Dérives liberticides : quand c’est le tour de Mélenchon

En ce mardi 16 octobre au matin, ayant appris l’annonce imminente du remaniement ministériel, nous étions palpitants, plein d’impatience et d’espoir attendant les décisions jupitériennes. Une fois celles-ci tombées, vite un petit tour sur les réseaux, histoire de se détendre à la lecture souvent hilarante des commentaires, des parodies et des détournements saluant le nouvel épisode de la série : « Macron fait des trucs ». Avec l’arrivée de Christophe Castaner dit Rantanplan au poste de premier flic de France, les humoristes numériques disposaient d’une mine d’or, on en riait à l’avance.

Et là surprise, partout le visage de Jean-Luc Mélenchon tout ébouriffé, tout surpris et tout fâché. Par ce qui lui est tombé sur la figure à l’heure du laitier : une perquisition judiciaire en bonne et due forme. La violence légitime de l’État prenant la forme d’un cambriolage au réveil, où l’on rentre chez vous, dans votre intimité, pour tout fouiller, tout saisir, que vous avez juste le temps d’enfiler un slip, et que si vous voulez prendre une douche c’est en laissant la porte ouverte. Quand c’est tombé sur Nicolas Sarkozy, tout le monde a ricané. Mais quand c’est à vous que ça arrive, croyez-moi ça fait vraiment tout drôle. Alors Jean-Luc Mélenchon constate stupéfait que c’est son tour de passer au tourniquet, de subir le rodéo judiciaire que d’autres ont connu avant lui. Et découvre par la même occasion ce qu’est la partialité et l’arbitraire d’un haut appareil judiciaire qui ne voit aucun inconvénient à se transformer en outil à la disposition du pouvoir politique. Alors le patron de la France Insoumise, extrêmement contrarié, adopte le registre de la dénonciation tonnante où il excelle. Première cible, évidemment, l’extrême-droite qui n’y est pour rien, mais c’est un rituel. Exactement comme le roi Loth d’Orcanie dans la série Kaamelott avec ses citations latines qui ne veulent rien dire mais font toujours de l’effet. Après ce sera le tour, tout aussi inutile, de la pauvre Nicole Belloubet, dont une légende urbaine prétend qu’elle serait Garde des Sceaux.

Si l’on a bien compris c’est même motif, même punition que le FN devenu RN. La justice s’arroge le droit de contrôler la façon dont les partis d’opposition utilisent leur argent et leurs ressources, et comme ça, avant toute décision au fond, en violation de la présomption d’innocence, on leur saisit les sommes que leur doit l’État en application de la loi sur le financement de la vie politique. Sans que les juridictions supérieures n’y voient le moindre problème tant en ce qui concerne la liberté politique que la séparation des pouvoirs.

Eh oui cher Jean-Luc Mélenchon, avec ce pouvoir et la partie de l’appareil judiciaire qui le suit, la perquisition, comme la guerre, est la continuation de la politique par d’autres moyens. Mais camarade, tout ceci était parfaitement prévisible. Le problème c’est que vous avez applaudi quand c’est Nicolas Sarkozy qui a connu ces méthodes indignes. Je vous renvoie aux dizaines d’articles écrits sur ce sujet dans ces colonnes. Vous avez pris un air pincé sans dire grand-chose sur celles infligées à François Fillon. Alors même que le raid médiatico-judiciaire lancé contre celui-ci a purement et simplement faussé l’élection présidentielle et permis l’accession au pouvoir d’un inconnu dont nous mesurons aujourd’hui la dangerosité. Certes Clémentine Autain a ensuite sauvé l’honneur en refusant de voter la mainlevée de l’immunité parlementaire de Marine Le Pen car elle avait compris le pourquoi des demandes utilisées contre celle-ci. Mais elle fut bien seule. Je pourrais multiplier les exemples qui démontrent que vous n’avez pas mesuré le danger de cette instrumentalisation de la justice à des fins politiques.

Ce qui est en cause n’est pas ce qui pourra arriver à la fin des procédures si celles-ci arrivent un jour à une fin. Le problème est celui de l’utilisation de la justice par des initiatives procédurales immédiatement médiatisées, prises en fonction des impératifs politiques du jour. Pourquoi croyez-vous que la perquisition dont vous avez été l’objet est intervenue le jour de l’annonce du remaniement ? Pourquoi croyez-vous que les procédures concernant Nicolas Sarkozy durent pour certaines depuis 25 ans comme l’affaire de Karachi ? N’hésitez pas à vérifier le contexte politique dans lequel sont répercutés telle mise en examen, telle perquisition, tel scoop relayé par la presse amie, telle publication de procès-verbaux trafiqués etc. etc. Pour avoir suivi tout cela de très près pendant des années, je sais à quel point c’est édifiant.

