Gilets jaunes : la Justice est là pour rendre la Justice. Pas pour rétablir l’ordre.

Que se passe-t-il dans la magistrature française ?

Dans le silence obstiné des organisations syndicales, un pouvoir aux abois a instrumentalisé une répression judiciaire sans précédent pour tenter de mater un mouvement social. Il y a bien évidemment la stratégie du ministère de l’intérieur qui pousse à la violence pour tenter de disqualifier le mouvement. Mais malheureusement la magistrature accepte ces dérives et joue sa partition dans ce qui désormais s’apparente à une répression de masse qui entretient des rapports très lointains avec l’État de droit dont on nous rebat pourtant les oreilles. Cravachés par Nicole Belloubet en personne (!) se déplaçant au tribunal de Paris un dimanche, et par les interventions permanentes de la place Vendôme voire de Matignon y compris des instructions individuelles pourtant interdites par la loi, les parquets déchaînés basculent avec zèle dans la répression de masse, font procéder à des arrestations souvent préventives, par milliers, défèrent également par milliers des gens devant les tribunaux, à l’aide de procédures d’urgence dans lesquelles par des réquisitoires violents, il demande des peines folles. Et de façon stupéfiante la magistrature du siège a accepté de rentrer dans cette logique et distribue en cadence des peines ahurissantes. Depuis le début du mouvement, plus de 5000 arrestations, 1000 condamnations, 350 personnes incarcérées sur la base d’incriminations parfois farfelues. Et avec des interprétations de la loi répressive souvent audacieuses pour ne pas dire plus. Désolé, mais ceci n’est pas de la justice, c’est de l’abattage.

Et manifestement c’est loin d’être fini. Des anecdotes effarantes remontent de toute la France sur ce qui est en train de se passer. Tel sera condamné à six mois de prison ferme pour avoir partagé un statut sur Facebook, tel autre à 28 mois tout aussi fermes, sans avoir été défendu par un avocat, au prétexte selon la présidente du tribunal « que cela n’aurait rien changé ». Il y a des dizaines et des dizaines d’autres histoires qui font froid dans le dos. La France prend un drôle de chemin.  Dans tel département, le procureur et le préfet font conférence de presse commune pour menacer : « la justice sera impitoyable ! » Depuis quand sont-ce les procureurs et les préfets qui jugent ? Jusqu’à nouvel ordre, dans une démocratie, ils sont responsables du maintien de l’ordre, pas de rendre la justice. Dans tel autre, il semblerait bien que le procureur ait organisé une forme de « comité de salut public » chargé de fournir les charrettes, et on dit que les juges du siège qui vont juger le font sur la base du volontariat ! Naturellement les pressions se font nombreuses contre les avocats qui s’élèvent contre ces dérives et font leur devoir. Gare à la fermeté, l’exigence ou la passion, les plaintes du parquet contre les défenseurs dégringolent immédiatement. Et naturellement il y a le refus obstiné de se pencher sur la multiplication des violences policières, sur l’usage incroyablement excessif de la force. Notamment avec les flashs ball et les grenades de désencerclement utilisés en violation de règles pourtant claires. Et puis il y a bien sûr la violence directe, arbitraire dont de multiples vidéos donnent de tristes exemples. Cette impunité, ne peut qu’être un choix délibéré, et provoque fatalement l’émotion et la rage. Le procureur de Toulon ayant sous les yeux les vidéos du commandant Didier Andrieux permettant de voir parfaitement à qui on avait affaire a trouvé le moyen de se déshonorer en refusant immédiatement toute enquête au motif que le comportement du commandant frappeur aurait été « proportionné ». On rappellera que dans le passé ce n’était pas l’avis de ses subordonnés, et que le préfet plus malin et devant l’évidence a demandé une enquête de l’IGPN.

Dans cette ambiance, et comme les tribunaux les suivent, comment s’étonner que les ministres les plus déplorables se permettent de proférer des menaces comme le font tous les jours Christophe Castaner, Benjamin Grivreaux ou Marlène Schiappa qui viennent d’inventer une nouvelle définition de la complicité, et exigent des arrestations préventives (!). Comment s’étonner qu’un premier ministre dont on attendait peut-être un peu plus de tenue annonce des mesures législatives liberticides qui vont finir par faire envie à Erdogan ?

Préférer l’ordre à la justice ?

