de faux intellectuels sentencieux.

  5. « Il n’y a ici ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni libre. » Colossiens 3:11.
    Nos « armes » sont la raison, la loi, la justice, le pardon… pas la superstition, pas le sacrifice.

    La raison, la loi, la justice, le pardon, … sans doute. Je souscris.
    Pour la superstition … dans le contexte je pense que c’est bien malvenu voire insultant.
    Le sacrifice ? Il a existé dans beaucoup de civilisations et, hélas souvent dans un contexte inacceptable. Pour comprendre qu’il peut avoir un sens, il ne suffit pas, me semble-t-il, de faire référence à Saint Paul. Il faut aussi avoir la foi.
    J’en conviens la sidération momentanée peut faire comprendre que certains s’enflamment. Nul n’ignore que ce ne sont pas les flammes qui chauffent mais les braises. Les flammes disparaîtront vite. Les braises allumées dans certains coeurs pourront peut-être réchauffer des convictions endormies. Laissons quand même cette liberté de croire … sans considérer que ceux qui ont la foi sont de vulgaires superstitieux.

    • Oui, cela me semble évident. Nous ne savons rien (malgré son téléphone ouvert et posé sur la table) du dialogue qui s’est instauré entre lui et le « terroriste » (je n’ai pas d’autre mot pour le désigner). Je suis d’accord avec vous et convaincu que sa première intention était de faire le travail qui est le sien : assurer la sécurité. D’ailleurs les motivations les plus profondes qui étaient les siennes n’étaient sans doute pas les premières dans son esprit. Il était un professionnel très conscient de sa responsabilité. Il n’a pas eu une attitude suicidaire. Je voudrais quand même, puisque c’est vous qui l’avez écrit, insister sur le fait que les motivations qui l’animaient (cela nous pouvons le supposer) comportaient le sens d’un sacrifice mais en tout cas pour quelqu’un qui a la foi, le martyre (=témoignage) n’a pas le sens que tout le monde voit en premier = verser son sang, mais rendre témoignage à une vérité à laquelle il croit. On se trompe totalement quand on voit les martyrs chrétiens comme des « fous de Dieu ». Laissons à ceux qui ravagent nos pays en Europe le choix de la folie. Et puis, mais je n’ai pas à le commenter, j’ai quand même trouvé le parallélisme que vous avez établi entre Arnaud Beltrame et son agresseur plutôt inconvenant et déplacé. Mais vous avez le droit de vous exprimer en toute liberté.
      Je reviens sur ce que vous appelez « l’exaltation du sacrifice ». J’ai bien lu qu’une certaine obédience a cru bon de « revendiquer » une certaine forme de mérite parce qu’Arnaud Beltrame aurait appartenu à une loge. A titre personnel, mais sans le savoir, j’ai la conviction intime que son parcours me laisse supposer qu’il avait dû faire la part des choses entre son chemin de conversion et un engagement d’une autre nature. Je ne lis pas dans les consciences mais c’est ce que je pense. De plus il est ridicule de revendiquer même indirectement le mérite d’un acte héroïque. Vous remarquerez que l’attitude chrétienne (qui s’est exprimée par divers canaux) n’a rien à voir avec ce type de « revendication ».
      Cordialement

    • Foi et superstition ne sont pas synonyme, non, bien sûr.
      Où commence l’une, où finit l’autre ?
      Difficile à dire.
      La tentation de la superstition est permanente. Il y tant de fausses idoles, d’idoles faites de main d’homme (ou d’esprit d’homme)…
      Et la foi, qu’est-elle ? Foi dans le Verbe, non ?, c’est-à-dire dans nos mots et dans leur sens, dans les principes et dans les lois qu’ils permettent de définir, dans la vérité, aussi inconnaissable soit-elle…

  6. @Denis monod broca

    Oser mettre sur le même plan un homme qui se sacrifie pour sauver une victime désarmée innocente et un « XX  » qui tue des gens désarmés et innocents par haine il fallait le faire.

