Epstein, Schiappa, Taquet, quand Plic & Ploc prennent la pose.

Comme c’était prévisible, le tremblement de terre de l’affaire Jeffrey Epstein a produit des répliques chez nous. Dont celle de deux, parmi les ministres les plus ridicules de notre gouvernement, Marlène Schiappa secrétaire d’État sapiosexuelle et Adrien Taquet aux attributions obscures et auparavant passé par la case DSK, c’est dire. Histoire de tirer des bénéfices politiques de l’affaire, par un communiqué de presse commun ils ont réclamé l’ouverture d’une enquête en France sur les agissements du suicidé de Manhattan. Provoquant les réactions prévisibles de la Garde des Sceaux et des syndicats de magistrats qui en ont profité pour essayer de redorer leurs blasons ternis par leur attitude pendant la crise des gilets jaunes.

Cérémonie expiatoire

La mondialisation néolibérale est corrompue jusqu’à l’os. Le terme corruption ici utilisé n’est pas seulement celui de la définition juridique qui figure dans le code pénal et concerne l’achat illégal d’avantages publics. Il recouvre également cette corrosion profonde qui s’est installée et que l’on masque avec des discours moralisants d’une hypocrisie confondante. On sait très bien chez les dominants et ceux qui les soutiennent que le système est totalement amoral, et que sa seule loi est celle de l’argent, celui qui permet tout, achète tout. Alors de temps en temps, sous le poids de cette contradiction se déclenchent des scandales planétaires ou le double puritanisme du sexe et de l’argent va pouvoir s’en donner à cœur joie. Malheur à celui, dont les turpitudes étaient parfaitement connues de tout le monde, mais sur lequel va tomber la violence de la cérémonie expiatoire. Les anciens amis instantanément dispersés comme une volée de moineaux, seront en première ligne de la meute à réclamer les châtiments les plus terribles.

Je ne sais pas qui était Jeffrey Epstein, dont j’ai appris l’existence avec l’information de sa mort en détention. Je ne sais pas si les accusations portées contre lui étaient fondées, mais si c’est le cas, les termes de prédateur sexuel et de proxénète et pour tout dire de gros porc seraient utilisables. Je ne sais pas non plus s’il s’est suicidé, la thèse d’un assassinat pour éviter l’élargissement du scandale n’est pas impossible. En revanche, je pense que la claire conscience de ce qui l’attendait a pu aussi le pousser à vouloir l’éviter.

Plic & Ploc la ramènent

Revenons aux propos de nos Plic & Ploc gouvernementaux avides d’exposition médiatique. Tout d’abord, la classique niaiserie victimaire attribuant à la Justice une mission qui n’est pas la sienne : « la mort de Monsieur Epstein ne doit pas priver les victimes de la justice à laquelle elles ont droit : c’est une condition essentielle de leur reconstruction. » On va donc rabâcher à nouveau que la Justice est là pour appréhender des faits, les qualifier, et après un débat contradictoire prononcer la sanction que mérite leur auteur. Les juges ne sont pas des psychiatres. Ensuite, il est atterrant d’être contraint de rappeler qu’on ne juge pas les morts. C’est un principe fondamental qui a plusieurs motifs, et en particulier celui que l’accusé ne peut plus se défendre. Et nos duettistes de poursuivre : « l’enquête américaine a mis en lumière des liens avec la France. Il nous semble fondamental pour les victimes, qu’une enquête soit ouverte en France afin que toute la lumière soit faite. »  On fera observer que, s’il apparaît que Jeffrey Epstein s’est livré à son triste commerce dans notre pays, c’est-à-dire que des infractions graves y ont été commises, ce qui serait fondamental et justifié serait qu’une enquête ait lieu pour le déterminer et identifier coauteurs et complices qui pourraient alors être poursuivis. La justice française est parfaitement compétente pour le faire. Nul besoin pour le réclamer d’invoquer le mantra rituel de l’intérêt des victimes.

Quelle séparation des pouvoirs ?

Immédiatement, histoire de restaurer une image passablement cabossée de défenseuse de la séparation des pouvoirs, Nicole Belloubet y est allée elle aussi de son intervention. Il faut dire, que la Garde des Sceaux part de très loin, elle qui a organisé, soutenu, revendiqué les violences policières et judiciaires contre le mouvement social des gilets jaunes, et accepté sans broncher l’instrumentalisation politique d’une Justice lancée contre l’opposition politique et protégeant les amis de Monsieur Macron.