La liberté ne se divise pas Jean-Luc Mélenchon et je dois dire que je ne comprends pas pourquoi vous avez été muet face à l’énorme injustice dont a été victime Esteban Morillo. Comme sur le scandale toujours sans conséquence disciplinaire du célèbre « mur des cons ». Car cette partialité à l’encontre des adversaires politiques s’accompagne depuis l’arrivée de François Hollande à la présidence de la république d’une étonnante mansuétude pour ceux qui sont du côté du manche. Que sont devenues les affaires Arif, Lamdaoui, Le Roux ? Vous n’avez pas d’avis ? Et vous ne vous êtes pas beaucoup mobilisé non plus pour protester contre les protections étonnantes dont bénéficient aujourd’hui Emmanuel Macron et son entourage de la part du haut appareil judiciaire. Les comptes de campagne du petit roi, l’affaire du coffre de Benalla, la soudaine garde à vue et les poursuites à l’encontre d’une vingtaine de passants présents le 1er mai sur la place de la contrescarpe, l’impunité de Muriel Pénicaud malgré deux délits de favoritisme évidents, l’incroyable dépaysement à Lille de l’affaire Ferrand, la tranquillité assurée à Ismael Emelien malgré de lourds soupçons de recel des cassettes illégalement remises à Benalla, l’égale tranquillité d’Alexis Kohler, toute cette passivité étrange mériterait un traitement politique. Comme contre la façon dont Emmanuel Macron est intervenu dans la procédure de nomination du nouveau procureur du tribunal de grande instance de Paris.

On vous l’avait dit pourtant que viendrait votre tour. Et que l’oligarchie dont Macron est le fondé de pouvoir n’aurait aucune retenue pour instrumentaliser la justice à des fins politiques. Il ne sert à rien comme vous l’avez fait, d’interpeller Madame Belloubet qui n’est là que pour mettre en œuvre les décisions du Château. Alors bien sûr, il ne s’agit en aucun cas de revendiquer une quelconque impunité pour les personnages publics, mais au contraire d’exiger l’irréprochabilité pour ceux qui sollicitent la confiance des citoyens. Mais cette irréprochabilité doit d’abord être celle de la Justice gardienne de la loi. Et nous sommes pour l’instant loin du compte concernant les affaires politiques. C’est à cette justice que le parlementaire que vous êtes doit demander des comptes. Et à l’organisation que vous dirigez de mener le combat politique contre ces dérives liberticides.

En attendant, vous êtes dans la seringue et vous allez voir, ce n’est pas rigolo.

 

 

49 Comments

  1. J’aimerais voir la tête de la Méluche, quand il va recevoir sa convocation à une expertise psychiatrique.

    • J’approuve ce qu’écrit Régis de Castelnau :
      – Ces perquisitions chez Mélenchon et dans les locaux des Insoumis et du PG sont scandaleusement liberticides. Comme sont liberticides toutes les opérations judiciaires contre le RN (retenue financière, expertise psychiatrique, …). Comme fut liberticide la façon de « couler » François Fillon.
      – Mélenchon a été trop longtemps silencieux (quand il ne se réjouissait pas) quand Marine Le Pen, Fillon et d’autres opposants à Hollande/Macron ont subi (subissent) cet arbitraire (1). Il n’a pas réagi non plus lors de l’effarant verdict dans l’affaire Méric/Morillo. Aujourd’hui, tout cela se retourne contre lui.

      Notons toutefois :
      – Comme c’est écrit dans l’article, Clémentine Autain (avec qui j’ai plus de désaccords politiques qu’avec Mélenchon,) a sauvé l’honneur en refusant la levée de l’immunité parlementaire de Marine Le Pen (et de Gilbert Collard, je crois).
      – Mélenchon a eu le mérite de critiquer l’expertise psychiatrique contre Marine Le Pen.

      Allez, au-delà de leurs divergences politiques, il serait bon que Mélenchon, Marine Le Pen, Sarkozy et d’autres se serrent les coudes pour combattre ces scandaleuses dérives liberticides.

      (1) Je ne me souviens pas si Mélenchon s’est réjoui des ennuis judiciaires de Sarkozy. Mélenchon a souvent été peu agressif contre cet ancien président de la République.

  2. Notre jeune prince veut éliminer toute opposition parlementaire. Il ne fait que suivre l’exemple grec par soumission aux diktats de l’UE. Voir : https://www.les-crises.fr/grece-le-virage-repressif-du-gouvernement-syriza-par-stathis-kouvelakis-et-costas-lapavitsas/
    Par contre, rien à redire sur son patrimoine : https://www.les-crises.fr/m-macron-a-bien-claque-un-smic-par-jour-pendant-3-ans-20-questions-a-lui-poser-sur-des-bizarreries-sur-son-patrimoine/
    ou encore : https://www.les-crises.fr/hatvp-pourquoi-la-declaration-de-macron-a-disparu/
    Mais là, la justice n’a rien à dire. N’y aurait-il pas quelques articles du code pénal qui, pourtant, semblent avoir été quelque peu malmenés ?