Alors vient à l’esprit la question : comment le corps de la magistrature dont les organisations syndicales aujourd’hui muettes, nous rebattent les oreilles avec son indépendance et son impartialité depuis 30 ans accepte-t-il de devenir ainsi l’instrument de la violence d’un parti de l’ordre à ce point déchaîné ? Comment oublie-t-on ainsi que la justice se rend au nom du peuple français ? Personne pour sauver l’honneur ? Aucun procureur dont la parole est libre à l’audience pour refuser les ordres de Belloubet ? Aucune juridiction pour se rappeler que sa mission n’est pas de rétablir l’ordre mais de rendre la justice. Dans le respect de la loi, quoi qu’il arrive. Ce n’est pas semble-t-il le choix qui a été fait, et pour illustrer l’ampleur du mal on citera Madame Noëlle Lenoir, ancienne ministre et ancien membre du conseil d’État et du conseil constitutionnel, donc juriste affirmée qui nous dit dans un tweet : « que la justice doit être réellement faite par les tribunaux dont la responsabilité est immense pour restaurer l’ordre ». Quelqu’un pour rappeler à cette aimable versaillaise (dans le sens que la Commune lui a donné) manifestement en panique, que la mission de restauration de l’ordre est celle de l’exécutif, pour les tribunaux c’est celle de la Justice ? Dans le respect de la loi et des procédures.

Alors il est vrai, que depuis une trentaine d’années, on pouvait espérer que la justice française et le corps des magistrats qui la rend s’étaient enfin émancipés de leur soumission au pouvoir mais avaient aussi abandonné sa vieille culture qui lui avait toujours fait préférer l’ordre la justice. Depuis 1940 un certain nombre d’épisodes douloureux l’avait marquée et généré une véritable volonté d’émancipation. Malheureusement depuis quelques années grâce une forme d’alliance avec les médias, magistrats se sont pensés débarrassés de la tutelle de l’État. Sans mesurer que celui-ci, lui imposant un invraisemblable déficit de moyens continuait à la tenir en laisse. Depuis quelques années on a ainsi assisté à toute une série de dérives orchestrées en général par les institutions d’exception que sont le Parquet National Financier, et le Pôle d’instruction financier, systématiquement couvertes par les juridictions supérieures. D’abord la chasse au Sarkozy sous Hollande, ensuite la volontaire destruction judiciaire de la candidature présidentielle de François Fillon applaudie à tout rompre par les syndicats et la hiérarchie judiciaire. Il faut cesser de finasser, le contester relève aujourd’hui simplement du grotesque. De ce point de vue la sincérité du scrutin de la présidentielle a été faussée. Comme elle l’a été par les moyens financiers et médiatiques massifs pour la plupart illégaux qui ont été utilisés à l’appui de la candidature Macron et qui n’ont pas arraché une plainte aux organes de contrôle et à la justice. C’est d’ailleurs cette illégitimité initiale qui explose la figure de celui qui en avait été le bénéficiaire. Par la suite, une fois le jeune roi au pouvoir, il y a eu la protection judiciaire dont a bénéficié son entourage et sa cour. C’est Richard Ferrand, Muriel Pénicaud, Collomb, Ismaël Emelien, et quelques autres avec à leur tête la star de la complaisance judiciaire Alexandre Benalla, l’homme qui embarque et planque son coffre-fort sous le nez de la police sans que cela arrache un froncement de sourcils au procureur, qui prétend grossièrement contre l’évidence n’avoir été en possession que d’un pistolet à eau que l’on maintient sous le statut de témoin assisté, et qui semble depuis son départ de l’Élysée multiplier les infractions sans que là aussi il ne se passe grand-chose. Jusqu’à cet article récemment paru dans le Canard enchaîné où l’on apprend que pour François Bayrou qui connaît les mêmes soucis d’assistants parlementaires au Parlement européen que le Rassemblement National et La France insoumise, il a été demandé au parquet de n’effectuer absolument aucune investigation susceptible de chagriner le maire de Pau. Parquet qui s’est paraît-il exécuté aimablement.

La contrepartie de cette incroyable mansuétude, c’est la multiplication des avanies judiciaires contre le Rassemblement National, et contre Jean-Luc Mélenchon et son parti. N’en jetez plus! Dernière petite cerise sur le gâteau de ces dérives, la publication ces jours-ci par la presse du réquisitoire du PNF demandant le renvoi de François Fillon devant le tribunal correctionnel, parfait hasard du calendrier bien sûr.