« Les poursuites ne sont pas des décisions du gouvernement. Depuis 2013, les instructions individuelles sont prohibées, conformément au principe d’indépendance de l’autorité judiciaire » nous dit-elle. Pardon Madame ? Le principe d’indépendance de l’autorité judiciaire ne concerne que le juge du siège, pas le parquet et vous le savez parfaitement. Et le parquet, autorité de poursuite de la République est sous votre responsabilité. Schiappa et Taquet demandent une enquête sur des faits, et non pas une procédure contre une personne particulière mais sur l’existence éventuelle de réseaux de prostitution en France. La prohibition des « instructions individuelles » ne concerne en rien ce qu’ils souhaitent contrairement à ce que vous faites semblant de croire.

Venons-en maintenant à nos amis magistrats, dont les organisations syndicales ont affiché une pudeur de violette pendant tout le mouvement social des gilets jaunes confronté à des violences policières et judiciaires considérables et souvent illégales. Jacky Coulon secrétaire général de l’Union Syndicale des Magistrats s’est fendu d’une déclaration dans laquelle il nous dit : « Aucun ministère n’a vocation à demander une enquête judiciaire, d’autant que, pour exercer des poursuites pour un crime ou un délit puni d’une peine d’emprisonnement à l’étranger, il est nécessaire d’avoir une plainte préalable de la victime ou de ses ayants droit, ou encore une dénonciation officielle par l’autorité du pays où le fait a été commis. De plus, en droit français, on ne peut pas poursuivre les morts. » Juste quelques observations sur ce rappel à l’ordre juridique soigneusement à côté de la plaque et uniquement destiné à montrer au chaland comment l’USM se veut elle aussi la gardienne de la séparation des pouvoirs. Schiappa et son compère demandent effectivement une enquête judiciaire, mais pour des faits commis en France, prévus et réprimés par la loi française, en l’occurrence l’existence de réseaux de prostitution. En aucun cas ils ne demandent des poursuites contre Jeffrey Epstein, ils proclament certes hypocritement « quil leur semble fondamental qu’une enquête soit ouverte en France ». Désolé mais en matière de violation de la séparation des pouvoirs, on a vu bien pire.

Souiller la meilleurs des causes

En revanche, dans le domaine de la démagogie politicienne crasse, nos duettistes font fort. Pour eux, l’enquête serait « la condition à (!) une protection plus efficace à l’avenir d’autres jeunes filles face à ce type de réseaux organisés, face à ce type de prédateurs ». Que voilà un noble objectif que l’on ne peut qu’approuver. Et les auteurs du communiqué d’enfoncer vigoureusement le clou : « nous rappelons notre détermination entière à protéger les jeunes filles des violences sexuelles et notamment des réseaux d’exploitation criminelle. » De peur que nous ayons des doutes sur la valeur de leurs engagements ?

Eh bien oui nous en avons, parce que leur comportement peut faire craindre de leur part une sollicitude à géométrie très variable. Sauf erreur, on ne les a jamais entendus protester contre les réseaux de prostitution africaine ou chinoise qui ont envahi les trottoirs parisiens, niçois, les bois de Vincennes et de Boulogne, jusqu’à l’émergence désormais avec ces malheureuses d’une prostitution rurale. On ne les a pas entendus non plus se prononcer sur les trafics de ces migrantes promises à l’abattage et destinées à ces réseaux. Pas plus qu’ils ne dénoncent ces passeurs qui se posent en héros des temps modernes alors qu’ils livrent leurs marchandises à la mafia italienne travaillant de concert avec la pègre nigériane pour alimenter ce commerce ignoble. Là-dessus, silence de nos deux belles-âmes.

Alors non, ce communiqué n’est rien d’autre qu’une misérable opération de communication estivale destinée à permettre à ses deux auteurs de prendre la pose. Et au passage au Garde des Sceaux et à l’USM d’essayer de se refaire une virginité.

Comment souiller la meilleure des causes.