    Les cons osent tout.

    • Je ne mets pas sur un même plan les deux hommes, ni leurs deux actions, je mets sur le même plan la façon dont leurs défenseurs respectifs exaltent ce qu’ils ont fait. Sacrifice d’un côté, sacrifice de l’autre.

    • Foi et superstition ! Il est facile de rester dans le vague des considérations intellectuelles avec beaucoup de condescendance :
      «Où commence l’une, où finit l’autre ?
      Et la foi, qu’est-elle ? »
      Vous ne répondez pas et à vrai dire cela ne vous intéresse pas vraiment. …Vous passerez à autre chose en restant dans le confort de la bien-pensance qui ne s’engage jamais. C’est très courageux !
      Arnaud Beltrame a choisi : visuellement en agissant selon sa fonction et en exerçant sa responsabilité jusqu’au bout… Dans sa conscience par fidélité à un engagement personnel [fidélité : racine fides = foi]

  7. Le texte est très beau. Peut être, sur un blog juridique, pourrait on ajouter qu’aussi répugnantes -et minables – soient elles, les déclarations d’un abruti se réjouissant de la mort d’un gendarme ne devraient pas, dans un véritable état de droit, lui valoir une quelconque peine pénale basée sur l’incrimination « d’apologie du terrorisme » dont on découvre jour après jour à quel point elle est à géométrie variable, et fondamentalement dangereuse. En plus d’être contre-productive en termes de travail policier et d’ordre public…

  8. Maître, je trouve vos articles et contributions fort intéressants et je les partage souvent mais cet article est incomplet :
    le gendarme Beltrame était certes catholique (je ne connais pas son engagement à cet égard) mais il était aussi franc-maçon, ce qui se dit moins.
    Alors pourquoi ne pas dire aussi que c’est son engagement franc-maçon qui a fait que donner sa vie ne l’a pas questionné ?
    Certes être catholique et franc-maçon cela sent toujours le souffre pour certains catholiques et hiérarques catholiques mais on voit dans la vie et la mort de ce héros (un héros au sens de la tragédie grecque : celui qui va vers son destin) que cela ne lui a posé aucun problème. Même si on ne saura jamais ce qu’il a ressenti et pensé durant ses derniers moments.

    • N’étant pas catholique moi-même, je suis très à l’aise pour vous inviter à faire ce texte qui montrerait l’articulation entre ses engagements franc-maçon et ses engagements jusqu’au sacrifice final. Je n’ai pas les compétences pour le faire. C’est la raison pour laquelle Je n’ai examiné que l’aspect chrétien de ce qu’il a fait.

  9. Je vous conseille de lire (pas de conflit d’intérêt !) une mise au point dans le Figaro (page 2) de ce jour sous la signature de Jean Marie Guénois. Il faut rester prudent et ne pas céder à un éventuel amalgame. La position de l’Eglise sur le sujet est claire et sans ambiguïté tout en étant respectueuse de la liberté des personnes.

    • Vous :
      « Enfant, j’ai toujours beaucoup aimé la semaine sainte. Pour moi, d’éducation catholique,… »
      et re-vous :
      « N’étant pas catholique moi-même… »
      Sans doute voulez-vous dire que vous ne pratiquez plus votre religion.
      Il n’empêche que vous restez catholique parce que (d’éducation catholique dîtes-vous) vous êtes baptisé. La baptême est un caractère qui ne s’efface pas… Mais c’est déjà de la théologie sacramentaire avec laquelle vous avez sûrement moins d’atomes crochus qu’avec le droit. Je vous le pardonne.
      Quant à moi, qui n’ai aucune réticence à avouer ce « péché grave » : je suis catholique et, sinon cela n’a guère de sens, pratiquant… je n’aurais pas écrit mieux que vous l’avez fait.
      « … d’éducation catholique… » vous avez encore de beaux restes même si seulement au titre de souvenirs.