On pouvait penser que cette connivence de la haute fonction publique judiciaire avec le plus haut niveau du pouvoir d’État reposait sur des affinités sociologiques, idéologiques, voire politiques et ne concernait que cette couche.

Malheureusement ce qui vient de se produire, cette façon dont l’appareil judiciaire, n’hésitant pas devant des illégalités parfois flagrantes, s’est mis avec zèle au service d’une répression de masse contre le mouvement des gilets jaunes, et avec une violence sans précédent depuis la fin de la guerre d’Algérie, démontre que le mal est beaucoup plus profond. La justice française se vit toujours comme  un outil de maintien de l’ordre au service du pouvoir en place. J’avais écrit il y a une quinzaine d’années à propos de l’affaire d’Outreau que les magistrats gardaient une culture qui leur fait préférer l’ordre à la justice.

C’est toujours le cas aujourd’hui, et la démonstration que l’on vient de nous faire est une véritable catastrophe institutionnelle. La défiance envers l’institution judiciaire va redevenir massive et pour très longtemps.

Ce n’est pas une bonne nouvelle.

40 Comments

  1. Je ne suis en rien surpris. La pseudo-résistance des magistrats au pouvoir a été toujours été du chiqué : c’est juste qu’ils se soumettaient à un autre pouvoir plus puissant (celui du qu’en-dira-t-on médiatique, par exemple).

    Le magistrat est veule et prosterné par essence, fort avec les faibles, faible avec les forts, sinon il choisit un autre métier.

    Combien de magistrats Résistants ? Aucun, à ma connaissance (si vous en connaissez, ça m’intéresse, et pas qui sont entrés dans la Résistance le 20 aout 1944).

    On ne se refait pas.

    Par ailleurs, je trouve dommage que des gendarmes et des policiers, beaucoup plus proches des GJ sociologiquement, se prêtent d’enthousiasme à ces violences.

    • Paul DIDIER est le seul magistrat français à avoir refusé de prêter serment de fidélité au Maréchal le 2 septembre 1941.

      • Ah, revoilà l’inévitable Paul Didier.

        En fait, la seule conclusion qu’on puisse en tirer est que Pétain était alors encore considéré comme légitime par la majorité de la population.
        Comme il l’était par les communistes avant l’invasion de l’URSS, puisqu’ils stigmatisaient alors le traîneur de sabre de Gaulle, parti en Angleterre pour essayer d’entraîner les masses innocentes dans la guerre impérialiste et inutile (dans le sabir d’époque).

        C’est amusant de voir que la génération du baby-boom, et parfois les suivantes, croit pouvoir faire la dégoûtée devant l’histoire de France, en tout anachronisme.

        Alors que c’est justement cet état d’esprit (le dégoût anachronique, ignorant et narcissique) qui a conduit cette génération à tout lâcher à l’UE allemande et au néolibéralisme, sans qu’il soit même besoin de lui envoyer les Panzerdivisions.

        • Et allons-y ! Enfilons les perles une à une. Vous n’avez donc rien compris. La question n’était pas de savoir si Pétain était considéré comme légitime ou pas par la population (ce qui est impossible à établir autrement que par des affirmations), mais celle de savoir si un magistrat du siège chargé de rendre la justice peut prêter serment de fidélité au chef de l’exécutif. Eh bien non ! C’est un oxymore. Jamais entendu causer de la séparation des pouvoirs? Bien sûr que le précédent de 40 est essentiel. La magistrature française se vit comme un auxiliaire du pouvoir exécutif chargé de rétablir l’ordre. C’est une hérésie absolue.

          • Le serment a aussi existé sous la monarchie de juillet et sous le second empire, mais personne n’en parle.

            La IIIe a été très brutale dans ses révocations de magistrats à fins idéologiques, mais personne n’en parle non plus. Du même auteur que je cite plus bas (mon résumé) :

