Rihanna plutôt que Mélanie, le choix politique des Macron

Mélanie est née sous une mauvaise étoile. En 2001, ce qui fait qu’elle a 16 ans aujourd’hui. Son père a plaqué sa mère très vite pour aller vivre en Allemagne avec sa nouvelle compagne. Il ne s’est jamais enquis de ce que devenait sa fille. L’enfance s’est donc passée sans père, jusqu’à que ce que sa mère victime d’un cancer quand elle avait 12 ans la quitte pour toujours. Orpheline et n’ayant pas de famille pour s’occuper d’elle, c’est l’Aide Sociale à l’Enfance, l’ASE qui l’a prise en charge. Vous savez ce service qui dépend du Conseil Général dont on vous dit en permanence qu’il dépense trop d’argent, qu’il ne sert à rien, qu’il a trop de fonctionnaires. Qu’il faut le supprimer très vite et en attendant réduire tous ces budgets. Celui de la protection de l’enfance qui est de sa compétence est déjà hypertendu, et le personnel qui tient le front de la misère commence vraiment à s’essouffler. Qu’à cela ne tienne, Bercy nous a bien dit que Merkel et Schäuble trouvent que les Français dépensent trop et qu’il faut faire des économies. C’est déjà difficile, ça va devenir intenable.

Peut-être que la sorcière qui s’est penchée sur le berceau de Mélanie a considéré qu’il valait mieux concentrer le malheur sur les mêmes et que statistiquement cela permettait d’en épargner d’autres. Elle a donc été placée dans une famille d’accueil agréé, dont le « père » âgé de 50 ans a commencé à la violer quand, même pas formée, elle en avait 13. Pour sa défense il dira bien sûr que c’est elle qui l’a séduit. Pardi depuis Polanski, tout le monde sait ça, une jeune fille de 13 ans c’est comme une adulte, ça adore les hommes de 50 ans ! Terrorisée la petite n’a jamais osé en parler. Jusqu’à ce que son premier flirt, rencontré au collège regarde en son absence les vidéos de son portable pour y découvrir les ébats que le cinquantenaire s’amusait à filmer. En larmes Mélanie qu’il interrogeait lui a tout raconté. Probablement contrarié le gamin accompagné d’une autre copine est allé mettre le feu à la voiture du violeur. Et s’est retrouvé en garde à vue, au cours de laquelle il a expliqué aux flics les raisons de cette nervosité. Classement sans suite bien sûr pour les petits justiciers courageux, et arrestation du violeur. Il a reconnu les faits, en précisant bien sûr que la petite l’avait provoqué. Poursuivi sur la base d’une qualification criminelle, il n’a jusqu’à présent pas fait un jour de prison.

Aujourd’hui c’était la confrontation indispensable à la procédure. Il fallait réunir Mélanie dans le bureau du juge d’instruction avec son tortionnaire, et raconter à nouveau en sa présence ce qu’il lui avait fait. Elle connaissait depuis trois mois la date de cette épreuve qu’elle redoutait atrocement. La voyant arriver avec une angoisse qui souvent la réveillait la nuit. Serrant la main de l’avocate que le département lui a désignée pour la défendre, faisant tout pour ne pas croiser le regard de l’autre, il a bien fallu entrer dans la fosse aux lions.

« Alors, comment ça s’est passé ?

•             Dur, très dur. Cela a duré deux heures, où il a fallu raconter tous les viols, décrire les endroits, les circonstances.

•             Et la petite ?

•             Collée derrière moi, elle n’a pas cessé de sangloter pendant les deux heures, sans lâcher ma main qu’elle broyait consciencieusement. La pauvre petite mère s’en est excusée après ainsi que d’avoir trempé ma robe. J’ai pu la faire sourire.

•             Et maintenant ?

•             C’est un peu le trou noir, car ayant 16 ans elle ne peut plus rester en foyer. Il faut donc lui trouver un hébergement en semi-autonome, il n’y a guère de place et sa référente qui devrait s’en occuper est en congé maternité. Elle avait fait une première année de CAP de coiffure qui s’était très bien passée. Mais le problème pour accéder à la deuxième année, c’est qu’il faut savoir où elle va habiter, et comment le coût sera pris en charge. Il y en a quand même pour 7000 € ! Et la prise en charge par le Conseil Général n’est pas assurée car les budgets sont complètement à marée basse. »

Ce genre de séquence, pour ceux qui s’occupent de la protection de l’enfance, c’est tous les jours. 70 % des violences que subissent les enfants ont un caractère sexuel, le reste étant des violences physiques. Et ce n’est pas du misérabilisme que de décrire ce qui se passe sur le front, et ce que font ceux qui essaient de le tenir, avec souvent, pour les assistantes sociales en particulier, un dévouement sans bornes. Et de dire leur chagrin de ne plus être là que pour colmater.

Et je ne m’essaierai pas à leur répondre qu’il faut penser printemps, que Jupiter se préoccupe tellement de la misère que lui et Madame ont reçu à l’Élysée en grande pompe un certain Bono pour « lutter contre la misère dans le monde », et dans une même grande pompe la chanteuse Rihanna pour parler de « la protection des enfants ». Pendant que les petits valets de Bercy asphyxient les institutions qui ont en charge le social. Je risquerais d’être mal reçu.

Emmanuel Macron et son épouse ne savent même pas que l’ASE existe et il ne leur viendrait pas à l’idée, plutôt que de recevoir des saltimbanques douteux, d’aller faire un saut sur le terrain.