      • Que des bons souvenirs. Ce qui m’a évité l’anticléricalisme simpliste. Même si je reste lucide sur la religion chrétienne. À partir de la phrase de Renan (que je ne fais pas mienne) : « on nous avait promis le Royaume et nous avons eu l’Eglise… »

  10. Combien je suis d’accord avec vous, immédiatement j’ai pensé au geste d’un chrétien, ce qui n’est pas exclusif, Jean Sébastien Bach, les vacances de pâques enfant, bien à vous.

  11. Cher. Régis,

    Merci de ce texte magnifique qui m‘a rapellé un entretien sur les héros avec votre père Gérald le
    résistant.
    Notre devoir est d‘être digne de ce long cortège de saints,de héros et de gueux qui ont fait la grandeur de la France !
    ‚‘‘ Les nations ont besoin de héros et de saints comme la pâte a besoin de levain‘‘. G.THIBON
    Amitiés.
    Olivier d‘Aram

  12. Vous savez à quoi cela m’a fait immédiatement penser ? A Saint Maximilien Kolbe qui a donné sa vie pour sauver un père de famille.

    Nota pour P. Hoffman: la franc-maçonnerie ne sent pas le soufre pour « quelques hiérarques ». C’est tout simplement incompatible avec la foi catholique. Position constante du magistère de l’Eglise. Mais cette question est hors de propos..

    • Tout catholique que je suis, je ne suis pas sûr que la comparaison avec Maximilian Kolbe soit bonne. Kolbe savait qu’il n’en réchapperait pas et que son acte sublime ne changerait rien au cours de la guerre. Mais il voulait mettre son action en conformité avec sa foi.

      Vu son CV, Arnaud Beltrame était un Gendarme rompu aux situations périlleuses et pouvant légitimement s’estimer apte à maitriser le type au corps-à-corps, tout en étant conscient des risques qu’il prenait. Alors qu’il pouvait se contenter d’attendre l’arrivée du GIGN, ce que personne n’aurait pensé à lui reprocher.

      Son attitude me semble plutôt proche de celle du Capitaine Maurice de Seynes, un aviateur de l’escadrille Normandie-Niemen: https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice_de_Seynes

      Pour ce qui est de la Franc-Maçonnerie, je n’ai pas réussi à savoir s’il était encore adhérent ou non. S’il l’était encore, nul doute qu’il estimait que ce n’était pas incompatible avec sa foi. Et s’il ne l’était plus, on peut remercier l’obédience dont il avait été membre de l’avoir amené à la conversion au Catholicisme 😉

  13. Sidération ? Parce qu’un homme fait ce que de nombreux autres auraient fait ? (Combien se jettent à l’eau pour sauver des gens ? Risquent leur vie, métier ou pas ?)

    Est-on tombé si bas en ce pays pour ne pas considérer un tel geste comme normal – dans la norme d’une morale classique ? Et le trouver normal, ça n’est pas amoindrir l’acte, c’est au contraire célébrer des valeurs qui sont censés rassembler une majorité de citoyens. Il semble qu’on n’ait même plus ça, nous autre Français : un minimum d’exigence morale quant à ce qui nous rend homme et à la préciosité de la vie de l’autre. Même en tant que mythe n’ayant jamais existé. C’est dire si les Français n’ont plus rien à faire ensemble, ils ne se croient plus un peuple, un groupe, une communauté de vie et de destin. Parce que toutes ces réactions de sidération sont l’aveu que l’autre n’existe pas, en tant qu’aussi précieux que moi, quelque chose à protéger et à chérir. Et si l’autre n’existe pas, faire corps, former un groupe, avoir une vie et un destin communs (donc précieux et à protéger) a perdu sa raison d’être même. Une chose impossible à désirer, car on n’y voit aucune utilité (hormis évidemment la commodité commerçante).

    Quant à l’ignoble Séguéla – « par son sacrifice Arnaud Beltrame nous a lavés de nos péchés » -, comme c’est commode : ce publicitaire a passé sa vie à effacer la valeur de la vie commune au profit d’une célébration de l’individualisme consumériste et s’en croit quitte parce qu’un homme, un seul, a échappé à ce dessein. Le sergent Beltrame avait-il une Rolex à son poignet ? Si non, il a raté sa vie, rappelez-vous.