            « Epuration : 209 magistrats épurés par Vichy dont 41 réintégrés, soit 5% des 3 420 magistrats. 60 Juifs, 40 francs-maçons, le reste pour incompétence ou mauvaise moralité, qui peut aussi jouer sur les deux autres catégories.
            La monarchie de Juillet avait révoqué 426 parquetiers et les juges qui ne voulaient pas prêter serment. La troisième république a révoqué 14 procureurs généraux (et d’autres) en 1879, vu la démission de 500 magistrats (dont 300 procureurs) en 1880 pour ne pas avoir à appliquer les décrets sur les congrégations, et l’élimination de 613 magistrats en 1883 (dont 2 à 4 appartiennent au parquet) dont 10 premiers présidents. Et, comme le constate JP Royer, ‘au moindre soupçon, au moindre indice d’anti-républicanisme. Nul besoin d’être un antirépublicain militant.’ Il y a de plus des démissions par solidarité, soit 900 à 1000 magistrats éliminés.
            Après Vichy, 184 magistrats éliminés, plus au moins 35 pour insuffisance professionnelle couvrant souvent une sanction relative à Vichy. 120 sanctions sans exclusion (blâme, déplacement d’office, retrait honorariat) et sanctions déguisées non chiffrées (mise à la retraite ou démission faussement volontaire). De plus, alors, remplacement de toute la hiérarchie. »

            Tels sont les aspects qui m’intéressent, et il me semble donc que l’insistance mise sur le serment des fonctionnaires (et non des seuls magistrats) en 1941 uniquement ainsi que sur Paul Didier relève d’une histoire biaisée.

            Enfin, *puisque* les fonctionnaires ont massivement prêté serment en 1941 (à la différence de leurs aînés sous la IIIe République par exemple, cf plus haut) il y a pour le moins présomption qu’en effet, en 1941, Pétain était considéré par eux comme légitime.

          • Maître Castelnau,

            Voyez ce document britannique :

            https://www.judiciary.uk/about-the-judiciary/the-judiciary-the-government-and-the-constitution/oaths/

            Je traduis :

            « Lorsque les juges entrent en fonction, ils doivent prêter deux serments. Le premier est le serment d’allégeance, le second le serment « judicial ». On les désigne collectivement sous le nom de serment « judicial ».

            Serment d’allégeance :
            « Moi, …., jure par Dieu tout puissant que je serai fidèle et garderai allégeance à notre reine sa majesté Elisabeth II, ses héritiers et successeurs, selon la loi ».  »

            Le texte de 1941 :

            « Je jure fidélité à la personne du chef de l’État. Je jure et promets de bien et honnêtement remplir mes fonctions, de garder religieusement le secret des délibérations et de me conduire en tout comme un digne et loyal magistrat. »

        • Pétain ou un autre, dans un autre pays ou une autre période, peu importe.

          L’important ici est le chiffre. Un seul magistrat, Un.

    • Pour vous éviter de dire des âneries, Franck Boizard, lisez le livre de Alain Bancaud sur la justice autour de 1940 1945 (magistrat de formation et historien à l’IHTP).

      J’en extrait les deux informations suivantes :

      – le nom de ce magistrat :
      https://www.cairn.info/revue-histoire-de-la-justice-2008-1-page-133.htm

      – cette citation : « Les magistrats titulaires d’une décoration au titre de la Résistance sont un peu plus d’une soixantaine (médaille de la Résistance, médaille des combattants volontaires de la Résistance, Légion d’honneur, décoration des FFL). Ce qui représente un chiffre incomparablement plus élevé que celui des magistrats décorés par Vichy : 9 magistrats sont titulaires de la francisque (contre 45 avocats).
      (…)
      Le ‘seul’ magistrat résistant de Bordeaux, selon un inspecteur des services judiciaires, rend des services militaires qui lui valent de recevoir la distinction de la France libre : sabotage de voies ferrées, destruction de pylônes et de lignes téléphoniques, destruction de deux contre-torpilleurs, renseignements.(…) Un peu moins d’une vingtaine de magistrats rejoint toutefois le maquis, parfois avec des grades d’officiers, mais c’est surtout à partir de juin 1944 et, là aussi, pour échapper, le plus souvent, à des menaces [pour éviter une arrestation]. Quelques autres, de l’ordre d’une demi-douzaine, participent à l’action armée pendant l’insurrection de Paris, d’une manière suffisamment significative pour être proposés à la dignité de médaillé de la Résistance par la chancellerie et le CNR (Comité national de la Résistance). »

      ***

      Au delà de l’anecdote, cela montre qu’il faut connaître ses limites. On s’agite, on milite pour le RIC, mais on n’est même pas capable de se renseigner avant d’opiner…pas très sérieux ni très cohérent.

  2. Maître,
    Quelles suites aura votre article ?
    Quel juge la ira ?
    Qulel juge aura les C… pour s’affranchir des consignes anti-justice <,
    <bref, à quoi servent vos coupps de gueule ?