  3. Pffff. C’est du lourd. Faites attention vous serez bientôt vous aussi dans leur collimateur…

  4. Merci Maître pour ce commentaire sans concession, qui rappellera à chacun d’entre nous qu’il est de notre devoir de nous élever contre toute forme d’injustice, fut-elle contre notre ennemi, car quand c’est l’arbitraire qui commande, le couperet peut se retourner à tout moment.

  5. Sacré Méluche ! Tant que la « justice » ne s’acharnait que contre Fillon et le FN, il trouvait ça bien normal, et maintenant qu’il devient l’homme à abattre, la République est en danger…

    Il n’a toujours pas pigé que le roitelet libéral, émanation des Médiacrates qui font l’opinion et des juges aux ordres, qui l’ont fait élire, allait faire le vide devant lui ?

  6. quand j’entends démocratie je sors mon microscope à balayage électronique…en vain !

  7. Si je peux me permettre Maître, il y a une autre façon d’analyser la situation de Mélenchon et toutes celles que vous citez.
    Je vous pose une question : « qui vous dit que tous ces politiques mis en cause ne sont pas dans le coup ?
    Franchement, trouvez-vous qu’il y a beaucoup d’opposition nette face à Macron depuis la présidentielle ?

    Et, comme vous l’écrivez : « des faits immédiatements médiatisés, des procédures qui durent, qui durent ….. » pour n’aboutir jamais et sans aucune condamnation réelle des mis en cause.

    Et, pour quelles raisons ?
    Alors, devons-nous jouer aux devinettes ou la réponse parait évidente……?

  8. Bonjour,
    Je suis bien convaincu que les « affaires » Fillon, Macron,Pénicaud et autres doivent être interrogées, mais pourquoi laisser de coté d’autres affaires comportant violences et morts d’homme ou femme, Fraisse, Adama, et je ne cite pas les 14 morts en un an.

  9. En route pour le monopartisme travesti en bipartisme. Nous choisirons bientôt entre le rouge vif ou le rouge écarlate.
    Quant à Mélenchon, il vient de prendre la place d’une pipe dans un stand de tir de fête foraine. La roue tourne. C’est un feuilleton en plusieurs épisodes. Qui sera le prochain ?

    PS : – https://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle/la-grande-misere-de-la-commission-des-comptes-de-campagne-temoignage-du-rapporteur-qui-a-claque-la-porte_2637404.html

  10. Maître juste des questions techniques. Si les faits tels que relayés par M. Melenchon sont avérés :
    -Est-il possible de mener une perquisition hors la présence des occupants,
    – de ne pas établir de pv,
    – d’interdire l’accès à un occupant de ses locaux pendant une perquisition (faits mis en ligne).

  11. « Le problème c’est que vous avez applaudi quand c’est Nicolas Sarkozy qui a connu ces méthodes indignes. »

    Sauf que c’était totalement fondé avec Sarko, que les moyens déployés n’étaient clairement pas les mêmes, qu’ils n’ont pas confisqué tous les documents du parti, et surtout, les éléments à charge de Sarko se sont tous révélés être exacte là où on cherche encore les éléments recevables contre la FI…

    Le simple fait de comparer ces deux affaires comme étant équivalente démontre une mauvaise foi crasse…
    Vu du droit ce ne sont pas du tout les mêmes affaires, et ce n’est pas du tout la même attaque politique!

    #TryAgain

    • Vous connaissez les dossiers Sarko? Vous les avez lus? Bah non, c’est par bêtise sectaire que vous dites ça.
      La différence c’est que moi je les ai lus. Que c’est mon métier. Et que je sais de quoi je parle sur les méthodes utilisées.
      Sarkozy est méchant donc l’arbitraire est normal pour lui.
      Mélenchon est gentil donc le même arbitraire contre lui c’est pas juste.
      Triste imbécile.

      • Mtre Régis De Castelnau, vous venez de faire un juste rappel de la notion d’impartialité dont doit faire preuve la justice

  12. Vous avez bien raison d’épingler les accusations-réflexe de Mélenchon contre les Strèmes Droâtes, parce que quand même, il faudra bien un jour se résoudre à le dire tout haut, mais le pavlovisme est le principal handicap électoral de la gauche de la gauche.

    Quand on n’est même pas fichu de faire une analyse un tant soit peu rigoureuse et qu’on verse immédiatement dans l’imprécation à la place, il ne faut pas s’étonner si la population hésite à vous remettre les clés du pays.