Entre Mélanie et Rihanna, les Macron ont choisi Rihanna. Ce n’est pas autre chose qu’un choix politique.

 

NB: L’histoire de Mélanie est vraie. Son prénom, les lieux et certains détails ont été modifiés. La confrontation s’est bien déroulée aujourd’hui 25 juillet 2017.

 

28 Comments

  1. En fait de choix politique, quid de le visite touristique des petits autistes à l’Elysée à grands coups d’accolades, de selfies et autres sacrifices à la post-modernité ?

    • Ces Macron, même pas capables d’empêcher un fumier d’abuser d’une enfant.
      Et tout ça, parce qu’il ne se préoccupent jamais de « faire un tour sur le terrain ».
      Sans doute pour ne pas avoir à croiser des démagos de l’espèce de Castelnau.

      Ce Castelnau, jamais en retard d’une vulgarité.
      Le compte reste à faire des charognards qui utilisent la misère des autres au principe de leurs engagements politiques.
      Gageons qu’ils pourraient s’avérer être plus nombreux que les « saltimbanques douteux ».

      • Le problème est celui des moyens donnés à la protection de l’enfance. Et le choix de diminuer les budgets au profit d’une communication vulgaire.
        Mais « Diogène » qui éructe sa bave sur tous les fils possibles cherche des prétextes pour m’insulter. Il sévit sur Causeur où il est toujours à l’affût de mes articles pour être le premier à cracher.
        En lui conseillant de se trouver une serviette pour le essuyer la bave qui dégouline sur son menton, on va lui rappeler qu’il est ici chez moi. Pas à Causeur. Et qu’il n’est donc pas le bienvenu.
        S’il a un minimum d’amour propre, le cafard mal-élevé, il va se retirer. N’est ce pas?

  2. Parce qu’en matière de serrage de vis d’un budget départemental, seul celui de la protection de l’enfance est disponible pour l’étranglement, les autres étant donc, de facto, sanctuarisés???
    Cela ressemble fort au syndrome du mont Rushmore, cette présentation…

    • C’est un peu du n’importe quoi
      Causeur , je ne connais pas.
      Assurez-vous de bien viser quand vous tirez.
      Un point de vue dans l’espace public est une œuvre de l’esprit, si l’on peut recourir à ce terme s’agissant de votre production, donc éligible à la critique.
      Et pour finir, le net, ce n’est chez personne, donc chez tout le monde.
      Sectaire stalinien et parano, Castelnau

        • Précisément parce qu’en bon stalinien vous accusez à tort et à travers.
          Et votre monumentale ânerie sur un commentateur à l’affut de vos articles par pur désir de vous insulter, c’est du dernier ridicule.
          La grenouille et le bœuf.
          Votre égo en prendra sans doute un coup mais, je ne connaissais pas votre existence avant que Berruyer ne retwitte votre bouillie insane sur Macron et la chanteuse.

          Je commente le fond et je ne suis certainement pas le « Diogène » qui vous poursuit de ses assiduités.
          J’ai un goût très modéré pour le faisandé, désolé.
          Celui là, c’est cadeau, vous pouvez le censurer.

  3. moi je veux bien aider financièrement ou autrement Mélanie . Où habite t elle ? que puis je faire ?

    • Ben dîtes donc, pour un premier commentaire, expédié sur les roses suis-je et pourtant même pas teuton pour justifier un tantinet votre montée dans les tours!

      Je sais: vous êtes dans votre blog, chez vous et donc libre d’être abrupt comme un ours mal léché.

      Je vous y laisserai donc recuire vos acrimonies.

      [J’espère que vous arriviez à vous contrôler en devant subir les plaidoiries de vos confrères défendant leurs clients contre les vôtres, donc ayant des propos sûrement désagréables à vos oreilles /yeux parce que sinon, les audiences devaient être… folkloriques…]

  4. ce qui est le plus effrayant c’est que partout le systeme est en train d’exploser. A force de gabegies, de laissez aller de corruption et mauvaise gestoin, l’heure des comptes est proche. Et elle sera sanglante.

  5. De plus, les Juges des Enfants subissent de fortes pressions des départements pour le maintien des enfants au domicile dans le cadre de la protection de l’enfance plutôt qu’une autre mesure de protection en famille d’accueil ou en foyer éducatif.

  6. QUID de son père biologique ? totalement absent mais pas mort ?
    Je ne parviens pas à comprendre que la justice n’ait pas été saisie car cette enfant de 13 ans se trouvait orpheline de mère pas de père?
    Quant à tirer des conclusions quant aux positions « MACRONNESQUES » sur la forme NON, sur le fond je pense que vous approchez d’une certaine réalité que d’aucuns vont découvrir dans les mois qui viennent.

  7. Les poussées de chaleur pourraient expliquer les excès de certains commentaires.
    Toutefois, ce « plutôt le sordide que le glamour » pour vilipender « les » Macron a de quoi inquiéter sur les capacités d’analyse et de jugement de ceux qui formulent ou approuvent ces visions misérabilistes.
    Qui sait ce qu’est l’A.S.E, parent pauvre des compétences obligatoires des Conseils départementaux, de droite, comme de gauche? Les petits marquis de Bercy ne font pas les budgets de ces assemblées démocratiquement élues et dont la plupart vivent la question sociale, pour ne pas oser le gros mot de solidarité, comme une contrainte…

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