  3. Mr… C’est le droit qui va détruire notre civilisation…. C’est écrit depuis 2000 ans….

    • Maître,
      Il me semble que vous êtes un des seuls qui n’ayez pas oubliés les principes fondamentaux du droit compte tenu du peu de bruit de vos ex-confrères .
      Pour redonner un sens à cette notion ,je crois que nous serions nombreux à vous soutenir pour une élection y compris présidentielle en payant de notre personne car vous avez aussi une analyse politique et psychologique qui sont de plus en plus nécessaires à ce niveau .
      A contrario ,Nos derniers TYRANOsaures nous l’ont amplement démontrés !!!
      Au pays de Cyrano nous aurions préféré avoir meilleur choix à faire.
      Y. Bonhomme

    • @ Garrido
      Je crois que vous faites erreur.
      Il y a plusieurs mois Mr de Castelnau a écrit un billet sur le droit et l’effondrement de l’Empire romain. Perso, je n’ai rien compris parce que je ne suis pas juriste mais féru d’Histoire. Cependant j’ai comprendre que le droit romain était bafoué à la chute de Rome au IV ou V ème siècle.
      Il a fallut attendre le Consulat du général Bonaparte pour renouer avec le droit romain , sauf erreur de ma part.

  4. Merci pour ce texte qui me rassure. Je ne partage pas la violence des GJ mais ce qui se passe est lamentable: discrédition des opposants, répression brutale, mis en exergue des seuls faits négatifs, campagne médiatique de la presse mainstream aux ordres….

    La france de mon enfance est devenue ce que je combattais plus jeune: la dictature rouge.

  5. Ce qui est épatant, dans cette affaire, c’est qu’on va entendre durablement certains affirmer qu’il s’agit là des dérives dont se plaignent les populations d’origine immigrée de banlieue.
    Alors qu’il s’agit au contraire d’une répression inédite. Il va être plus difficile d’expliquer la mansuétude des juridictions pour les violences urbaines habituelles avec cet élément de comparaison.

    Mais, après tout, si on s’en tient à une interprétation raciste de la Justice (comme proposée par le manifeste du syndicat de la magistrature), ce n’est pas si insensé.

    Depuis des années, on matraque l’automobile moyen de contraventions pour des petits excès de vitesse quand on paye des formation au permis de conduire aux voyous qui conduisent sans (et sans assurance, de fait). C’est dans la continuité.

  6. Cher Maître,
    Il me semble,dans ces conditions, qu’ il est urgent de recourir devant le Conseil Constitutionnel pour invalidité de l élection présidentielle de 2017. Non?
    Salutations
    Arnaud de Vendeuvre

    • Savez-vous bien comment et par qui sont nommés les membres de cette instance, pour croire qu’elle peut dire un autre droit que celui-là?

    • Le conseil Constitutionnel..?? dont les membres sont des anciens élus choisis par leurs pairs..
      il y a longtemps qu’ils ne représentent plus le Droit..rappelez vous l’élection de Chirac qui aurait dû être invalidée..
      En quelques décennies les partis politiques ont modifié la Constitution à leur avantage en baffouant la démocratie..et ne parlons pas des médias aux mains de 4 groupes financiers qui participent avec ces politiques aux réunions de Bilderberg..
      Le peuple n’est plus souverain..