    Dommage, parce qu’on l’aime bien, not’ Méluche à nous.

  13. Basse manœuvre politicienne ou pas, cette perquisition était-elle irrégulière ? Et à supposer qu’elle l’ait été, Mélenchon ne pouvait-il se contenter de rester sur le strict plan du Droit en ne la contestant qu’après coup ?
    Quant à traiter les Policiers et le Procureur comme il l’a fait, de la part de quelqu’un qui dit aspirer aux plus hautes fonctions de l’Etat…

  14. « Mauvaise foi crasse »,  » triste imbécile », décidément,  » c’est çui qui dit qui est »!
    Ça ne vole pas très haut sur les colonnes.

  15. Bonjour Maître,
    Jusqu’à preuve du contraire, Mélenchon est toujours député, dès lors ne jouit-il pas de l’immunité parlementaire ? Dès lors, l’état n’agit-il pas en toute illégalité ? Si non en vertu de quelle loi ?

  16. Jean Luc Mélenchon a beau être un clown histrionique et nous faire du Mirabeau( « Allez dire à votre maître que nous sommes ici par la volonté du peuple et qu’on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes. »),tout démocrate ne peut que soutenir sa légitime colère et être très inquiet devant des méthodes réservées aux républiques bananières.
    En effet, après Fillon, Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon, qui sera le prochain?

    Comme si un pouvoir,sur une pente de plus en plus autocratique,via une justice politique instrumentalisée,avait décidé de se débarrasser ou de réduire à l’impuissance,un à un,ses opposants politiques,au travers de méthodes inavouables.

    Et comme un malheur n’arrive jamais seul pour lui, il semble que Mélenchon ait encore aggravé son cas et resserré le noeud coulant engagé autour de son cou :une procédure pour violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique,passible de 10 ans de prison, a été ouverte contre lui.

  17. Bravo pour cette remise à l’heure des pendules (politiques) Maître. Le grand horloger Elyséen ne se refuse plus rien ! Quant à Mélenchon, c’est un peu l’arroseur arrosé !

  18. ça y est, Méluche est tombé dans les rets de cette Médiacratie qu’il n’aime pas, et qui entend bien lui faire payer au centuple les quelques (modestes) avanies qu’il lui a fait subir dans le passé.

    On sent que l’artillerie lourde médiatique utilise toutes les séquences possibles pour le décrédibiliser d’abord, ce qui est chose déjà acquise compte tenu du panurgisme de l’opinion, activement travaillée, par une Médiacratie évidemment (comment pourrait-il en être autrement ?) unanime, laquelle, dans un second temps, achèvera de le broyer avec toutes les ressources de cette société de connivence, au premier chef l’activisme de ces juges parfaitement impartiaux qui ont ciblé les Fillon, MLP, avant de s’en prendre à JLM, et qui, en même temps, fermeront les yeux sur les affaires Pénicaud, Ferrand, Benalla et autres (que sont effectivement devenues les affaires Arif, Lamdaoui, Le Roux, enfants chéris du Poussah Hollande, véritable pygmalion de Micron ?).

    Nous avons vraiment la Jounalocratie la plus pourrie du monde démocratique !

  19. Je comprends que nous soyons ici sur un blog traitant de droit. Je comprends donc que cela soit le point d’entrée du débat, la petite lucarne à travers laquelle nous tentons d’éclairer ce fait d’actualité.

    Toutefois, au delà de la charge vindicative envers le perquisitionné que je perçois nettement de la part de l’auteur de ce texte, j’eusse aimé qu’un point qui me paraît central soit examiné plutôt qu’être relégué sur le banc de touche.

    Pour s’approcher de ce point central, interrogeons-nous sur un premier aspect : que nous disent les réactions les plus fréquemment vues et relayées au sujet de ce fait ? Que nous dit cette fixation sur l’affect, le ressenti, le rush nerveux et les débordements d’adrénaline que nous livrent ces images de confrontation ?
    Sur ce premier aspect, il semble, à lire les commentaires, que nombre de contributeurs aient une attente bien plus haute que ce que permet la réalité envers le comportement des politiques lorsqu’ils sont mis en causes. Comme s’ils ne pouvaient se permettre d’avoir la réaction de tout un chacun, parce qu’ils ont « un rôle à jouer ». Justement, ce n’est pas un rôle : cessons d’imaginer la scène politique comme une scène de théâtre : ces gens n’ont pas un rôle à jouer, ils cherchent à obtenir des fonctions qui ne fait pas d’eux des gens moins humains.