    • @Carole
      Le GIGN était en route. Arnaud Beltrame pouvait se contenter de l’attendre. Personne n’aurait eu l’idée de lui reprocher, quoi qu’il se serait passé pendant ce temps.

  14. Désolé de jouer les rabat-joie mais un minimum de lucidité ne serait pas superflu…

    Quand Séguéla dit « par son sacrifice Arnaud Beltrame nous a lavés de nos péchés », il ne croit pas si bien dire. Très certainement il y croit, à ce sacrifice rédempteur, et il n’est pas le seul.
    Dans une invraisemblable régression, retombés corps et âme dans la pensée sacrificielle, c’est bien cela que nous croyons et que nous espérons : par le courage d’un seul être lavés de notre pusillanimité à tous, par l’abnégation d’un seul être lavés de notre addiction collective au confort et à la sécurité, par la mort d’un seul être lavés de tous nos reniements individuels et collectifs, par le sang d’un seul être sauvés.
    Mais ça ne marche pas comme ça.
    Un sacrifice n’a pas ce pouvoir-là.
    Ce n’est pas ainsi que nous retrouverons courage, abnégation, lucidité, fidélité à nos principes.
    A moins d’un miracle…
    Par l’hommage national rendu à Arnaud Beltrame, par la bouche d’Emmanuel Macron, nous avons crié à la face du monde : « vous voyez, nous non plus nous n’avons pas peur de la mort, vous voyez, nous aussi nous pouvons nous sacrifier pour notre idéal ! » Mais c’est un énorme mensonge. Nos vies, nos pensées, nos politiques sont entièrement tournées vers le confort pas vers le risque, vers la sécurité pas vers la mort, vers la satisfaction individuelle pas vers l’amour d’autrui, vers la réussite pas vers le sacrifice.
    Allons-nous miraculeusement nous corriger, nous convertir ?
    En mettant tant d’espoir en un acte exemplaire isolé, nous nous préparons une très redoutable gueule de bois…

    • Je ne connais Mr Séguéla que par la médiatisation dans laquelle il est à considérer comme un orfèvre.
      Vous : « Quand Séguéla dit « par son sacrifice Arnaud Beltrame nous a lavés de nos péchés », il ne croit pas si bien dire. »