  7. Maître, merci de cette analyse faite à vif des très graves atteintes à l’équilibre des droits constatées dans l’exercice de la justice par l’appareil d’Etat devant une protestation sociale hors normes, dérives qui ressemblent à une poussée pavlovienne (l’abattage), alors que le rétablissement de la confiance dans les lois et les institutions – à distinguer de l’exécutif – représente un impératif politique et moral de la plus haute urgence. En décrivant avec des exemples si dramatiquement parlants (les six mois de prison fermes pour un post – que pouvait-il afficher?) cette forme de panique liée à une actualité préoccupante avec l’argument du climat de violences matérielles et morales qui appellent certes une réaction, à l’aune de la loi, votre texte alarme à juste titre et en temps réel le public de ces dérives, mais montre aussi que la distance entre l’appareil judiciaire et sa mission impartiale d’application de la loi (toute la loi, rien que la loi), n’est pas qu’une question de conjoncture, marquée par l’intervention de l’exécutif, mais aussi en partie une tendance constante, bien ancrée au sein de l’autorité judiciaire. Vous expliquez certains facteurs de déshérence matérielle résidant dans la baisse des crédits budgétaires à la justice. Mais votre communication met aussi la lumière sur une forme de déréliction morale, avec une « politisation » de la justice et une judiciarisation de la politique au sommet de l’édifice, l’oubli ou l’escamotage aux « étages » inférieurs de cette tour porteuse, chargée d’exprimer le droit face à toute la complexité de la vie sociale. Faut-il aborder la question complexe du rapport de la culture contemporaine à la loi? Comment rendre vigueur aux vocations, à l’esprit de rigueur intellectuelle et morale qui est leur raison d’être? L’indépendance de l’autorité judiciaire devant l’exécutif est une question toujours en suspens, dont la réponse tient dans la recherche permanente de l’équilibre et dans la défiance face à toutes formes de confusion. La pratique qui semble se mettre en place ces jours-ci marque une rupture criante avec la culture judiciaire qui s’est affirmée au cours des cinquante dernières années, sous le signe de la protection de l’individu face aux pouvoirs et aux excès et abus dont ils pourraient être tentés. Plus que jamais, le critère discriminant issu de l’opposition classique entre Etat de droit et Etat de police, entre le droit issu de la délibération informée et les réglements d’autorité récusant les comptes à rendre, représente un repère de civilisation dont il est important de prendre conscience. Et qu’adviendra-t-il lorsque les condamnations prononcées en première instance seront examinées en appel ?

  8. Depuis quelque temps, cher Maître, vos articles sur ce qui se passe au sommet de l’Etat et sur le rôle de la Justice dans la répression des GJ font peur.

    Il me semble que les médias également se sont ligués contre les GJ, comme par exemple le comportement inacceptable de Sonia Mabrouk sur CNews, empêchant Vincent Cespedes de s’exprimer , après l’avoir invité. De même les propos ahurissants de haine de Pascal Praud et de Gérard Leclerc sur cette même chaine.

    Cependant, je pense que cette attitude remonte comme vous le dites à l’élection truquée de E.Macron.

    En l’absence de droite et de gauche, et de l’aide de l’état major d’un parti, comme cela se faisait habituellement, E.Macron s’est appuyé pour sa campagne sur une frange et une fange peu ragouteuse de la société française, représentée par des individus comme Benalla, et Mimi Marchand, personnages à la limite de la légalité.

    Compte tenu des casseroles accrochées aux basques de Macron, que vous avez rappelées dans vos articles, Macron ne pouvait pas s’appuyer sur la police officielle. Il s’est imposé avec l’aide de la racaille.

    La racaille ressort.

    Certains magistrats et la ministre ont choisi de patauger dans cette fange.

    • Je n’ai aucune sympathie pour Vincent Cespedes.
      Comme professeur, il démissionna vite, ce qui ne l’empêche pas de donner des leçons en permanence aux enseignants.
      C’est un ultra-pédagogiste, adepte de cette idéologie qui détruit l’Education Nationale, qui fait baisser le niveau des élèves, qui implique que bon nombre d’enseignants sont saturés à 30 ou 35 ans (cas de certaines de mes anciennes élèves devenues institutrices) (1).
      Pour Cespedes, il faut laisser les élèves bavarder en permanence pendant les cours. Le brouhaha est sans doute la meilleure pédagogie pour lui.

      De plus, pour Cespedes, l’islamophobie est un racisme.
      Absurde : l’islam est une religion, pas une ethnie.
      La majorité des musulmans ne sont pas Arabes. Et des Arabes ne sont pas musulmans (cas des chrétiens d’orient).
      Comme le montre Zineb El Rhazoui, amalgamer l’islamophobie à du racisme est une arnaque des islamistes radicaux pour justifier leur idéologie.

      Quand on pense que des femmes d’origine maghrébine combattent, en courant des risques pour leur vie, cet intégrisme !

      (1) Je préfère ce titre à celui de « professeur des écoles », résultat d’une magouille entre le ministre Jospin (1988-1992) et les dirigeants du SNI-Pegc/FEN.