    Je demande à chacun et chacune de bien vouloir se livrer à un petit exercice mental, et de se rappeler où il était, ce matin, à 7h.
    Peut être étiez vous en train comme moi de vous brosser les dents. Peut être laissiez-vous derrière vous votre maison et votre partenaire pour vous rendre au travail en voiture ou en transport en commun. Peut être étiez vous en train de disputer votre enfant parce que son cartable n’était pas prêt, et qu’il allait falloir prendre le bus pour partir au collège.
    Ding dong. C’est la police, qui cogne fort à la porte. Gilets pare-balles sortis, armes visibles : ils ont dû vous prendre pour Benalla, mais vous, vous n’avez pas d’arme, ils s’en doutent. Ils pénètrent dans votre domicile. On fouille dans vos affaires. Toutes vos affaires. Vous aviez un ami chez vous cette nuit là : contrôle d’identité. On vous prend votre téléphone : vous ne pouvez appeler personne si vous n’avez pas de poste fixe (et si encore on vous autorise à le faire). On saisit vos disques durs, vos clés USB, vos dossiers. Votre ordinateur portable aussi, celui avec vos photos de mariage, celui avec votre historique de connexion à tous vos sites personnels et professionnels, avec vos mots de passe, vos extraits de compte bancaire, votre projet de roman, celui avec les documents que vous êtes en train d’écrire pour le boulot que vous devez à tout prix présenter le lendemain.

    Chez vos amis, à votre travail, même scénario. Débarquement de muscles et d’armes. On fouille partout. A votre travail, c’est même pire : on met dehors les gens, impossible de savoir ce qui se passe, impossible de tenir même une liste de ce qui est en train de vous être soustrait. Que se passe-t-il ?

    Devant sa porte, votre voisin vous regarde de travers. Si la police est là, c’est que vous avez forcément quelque chose à vous reprocher. La preuve : quand la police fait une perquisition sur ordre du parquet, qu’elle ne trouve rien et que l’affaire finit classée sans suite, vous ne verrez jamais un substitut du procureur ni un des officiers qui a retourné l’intimité de votre logis sous vos yeux et ceux de vos enfants venir présenter les excuses de l’état pour l’inconfort occasionné, la destruction de votre réputation auprès du voisinage, les dégâts et dommages causés par la privation de vos outils de travail et de communication. Pas de temps pour la courtoisie, on n’est pas payés pour ça.

    Vous finissez par comprendre que cela a trait à une affaire dont on ne vous a plus parlé depuis des mois. Certes, elle n’était pas classée, mais il n’y avait même pas eu nomination de juge. Zéro convocation, zéro demande écrite, rien. Plus préliminaire et plus vague, tu meurs.

    Manque de chance pour vous, vous n’avez pas n’importe quel travail. Vous êtes député. Vous avez reçu la confiance de la majorité de la population d’un territoire de la république pour les représenter et parler en votre nom. Et vous êtes député d’un parti d’opposition : tous les jours, vous assumez le rôle de poil à gratter du pouvoir. Bien ou pas bien, ou vous aime ou on ne vous aime pas, mais c’est incontestable : vous assumez votre rôle public d’opposant.
    Quand vous vous asseyez sur les bancs du palais Bourbon, c’est par la volonté du peuple, paraît-il. Ca a un sens, pour vous.
    Toutes ces choses qu’on vous prend ce jour là, on ne vous en dira rien. Pas un papier pour lister ce qu’on vous a pris. Vous aurez moins d’information de la part de ceux qui se sont invités chez vous par la force inarrêtable de l’autorité publique et qui ont passé la journée à piétiner votre intimité que vous n’en aurez sur le ticket de caisse de votre baguette chez le boulanger.
    Mais vous savez que toutes les informations, y compris confidentielles, toutes les stratégies, toutes les analyses sur le pouvoir en place et les façons de s’y opposer, tout cela est maintenant dans les mains de personnes ayant agi sous l’autorité directe du pouvoir.

    A vous qui venez de vous livrer à ce jeu de l’esprit, je pose la question : l’irruption chez vous d’hommes armés qui viennent prendre vos affaires dès potron-minet, ça ne vous ferait rien ?
    Aucun sentiment de colère, d’injustice, d’intrusion, de violation de votre espace intime ?
    Donc chacun d’entre vous resterait donc parfaitement calme et courtois ?
    Pas le moindre petit morceau de colère, ni un mot de trop ?
    Pas la moindre sensation que la conjonction de cette opération de masse avec le calendrier gouvernement n’a rien d’un hasard, et que vous êtes la victime d’une manoeuvre qui fait tout pour vous faire passer pour un malhonnête ?