      Commentaire : Votre analyse est bonne quand vous dites (je résume) que la France aurait communié à ce chant de louange en saluant « l’acte sacrificiel » d’Arnaud Beltrame tous unis derrière « son » Président.
      Vous dites à juste titre que ça ne marche comme ça.
      J’en conviens d’autant plus que nous sommes dans un semaine que la liturgie catholique appelle Sainte.
      Avant-hier et hier, les catholiques ont célébré le mémorial et le sens de ce mémorial dans les célébrations de la liturgie des Jeudi et Vendredi Saint.
      Vous me pardonnerez ce rappel théologique qui n’est pas l’habitude sur ce site.
      Mais vous êtes aussi dans le vrai quand vous affirmez : « Mais c’est un énorme mensonge. Nos vies, nos pensées, nos politiques sont entièrement tournées vers le confort, pas vers le risque, vers la sécurité, pas vers la mort, vers la satisfaction, individuelle pas vers l’amour d’autrui, vers la réussite, pas vers le sacrifice. »
      Vous êtes grandiose ! On croirait lire Victor Hugo !
      Hélas oui ! Le courage d’aller jusqu’au bout, l’altruisme … ne sont pas les vertus propres de la plupart de ceux qui, comme des moutons, suivent les cortèges qui se forment dans nos rues après Charlie, Nice, Le Bataclan… pour en rester à l’hexagone. Ils sont légion ceux qui adoptent une nouvelle identité « Je suis … » sur fond de drapeau bleu-blanc-rouge ».
      Mais au fond ça veut dire quoi ? Quelques jours plus tard à peine on passe à autre chose.
      Je reviens à l’essentiel.
      Personne parmi ceux qui ont assisté avant-hier et hier aux Offices de la Semaine Sainte n’a dit « Je suis le Christ » et pourtant tous ont « communié » à cette identité dans le contexte de la liturgie catholique… dans leur cœur.
      Nous n’avons pas besoin de cet affichage public (publicitaire à la façon Séguéla) pour affirmer notre identité. Elle reste intérieure.
      Arnaud Beltrame a été, par les circonstances, appelé à exprimer extérieurement cette identité mais pas, comme beaucoup le pensent, par désir de s’afficher. Il a agi d’abord en personne responsable conscient que sa fonction pouvait (… et d’une certaine façon devait) avoir cette dimension. Il n’est pas « mort pour la France ». Il a donné à tout le monde l’exemple de la cohérence qui, si nécessaire, conduit à donner sa vie. C’est, faut-il encore le rappeler, ce qu’on fait beaucoup de Français qui ont donné leur vie pour défendre -aussi- la patrie, pour m’en tenir au XX° siècle, au cours des deux guerres mondiales.
      Le « sacrifice » ? Cette dimension, pour un catholique, n’est pas séparable de l’union qui le lie par le caractère qu’il a reçu, avec Jésus-Christ, le seul qui peut dire « Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne afin de racheter tous mes frères humains ». Si Arnaud Beltrame a fait le sacrifice de sa vie dans ce contexte ce n’est que, si l’on veut comprendre qu’il l’a fait à titre personnel, sans chercher à devenir le héros qu’il est devenu -ce qu’il est légitime et juste de souligner- mais sans qu’il soit l’objectif premier de son acte.
      Votre conclusion : « Allons-nous miraculeusement nous corriger, nous convertir ? »
      C’est bien là toute la question.
      En mettant tant d’espoir en un acte exemplaire isolé, nous nous préparons une très redoutable gueule de bois…
      Et vous donnez aussi la réponse… Hélas
      Cordialement

      • Renonçant un instant à la délectation morose qu’éprouve celui qui se sent seul contre tous, je vous remercie de votre approbation…
        La décision de Bertrand Beltrame est une décision éminemment, profondément, essentiellement libre et personnelle. Faire de son geste un exemple à suivre revient à le trahir et exprime aussi un rêve d’endoctrinement.

  15. J’ai la même admiration que tous les Français pour l’admirable colonel qui s’est fait égorger par un islamiste soumis à l’abominable Daech. Je pense qu’il ne faut insister ni sur sa foi religieuse ni sur son appartenance à une association. Il a réellement cru qu’il pourrait maîtriser le fanatique religieux. Au moment où il a décidé de le faire, il s’est fait égorger. Comme il avait laissé à dessein son téléphone ouvert pour que ses collègues puissent suivre l’évolution de la situation, la gendarmerie possède l’intégralité des paroles échangées. Elle sait exactement seconde par seconde ce qui s’est passé avant le moment fatal.L’islamiste l’a, hélas, emporté, au couteau, contre l’espérance de l’admirable officier de gendarmerie.

    • « ’il ne faut insister ni sur sa foi religieuse ni sur son appartenance à une association »

      Ben voyons, c’est évident : il ne faut pas insister sur ce qui vous dérange.

      « Il a réellement cru … »

      Vous en savez des choses.

  16. @Mr Pierre Charoulet
    Vous lisez dans les consciences !
    «Je pense … » dîtes-vous. Et personne ne vous refusera cette liberté de penser. Sans doute la mémoire de son téléphone a-t-elle enregistré au moins en partie le «dialogue» qui s’est instauré entre les deux hommes. Le colonel Beltrame a agi en professionnel. Ceci n’exclut en rien que ses motivations aient été guidées aussi par des motifs supérieurs. Quel profit peut-on tirer à jeter la suspicion ? Ce qu’il a fait n’en est ni plus ni moins digne d’admiration.

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