  9. bonjour, j’aimerais vous soumettre un petit texte sur les femmes policiers que j’ai écrit ce matin, suite à une garde à vue, il est drôle vous verrez et encourageant ! est ce que cela vous intéresse? bien cordialement
    véronique ps, j’adore votre style d’écriture…

  10. Celles et ceux qui doutent encore que nous soyons, par cette crise, entrés dans une ère de chaos pour des dizaines d’années, devraient comprendre que le doute instillé par la corruption atteinte par les quatre pouvoirs législatif, exécutif, juridictionnel et informationnel va prendre des lustres à se résorber. Il faut compter que la défiance que le pouvoir Macronien ait décuplée se portera sur les pouvoirs qui lui succéderont, quels qu’ils soient.

    Pour ce qui relève de l’exercice d’une justice et d’une police de classe, par ailleurs, on peut lire ici dans les commentaires une forme de déni de la répression qui sévit depuis des années dans les quartiers de confinement du lumpenproletariat français. Ce déni traduit un manque de recul lui aussi : ce qui est à l’oeuvre depuis les premières étapes de la construction européenne et qui s’est accéléré depuis la numérisation de l’information, de la gestion et des communications, c’est rien d’autre que la rationalisation et la généralisation du mode d’exploitation colonialiste. Le pouvoir sans partage actuel, c’est le pouvoir des maîtres. Les citoyens de base ne font que réaliser tardivement qu’ils ne sont plus rien d’autre que la « ressource humaine autochtone ». Le danger communiste aura longtemps incité les puissant à huiler les rouages de la machine avec un peu de vaseline, mais dès les années 50 ces rouages existaient déjà. Cette permanence d’une souveraineté de classe en France explique notamment l’absence totale de purge dans la fonction publique, et en particulier dans justice et dans la police, à la libération.

    Chaque fois que vous parlez, il est réconfortant d’entendre s’exprimer une personne attachée aux grands principes inscrits dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Nous sommes nombreux comme vous à apprécier vos considérations pour la présomption d’innocence, le bénéfice du doute sensé profiter à l’accusé, la charge de la preuve incombant à l’accusation, etc. Mais considérons quand-même qu’alors que la peine de mort soit abolie en France, il devrait mourir beaucoup moins de monde chaque année en marge des missions exécutives. À moins de trouver cela naturel ou négligeable, les événements actuels ne peuvent s’interpréter autrement que comme le révélateur d’une simple extension du domaine d’une sujétion coercitive de principe comme de fait, en vérité inscrite dans l’ordre politique et social depuis 1794 ! La souveraineté populaire, dès lors qu’elle est à géométrie variable, n’est rien d’autre qu’une oppression instituée. Aujourd’hui qui s’attache à la valeur de la personne humaine, à sa liberté de parole et de conscience, au principe de l’égalité face à la loi notamment, au fait que cette loi n’ait pour but que d’empêcher les actions (et non les personnes) nuisibles à la société, ne peut que conclure que ces valeurs n’aient in fine jamais vraiment été conquises, mais tout juste été affichées pour entretenir la façade démocratique et alimenter l’imagerie d’épinal d’un pouvoir sur le fond de caste. Le problème n’est pas d’une « reconquête » mais bien d’une réelle démocratisation à faire aboutir.

    En regard de quoi c’est sûr des gadgets comme le « RIP » et autres « proportionnelle » n’auront c’est sûr aucun impact. Comme n’aurait aucun impact le fait de respecter le principe de séparations des pouvoirs sans s’inquiéter du principe actuellement en vigueur de captation préalable des rouages des-dits pouvoirs par une alliance multiséculaire des nantis, des notables et de la haute fonction publique.

  11. Cela fait bien longtemps que la « justice » qui juge « au nom du peuple » a perdu tout crédit aux yeux des Français. La justice n’intéresse guère les magistrats. Vous découvrez enfin l’eau qui mouille….

    On peut rendre plus compétent ceux qui ne le sont pas, il est beaucoup plus difficile de rendre droit ce qui est tordu (psychologiquement).

  12. Il y a belle lurette que la Justice (qu’entre nous les gens d’en bas nous nommons l’Injustice), tout comme les politiques et les medias nous inspirent une grande défiance.

    Eviter de s’y frotter car toucher du doigt peut signifier se faire happer le bras.

    On pourrait ajouter le fisc à cette trilogie.

