Bedos/Morano: laissons le juge tranquille.

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L’épisode qui a opposé Nadine Morano à Guy Bedos a agité médias et réseaux. Rappelons que Nadine Morano poursuivait Guy Bedos pour l’avoir traité de « conne » à l’occasion d’un de ses spectacles. Nadine Morano n’avait rien trouvé de mieux à faire que de poursuivre l’humoriste du quatrième âge en correctionnelle pour injures publiques. Fort sagement, et quoique le parquet ait requis la condamnation de Bedos, le tribunal a jugé que cela relevait du débat vif et de la polémique normale en démocratie. Il a prononcé la relaxe. Immédiatement la droite a hurlé au scandale et la gauche prétendu que la juridiction avait confirmé que Nadine Morano était une conne.

Rien de tout cela évidemment. Ce qui est un peu inquiétant, c’est que tous ces gens qui n’ont que la liberté d’expression à la bouche, qui ont marché par millions au mois de janvier pour la défendre trouvent parfaitement normal d’encombrer les tribunaux pour réclamer des sanctions pénales à l’encontre de ceux qui l’ont ouvert. Nadine Morano, passe son temps à s’exposer et parfois dire n’importe quoi. Elle s’étonnerait d’avoir remplacé la désormais discrète Christine Boutin comme tête de Turc ? Ce n’est pas sérieux. Mais c’est aussi dangereux. Contrairement à ce que l’on peut penser la France est un pays très restrictif en matière de liberté d’expression. Près de quatre cents textes l’enserrent, et l’on parle en permanence de les aggraver. Ce qu’on fait d’ailleurs régulièrement. Manuel Vals n’a pas hésité à prétendre que « le racisme était une infraction », ce qui sur le plan des libertés pose un sacré problème. Le racisme est une opinion, une façon de voir les choses, une pensée. Stupide, critiquable déplaisante, mais jusqu’à nouvel ordre la liberté de penser est absolue. Il n’existe pas encore de policiers télépathes.

Ce qui est une infraction, et c’est heureux, c’est le racisme en action : l’expression du racisme, sa propagande, la discrimination. La liberté d’expression trouve ici une de ses limites. Et rappelons ici que le contrôle et la sanction se font a posteriori. On ne peut pas interdire par avance à quelqu’un de s’exprimer. Il doit pouvoir le faire mais sous sa responsabilité. Et s’il viole la loi il sera poursuivi et sanctionné. C’est la raison pour laquelle la décision du conseil d’État interdisant a priori un spectacle de Dieudonné ne peut pas être considérée comme satisfaisante.

J’ai essayé d’apporter quelques éclairages dans ces trois vidéos. Mais le débat continue, il est important.

Bedos relaxé : «Une décision sage et raisonnable»

La liberté d’expression et ses limites en France

«L’infraction de racisme est une absurdité juridique»

Régis de Castelnau

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