Régis de Castelnau

16 Comments

  1. Concernant la moralité (!) de nos élites financières er politiques, Stanley Kubrick a commis, me semble-t-il, un film fort éclairant avec « Eyes wide shut »

  2. Ce qu’il y a de plus triste dans cette affaire comme dans tant d’autres qui l’ont précédée et d’autres qui suivront la réaction sera de se boucher le nez devant tant d’abjection sans que rien soit réellement entrepris pour juguler le déferlement des trafiquants du sexe qui agissent en (presque) toute impunité. On taxera ceux qui voudraient des mesures radicales et la tolérance zéro de puritains. La responsabilité des médias n’est pas exclue qui relaient ces informations comme de simples faits divers. On montre du doigt les responsables et trois jours plus tard on passe à autre chose. Quant aux responsables politiques leur passivité est confondante. Pendant ce temps des milliers de personnes, jeunes filles et et jeunes gens, voient leur vie détruite à cause de ces désaxés du sexe qui nourrissent leurs phantasmes au quotidien à cause de la permissivité tous azimuts, l’affichage pornographique incontrôlé, les oeuvres de théâtre et de cinéma subventionnées sans discernement où s’exprime la vulgarité sous prétexte de liberté d’expression.
    Que peut-on attendre d’une secrétaire d’Etat qui se définit comme « sapiosexuelle » ? Peut-être est-ce le qualificatif qui résume le mieux la philosophie au plus haut niveau de l’état ?

  3. À propos du trafic de migrants en Méditerranée je n’ai jamais rien lu ou entendu dans nos grands médias sur la probable implication de la N’Dranghetta (la mafia calabraise) et de mafias africaines dans ce scandaleux commerce d’êtes humains qui vont finir leur voyage comme esclaves sur de grands domaines agricoles du Sud de l’Italie.
    Les ONG humanitaires,idoles des bobos globalisés,sont impliquées (à l’insu de leur plein gré!) dans ce scandaleux trafic qu’elles savent si bien dissimuler derrière le voile d’une noble cause.
    Leur rôle consiste à sillonner la Méditerranée avec leur cargaison de chair fraiche et apitoyer l’opinion publique des pays de l’UE pour forcer leurs dirigeants des à recevoir cette main d’oeuvre sans défense, sous peine de mise au pilori médiatique.

  4. Sauf erreur de ma part il fut un temps pas si lointain où la prostitution était légale en France ?
    cette affaire est, une fois de plus de l´enfumage, destiné á éviter de parler de líllégalité du gouvernement actuel, nommé par un président de la république élu grâce à une élection présidentielle truquée en 2017.
    Salutations.
    Vendeuvre.

  5. Schiappa, Belloubet et Taquet sont en effet des mouches du coche dans cette affaire : sans intérêt. Mais vous avez raison de souligner leur niaiserie chargée de dissimuler leur méchanceté foncière. En revanche, la poursuite de l’enquête et des recherches par le FBI sur l’île d’Epstein me paraît beaucoup plus intéressante. Il n’est pas impossible que des cadavres soient découverts dans le jardin…Sans compter les résultats de l’autopsie d’Epstein non encore connus à cette heure ce qui est fort long pour un simple pendu…malgré lui. De plus, si l’enquête connaît des développements significatifs, les autorités américaines ne manqueront pas de solliciter la justice française pour mettre au jour les éventuelles ramifications de l’affaire dans l’Hexagone.

  6. Je suis pour l’égalité des droits entre hommes et femmes.
    Je crois qu’il reste encore beaucoup à faire contre les inégalités salariales.

    Mais, on peut se demander si la cause des femmes est défendue par le ministère censé être celui de leurs droits.
    Quand on sait que, sur les 4 dernières titulaires de ce poste, 3 d’entre elles ont été les calamiteuses Najat Vallaud-Belkacem, Laurence Rossignol et Marlène Schiappa, on se dit que la cause des femmes aurait tout à gagner si on supprimait ce ministère.

  7. Je suis étonnée pour ma part de la vulgarité abyssale du nouveau « féminisme », pour avoir entendu récemment une des responsables communication de la SNCF, dire « qu’il leur manquait quelques femmes pour la parité à la SNCF », discours qui me donne plutôt envie de me planter dans un bunker. On a l’impression que les femmes ne sont plus des être humains mais sont devenues du bétail.
    Il faut entendre le discours de F.Vidal pour se dire que l’enseignement supérieur est mal parti.
    Comme la vulgarité de la capitaine de l’équipe de foot américaine, homosexuelle et évidemment militante anti-Trump, et beaucoup d’autres.
    On se demande si l’éloge des femmes tel qu’il est fait actuellement n’est pas plutôt de les exposer pour leur faire faire le sale boulot, vers l’extinction de l’espèce humaine.