  13. Cher Maître,
    Je me permets d´insister sur la nécessité de recourir devant le Conseil Constitutionnel pour invalider l´élection présidentielle de 2017.Si vous ne le faites pa s vos protestations n´ont aucune valeur.
    Salutations
    Vendeuvre

      • Aucune preuve de détournement de fonds publics (toutes les sommes payées à Fillon par l´Assemblée Nationale étaient déclarées) aucune preuve que son épouse n´ait pas effectivement travaillé pour lui par conséquent la demande d´enquête sur des faits vieux de plusieurs années qui n´avaient jamais fait l´objet d´aucune enquête constitue une violation de la séparation des pouvoirs et une calomnie interdite par la loi élecorale.On peut aussi ajouter qu´un grand nombre de députés et même Bartolone président de l´Assemblée National employaient leur épouse comme assistant parlementaire.

  14. Merci pour cet éclairage mais je pense qu’il faut être très naïf pour penser que la justice serait une institution moins corrompue que les autres.

    Sociologiquement, la magistrature est composée essentiellement d’enfants de bourgeois, la classe sociale qui concentre tous les pouvoirs et qui se bat bec et ongles pour préserver sa position dominante dans la société. Rien d’étonnant donc à ce que la justice rendue soit une justice de classe.

    Historiquement, je rejoins les posts précédents, la justice a collaboré en 39-45 et elle le fera à nouveau quand l’extrême droite arrivera au pouvoir. Le fascisme est le dernier rempart pour les capitalistes, suivant la formule imagée de Radek, la dictature fasciste, « ce sont des cercles de fer avec lesquels la bourgeoisie essaie de consolider le tonneau défoncé du capitalisme ».

    Institutionnellement, le vrai lien entre l’exécutif et la justice, ce n’est pas le lien entre procureur et ministère mais bel et bien entre procureur et juge du siège. Il suffit de se rendre dans un prétoire pour constater combien le lien est puissant entre ces deux figures de la justice, à la limite de la nausée.

    Bref, police partout, justice complice.
    Vive l’anarchie
    Vive le communisme

  15. Abonné à Le Monde en numérique, je me livre au petit plaisir de commenter les articles, et de lire les commentaires de mes pareils (plaisir réservé aux abonnés).

    Ainsi j’ai écrit le 10 janvier (article:Agression de gendarmes à Paris : l’ex-boxeur placé en détention provisoire)

    « Ne disons pas du mal du pauvre procureur qui a ordonné, et du malheureux juge qui a obéi, en mettant en détention un salarié père de famille qui offrait toutes les garanties de « représentation » (terme technique). Ce sont des fonctionnaires, soumis à une hiérarchie, dépendants d’un avancement. Il aurait fallu être proche de la retraite pour mécontenter. »

    Et le 13 janvier: (article: « Gilets jaunes » : plusieurs journalistes agressés lors de l’acte IX)

    « Bizarre impression à Rouen. Étant logé en ce moment sur le parcours du samedi, j’étais sorti avec mon déguisement de grand vieillard (manteau long, canne, boitillement) pour voir les samouraï de la gendarmerie mobile de près sans risquer de leur faire peur. Ce qui m’a permis d’entendre des ordres dont j’ai déduit qu’ils avaient besoin d’enfermer, d’exciter, d’empêcher la paix. De quoi faire monter la température et obtenir des incidents conformes au discours du Castanier. Il a eu, semble-t-il. »

    On sait que Le Monde est lu par les gens instruits, et l’abonné typique en numérique est le professeur de l’enseignement secondaire public. Or mes petits billets ont suscité des réponses indignées: j’étais un ignorant de la séparation des pouvoirs, mon témoignage était une invention … Et les nombreux autres commentaires sont presque unanimement anti gilets jaunes (populistes, bruns, insupportables grands enfants etc…). Comme si le schéma d’Emmanuel Todd dans « Après la démocratie » (printemps 2008), d’une société des instruits, désormais assez nombreux pour vivre entre eux, et produire pensée et divertissement pour leurs pareils, s’animait sous mes yeux.

    • « Comme si le schéma d’Emmanuel Todd dans « Après la démocratie » (printemps 2008), d’une société des instruits, désormais assez nombreux pour vivre entre eux, et produire pensée et divertissement pour leurs pareils, s’animait sous mes yeux. »

      Ce n’est pas vraiment d’Emmanuel Todd mais plutôt de Christopher Lasch vingt ans auparavant.

      Mais, à ce détail près, je souscris à ce que vous écrivez.

      Chantal Delsol écrit dans le Figaro Vox que la guerre des classes engendre des réactions répugnantes Je peux en témoigner. Dans mon milieu de cadres parisiens, j’ai entendu des choses qui font honte, à propos des gilets jaunes.

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