    Je n’y crois pas un instant. Vous, moi, tout le monde pèterait un câble. La différence est que, là, le pétage de câble est filmé. Dans le monde d’image immédiate et de buzz faisant la loi, filmer ça et le diffuser, c’est appuyer de son doigt volontairement sur le plateau de la balance pour enfoncer encore plus celui ou celle qui s’énerve. Parce que n’importe qui s’énerverait. D’ailleurs, les mêmes images le prouvent : ils et elles s’énervent tous. Comme nous le ferions si ça nous arrivait.

    Enfin, pour toucher le point central, allons un peu plus loin : que nous dit cette succession de perquisitions, dont celle qui nous occupe aujourd’hui n’est sûrement pas la dernière, cette mise en scène du spectacle de l’incrimination publique ? Que nous disent les surgissements de plus en plus réguliers de visites musclées et pas très civiles de la police et du parquet chez des groupes politiques minoritaires, et l’opportune présence des caméras et micros tendus pour prendre une image claire de l’inévitable fureur des perquisitionnés ?

    Lorsque nous apprenons que dans un pays étranger, le pouvoir en place fait perquisitionner les locaux de l’opposition minoritaire sur la base de chefs d’accusation laissant place au doute, nous levons un sourcil interrogateur en nous demandant jusqu’à quel point cela n’est pas une basse manœuvre de répression.

    Et là, à longueur de journaux, d’émissions et de blogs, des gens sérieux et éduqués pérorent. Des gens qui ont accès comme nous tous à suffisamment d’information pour savoir que l’outil législatif est depuis des années régulièrement malmené, étiré et durablement déformé par le pouvoir en place pour garantir sa continuité. Et ces gens ne voient pas le rapport, et zooment sur les veines qui éclatent au front des perquisitionnés.

    Et pendant ce temps, le glissement autoritaire de l’état se poursuit. Parce qu’il est tellement plus important de se focaliser sur la déconvenue télévisée d’une figure publique que de se demander si, à force, il resterait encore possible à un hypothétique opposant politique qui n’aurait rien à se reprocher de conquérir le pouvoir sans se faire traîner dans la boue sous l’oeil des caméras pour le plus grand plaisir de spectateurs cyniques restant inertes pendant que sous leurs yeux le pouvoir transforme leur pays en dictature.

    Je pense que Mélenchon choisit mal ses mots, et que les circonstances qu’il traverse expliquent amplement pourquoi. Mais je lui donne raison de protester du sort qui lui est fait alors qu’il est un élu du peuple. Et il a raison de dénoncer une basse manoeuvre politique car cet événement en réunit tous les ingrédients.
    Il a raison d’incriminer le FN, puisque c’est par une de ses élus que l’affaire n°1 a été initiée et d’ailleurs, semble-t-il presque aussitôt démentie). Il a raison de s’indigner que le parquet, dont Daniel Schneidermann d’arrêt sur images rappelle utilement qu’il y a 3 semaines on apprenait qu’il était définitivement devenu le bras de l’Elysée, soit utilisé pour s’approprier toutes les données d’un groupe politique d’opposition.
    De plus, contrairement à ce qui est écrit, on trouve assez facilement grâce au premier moteur de recherche venu des prises de paroles assez précises sur le sentiment qu’éprouve Mélenchon au sujet des protections des proches du chef d’état, et également sur la manière dont la justice est régulièrement instrumentalisée par le pouvoir au détriment de ses opposants (et pas seulement lui-même).
    Mais au fond, tout cela m’inquiète moins que la dégringolade vers l’abîme autoritaire contre laquelle il semble que tout le monde attende que quelqu’un d’autre agisse.

    • Merci de m’expliquer ce qui fait ma pratique depuis 46 ans.
      Je critique Mélenchon pour qui j’ai voté en 2012 et 2017 (aux deux tours) pour son attitude passive ou approbatrice quand l’arbitraire est tombé sur ses adversaires.

      • Moi aussi je m’en fichais quand c’était Sarkozy ou Le Pen. Peut-on comparer d’ailleurs : les accusations pour les premiers semblent bien plus graves que celles portées contre M.Mélenchon. Et ces perquisitions tous azimuts me semblent bien avoir pour but d’accréditer la thèse du « tous pourris » qui fait que de moins en moins de citoyens vont aux urnes, ce qui permet à l’ultra-libéralisme de se perpétuer. Je me retrouve donc dans le texte de « Guillaume l’anonyme ».
        Après, je souscris aussi à votre article, M.De Castelnau. Il me conduit à une belle prise de conscience sur la façon dont les puissants de notre pays ont instrumentalisé la justice à leur profit personnel. Je ne sais pas si, comme vous le dites, M.Mélenchon n’a vraiment rien dit au sujet de Fillon et de tous les autres. Sans doute. Je comprends qu’il aurait dû au moins interroger les intentions qui étaient derrière et souligner le deux poids deux mesures : personne ne trinque dans l’entourage du pouvoir alors que ce sont les mêmes pratiques corrompues, les mêmes conflits d’intérêt, les même abus et détournement des institutions. J’en conclus qu’il faut d’urgence refonder notre système politique, et créer une sorte de front sacré entre tous les bords pour …. la convocation d’une Assemblée constituante, que propose d’ailleurs le programme de la FI. (Pas l’union sacrée, mais la constituante).