    • « On a l’impression que les femmes ne sont plus des être humains mais sont devenues du bétail. »
      Vous voyez juste et je souligne que cette remarque est celle d’une femme. Je n’aurais pas osé l’écrire sans risque d’être taxé de machiste. Pour moi, et même si l’histoire écrite doit reconnaître que ceux qui l’ont écrite ont commis des erreurs en ce qui concerne ce qu’il est convenu d’appeler l’égalité (égalité ne veut pas dire similitude !) nous sommes passés avec un certain féminisme dans un excès qui ne rend pas service à la femme dans toute la richesse de sa personnalité. C’est une erreur tragique de vouloir que les femmes soient « comme les hommes ». Les femmes n’ont pas attendu le XX° siècle et les mouvements féministes pour exprimer dans tous les domaines, les arts, les sciences, les Lettres, le droit, les responsabilités au plus haut niveau des nations … etc. des qualités qui n’ont rien à envier aux hommes dans les mêmes domaines. Vous dites, hélas très justement, que les femmes sont traitées comme du bétail du seul fait qu’on range les catégories humaines -les hommes et les femmes… et j’exclus toute autre catégorisation!- dans l’imbécile spécification idéologique de « genre » (ou « gender »).
      Dans ma profession (la médecine) on voit de plus en plus les femmes exercer des spécialités qui étaient presque exclusivement masculines. Ce n’est pas le féminisme qui a permis cette accession mais tout simplement une évolution naturelle, même si l’on peut comprendre qu’il est dommage que cela ait attendu si longtemps. Aujourd’hui on ne peut que se réjouir que des femmes exercent dans beaucoup de domaines avec une égale compétence dans tous les domaines de l’activité professionnelle. Il faudra qu’on en finisse de croire que la femme ne pourra vraiment s’épanouir que si elle devient ce qu’elle a toujours été mais en s’opposant à l’homme. Elle n’est ni l’égal ni le contraire de l’homme. Elle est femme dans l’absolu de sa propre condition sans qu’il soit nécessaire de la comparer à qui que ce soit et concrètement à l’homme.
      Ensuite tant qu’on laissera sévir tous les porcs du genre Esptein, DSK et autres dans une presque totale impunité jusqu’à la faille qui les fasse tomber, on n’en sortira pas.
      Pour mémoire : après l’arrestation de DSK un ami socialiste du même DSK osait dire « ça ne lui ressemble pas ! » Il est presque impossible qu’à moyen terme de tels agissements ne soient pas connus des proches. Le silence est coupable, odieusement coupable !

      • Souvenons-nous que, lors de l’affaire DSK, une des personnes qui défendaient le plus ce dernier se nommait Michèle Sabban. Elle avait été, de 1997 à 2003, secrétaire nationale du PS aux …. droits des femmes !!!

        Notons aussi que, lorsque Najat Vallaud-Belkacem était ministre des droits des femmes, une de ses principales conseillères était Caroline de Haas. Depuis, cette dernière a quitté le PS et a été soutenue aux législatives de 2017 par la fédération de Paris du PCF dévoyé (1).

        Caroline de Haas est pour la guerre des sexes. Pour elle, 1 homme sur 2 ou sur 3 est un violeur. Mais, quand elle était membre de la direction de l’UNEF, elle ne s’est pas aperçue du harcèlement sexuel dans cette organisation.
        Et lorsque des énergumènes de banlieues harcèlent les filles, la seule solution proposée par cette dame est : « il faut élargir les trottoirs ».

        Décidément, le néo-féminisme est non seulement un nouveau totalitarisme (2), c’est aussi le monde de Tartuffe.

        Allez, je renvoie à, un commentaire que j’ai écrit en avril concernant plusieurs articles de « Marianne » (directrice : Natacha Polony) contre « les obsédés de la race, du sexe, du genre, de l’identité, … » :
        https://www.vududroit.com/2019/04/vu-du-droit-chez-natacha-polony/#comment-5623

        (1) Je rappelle que j’ai été membre du PCF pendant 32 ans.

        (2) C’est la juste opinion de Florence Rault et Régis de Castelnau, défendue parfois sur ce blog.

        • Autre chose concernant Caroline de Haas.
          Selon elle, la galanterie serait une « agression machiste ».
          Et bien, je suis ce qu’il y a de pire comme « macho » puisque, moi qui ai plus de 70 ans, devant une porte, je laisse le passage à une femme, qu’elle soit de mon âge ou qu’elle ait 25 ans !!!

  8. Aïe, ouille !
    Je viens de lire un tweet de Régis de Castelnau qui ironise sur l’icône Greta.
    Qu’est-ce qui va lui tomber dessus !
    Attendons-nous à sa lapidation par Gérard Miller, Médiapart, Matthieu Orphelin et probablement Olivier Faure et Delphine Batho.
    Qui aurait cru, il y a quelques décennies, que les obscurantismes viendraient plus de la gauche que de la droite.

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