    • « ’est la police, qui cogne fort à la porte. Gilets pare-balles sortis, armes visibles : ils ont dû vous prendre pour Benalla, mais vous, vous n’avez pas d’arme, ils s’en doutent » Heu c’est juste la procédure. Les policiers doivent être munis de leurs armes et de gillets pare balles dès qu’ils sortent à l’extérieur (que cela soit pour aller dans des lieux publics ou chez des particuliers).
      Donc si vous insinuez que Mélenchon a eu droit à un sort particulier c’est juste totalement faux. Toutes les perquisitions en France sont effectués avec des policiers en armes et avec gillets pare balles.

      Et oui, se faire perquisitionner cela peut être choquant. Cela n’excuse nullement son comportement qu’il a eu par la suite. C’est pas le choc de la perquisition chez lui qui l’a poussé à aller au siège de son parti agresser les policiers. Une autre personne aurait fini en garde à vue pour cela. Sans oublier toutes ces déclarations. Alors autant, vous pouvez justifier ces propos dans la vidéo qu’il a tournée lors de la perquisition de son domicile en disant que c’est le choc de la perquisition. Autant vous pouvez difficilement justifier le reste. Mélenchon par son comportement nuit à lui même.
      (D’ailleurs sur le sujet de la vidéo faite, il a été assez incohérent quand après il a justifié la mise en scène de la perquisition. Alors que c’est lui qui a mise en scène la perquisition).

  20. Radio d’Etat ou radio d’un parti politique ? ou comment à travers une dénonciation complètement bidon on donne une info qui est fausse . A priori
    service public , cela doit vouloir dire « d’Etat’ .
    Par contre un parti politique qui utlise les ondes radios puissantes du service public pour faire passer ses idées et son business de gauche , oui là il y a matière à critiquer et à dénoncer .
    C’est bizaRRE qu’il ne sache pas pour un socialiste , l’opposant bidon .

    Les copains du parti planqués dans le fonction publique et qui vident les caisses de l’Etat , des emplois à vie ! alors que des Français sont mis en quarataine , mis à l’écart ( L) .
    La voilà la dénonciation , la vraie qu’il fallait faire . Mélanchon comploteur . Les voilà les vrais emplois fictifs : les copains du PS planqués dans la fonction publique qui tous les mois
    touchent des beaux salaires , a vie ! Vous vous rendez compte cette injustice ! Le Parti Socialiste vient de démissionner du ministère de l’Intérieur ! alors que ces journalistes
    , (les militants du parti qui font du journalisme en vérité) alors que les journaliste nous raconte que nous vivons l’alternance depuis le départ de Fraçais Hollande !

  21. Alors que les proches de Hollande et de Macron qui ont « des casseroles » sont peu inquiétés, ces attaques judiciaires contre les opposants (RN, LFI et ceux qui gênaient comme Sarkozy et Fillon) sont inadmissibles.
    Je ne retire donc rien à mon commentaire du 17 octobre.

    Toutefois, les policiers présents lors de ces perquisitions obéissaient aux ordres et ne pouvaient pas faire autrement.
    Donc, j’apprécie peu le fait que Mélenchon ait attaqué physiquement des policiers.
    En agissant ainsi, il donne des arguments aux voyous qui, de plus en plus, agressent les policiers (dans certaines cités où ces délinquants sèment la terreur vis-à-vis de la majorité de la population).

    Sur ces questions sécuritaires, je renvoie à l’article de notre hôte, avec une excellente analyse marxiste :
    http://www.vududroit.com/2017/02/meklat-traore-theo-la-lumpenisation-des-esprits/

    Malheureusement, Mélenchon est très ambigu sur ces questions sécuritaires.
    En 2006, des voyous criminels incendiaient un bus à Marseille. Une jeune étudiante, Mama Galledou, était gravement brûlée.
    En 2010, Mélenchon était invité des « Grandes Gueules » de RMC. La conductrice du bus qui n’avait pas été touchée physiquement mais était très dépressive à la suite de cet acte odieux interpella JLM. Elle protestait entre autres contre la libération anticipée d’un des criminels incendiaires. Je fus effaré par la réponse de Mélenchon qui soutint cette décision judiciaire laxiste.

    Ecoutez bien : écoutez sa défense véhémente de la justice et comparez à son discours de ce mois d’octobre 2018 :
    https://www.youtube.com/watch?v=e8-m-JERsWs

    J’apprécie beaucoup les articles de Régis de Castelnau. Mais j’ai une divergence avec lui. Certes, j’étais d’accord sur de nombreux points avec sa campagne de 2017 (plus que celle de 2012). Mais, je n’ai pas voté pour Mélenchon ni en 2012, ni en 2017 (1).

    Je me méfie de l’homme qui a un ego surdimensionné.
    J’apprécie peu son côté « mitterrandolâtre » (2) qui le conduit même, alors qu’il joue au rrrrévolutionnaire (4 « r » volontaires), à « comprendre » le tournant néo-libéral et dans une Europe intégrée de Mitterrand en 1983.
    Et surtout, je me souviens de sa scandaleuse réponse en 2010 à la conductrice du bus incendié.

    (1) J’aurais peut-être voté pour lui aux législatives si j’avais été électeur dans sa circonscription car je pensais qu’il était logique qu’il soit député. Vu son comportement actuel, je ne suis pas sûr de conserver cet avis.

    (2) En 1988, Jack Lang utilisa ce terme le concernant personnellement. Ah ! Ce courtisan !

  22. Mélenchon est quand même très hypocrite. Par exemple, il s’offusque des révélations sur sa vie privée par la presse; Alors que pendant longtemps, il se réjouissait quand la presse révélait des affaires privées de personnes qu’il n’aime pas. Voilà ce qu’on pouvait lire en décembre 2014 sur le site Europe1
    https://pbs.twimg.com/media/Dp85IjCXgAgaZ9N.jpg
    Et sans oublier que son avocat Juan Branco livrait la vie privée d’un député LREM, Gabriel Attal (le fait qu’il soit homosexuel et en couple avec un conseiller de Macron) il y a quelques jours sur Twitter en justifiant que c’est d’intérêt général.

    Mélenchon était le premier à féliciter Médiapart pour ses révélations. Aujourd’hui, il attaque le journal.

    Toute cette affaire illustre bien la parfaite hypocrisie de Mélenchon. Quand la justice s’intéresse à ces opposants c’est bien. Bravo à elle. Quand c’est à lui il s’indigne.

    Mais ce qui lui nuit le plus dans cette histoire, c’est pas tant la perquisition mais son comportement totalement indigne. Agresser des policiers, moquerie concernant l’accent d’une journaliste, « ma personne est sacrée »,… c’est cela qui risque de faire des dégâts bien plus que l’enquête en tant que telle. Mélenchon montre son vrai visage: une personne profondément imbue d’elle même. Il a cette conviction narcissique d’incarner le peuple à lui tout seul (Pas étonnant qu’il admire tant Robespierre ou Chavez qui ont le même point commun avec lui). (Quelqu’un que je connais dont un de ses proches a servi un temps comme chauffeur de Mélenchon m’a confirmé ce dont je me doutais: Mélenchon est extrêmement arrogant et imbus de lui même, il se montre extrêmement odieux envers le « petit » personnel. Quand quelque chose ne va pas même si à cause de lui, il accusera toujours quelqu’un d’autre).
    Mélenchon a un sérieux penchant pour l’autoritarisme ( ce n’est pas pour rien qu’il fasse tant de propagande pour les régimes dictatoriales (Venezuela, Cuba, Russie….). Et voir lui et ses soutiens crier à la police politique cela me fait rigoler, ils savent quel est le sort réservé aux opposants des régimes qu’ils soutiennent ? Prison, torture et dans certains cas assassinats

    La justice francaise me fait marrer. Elle n’a pas de moyens pour enquêter sur les criminels. Par contre, sur les politiciens, là elle a direct des moyens. Cela illustre bien ses priorités

    • @ Arnaudaron
      A lire le profil psy que vous décrivez, je me demande si Mélenchon, n’est pas paranoiaque ?
      Ca me fait peur tous ces politiques qui ont des troubles de la personnalité ou du comportement, on ne sais pas où il nous emmène.

  23. Le policier à l’arrière plan à l’air à l’aise, comme à la maison étrange non ? En tous cas attitude peu professionnelle pour un fonctionnaire de police.

  24. Mais, est-ce que toutes ces perquisitions étaient bien légales ? Etaient-elles conformes à l’esprit de l’article 76 du Code de procédure pénale et particulièrement tenaient-elles compte de l’ordonnancement des 2 blocs qui composent cet article ?
    En enquête préliminaire la philosophie plaide pour une coopération consentie des parties ainsi que pour une absence de coercition! Vous trouvez que cela a été le cas ?
    La réponse nous viendra, peut-être un peu tard, soit de la Cour de Cassation, soit d’une QPC, soit de la CEDH! Et je serais surpris que tout ce cirque soit avalisé! Mais qui s’en souviendra? On ne retiendra que certaines images!

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