Charlie hebdo : toujours fâché avec la « décence ordinaire ».

Anne de Gaulle

 

À la suite de la publication du dernier numéro de Charlie hebdo, j’ai déposé un statut sur Facebook en mettant en regard la couverture de l’hebdomadaire et une photo en noir et blanc.

Des débats, parfois furieux avec des condamnations majoritaires mais également des soutiens. Charlie est devenu un symbole qui contient beaucoup des enjeux de l’époque. Cela semble avoir complètement échappé à l’équipe qui tente tant bien que mal d’essayer de survivre après la tragédie de janvier. Ne mesurant pas que le Charlie II a largement épuisé le capital que lui apportait sa filiation, pourtant usurpée avec le Charlie I. La tragédie a accentué cette rupture. L’extraordinaire soutien du 11 janvier concernait la liberté d’expression. Dans un contresens arrogant, la rédaction l’a pris comme un soutien à sa ligne éditoriale. Celle qui avait amené l’hebdomadaire au bord de l’effondrement à l’automne 2014.

 

Sur la couverture, un dessin de piètre qualité, comme d’habitude s’agissant du dessinateur Riss, qui s’efforce en vain de s’approcher du talent, de ses prédécesseurs, Wolinski , Reiser, Cabu, Gébé. Le titre en était : « Morano la fille trisomique cachée de de Gaulle ». J’ai placé à côté la photo en noir et blanc du général De Gaulle sur la plage de Bénodet. Tenant dans ses mains celles de sa fille Anne, trisomique assise sur ses genoux. Je n’ai pas fait de commentaires, me contentant de rappeler brièvement l’histoire de cette petite fille, qui justement ne fut pas cachée. J’ai simplement affublé Monsieur Riss du qualificatif qu’il me semblait mériter à cette occasion. Celui dont relève quelqu’un à ce point dénué d’un véritable humour, et ayant cette aptitude impressionnante à se tenir à distance de ce que Orwell appelait la « décence ordinaire ».

Je le reproduis ci-dessous.

« Charles de Gaulle eut une fille trisomique. Qui n’était pas cachée.

Anne née le 1er janvier 1928. Ses parents ont toujours refusé de la placer dans un établissement spécialisé et s’en sont occupés jusqu’à son décès.

Dans ses mémoires, de Gaulle écrivit : « Cette enfant était aussi une grâce, elle m’a aidé à dépasser tous les échecs et tous les hommes, à voir plus haut »

Le 6 février 1948, Anne âgée de 20 ans mourut d’une pneumonie dans les bras de son père. Elle fut inhumée le 8 février au cimetière de Colombey. Après s’être recueilli devant la tombe qu’on venait de refermer de Gaulle dit à sa femme : « Venez, maintenant elle est comme les autres. »

Monsieur Riss vous êtes un gros con. »

Ce statut est devenu viral. «Liké » près de 3000 fois et partagé plus de 2000… il a déclenché force commentaires. Parfois furieux avec  condamnations  et soutiens. Charlie est devenu un symbole qui contient beaucoup des enjeux de l’époque. Cela semble avoir complètement échappé à l’équipe qui tente tant bien que mal d’essayer de survivre après la tragédie de janvier. Ne mesurant pas que le Charlie II a largement épuisé le capital que lui apportait sa filiation, pourtant usurpée avec le Charlie I. La tragédie a accentué cette rupture. L’extraordinaire soutien du 11 janvier concernait la liberté d’expression. Dans un contresens arrogant, la rédaction l’a pris comme un soutien à sa ligne éditoriale. Celle qui avait amené l’hebdomadaire au bord de l’effondrement à l’automne 2014.

 

L’honnêteté commande de dire que dans les débats, l’approbation de la démarche de l’hebdomadaire était minoritaire. Même si elle s’est exprimée, ce qui est bien. Il me semble nécessaire cependant d’apporter quelques précisions :

  • il n’était bien entendu pas question de revendiquer ou même d’imaginer une quelconque censure à l’égard des inconséquences de Charlie hebdo. Si ces gens-là entendent se déshonorer, ils sont tout à fait libres de le faire.
  • J’ai toujours considéré que ce Charlie hebdo, celui de Philippe Val, était une imposture. Une captation de l’héritage de celui créé par la bande de Cavanna après l’interdiction de « Hara-kiri hebdo » pour la fameuse couverture du « bal tragique à Colombey ». J’ajoute que l’annonce de ses difficultés et de sa probable disparition à l’automne 2014 ne me provoquait aucun chagrin.
  • Évidemment la tragédie de janvier a tout changé. Ce journal qui se voulait satirique et drôle et qui n’était malheureusement qu’ennuyeux est devenu le symbole de la liberté d’expression bafouée. Comme les victimes de l’Hyper Cacher, tuées parce que juives, sont devenues les martyrs du nouvel antisémitisme. Ahmed Merabet et Clarissa Jean-Philippe les symboles de l’État Républicain attaqué.
  • J’ai cependant pensé (espéré ?), que malgré l’horreur et le choc, tenant compte de l’émotion et de l’énorme solidarité dont elle avait été l’objet, l’équipe du journal mesurerait la nouvelle responsabilité qui était la sienne. Cette attente a été immédiatement déçue. J’avais publié un article au moment de la publication du premier numéro d’après le drame pour expliquer cette déception.

Pour la clarté de mon propos et pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, on pourra s’y reporter….

Charlie: l’humour de fin de banquet, toujours, tout le temps?

 

 

Régis de Castelnau

1 Commentaire

  1. Bonjour, Monsieur de Castelnau,
    J’ai reçu votre article par des chemins détournés, n’étant pas un lecteur habituel de Vu du droit.
    Je ne vous connaissais pas et je ne sais de vous que ce que j’ai pu lire dans quelques éléments de biographie qui sont disponibles sur la toile.
    Je ne partage pas votre engagement politique ni vos convictions personnelles. Mon engagement personnel et mes convictions, même très opposés aux vôtres ne sont pas un obstacle au dialogue, même s’il se limitera sans doute à ce bref commentaire.
    Je respecte votre engagement et vos convictions car je crois profondément que notre conscience ne nous trompe pas si tant est qu’elle s’appuie sur une recherche sincère de la vérité que chacun est tenu de chercher et peut trouver dans le contexte familial et culturel qui est le sien, dans les circonstances qui ont présidé à son éducation. Ensuite hélas l’histoire nous a montré trop souvent que les convictions sont souvent devenues des murs et des barrières qui séparent plutôt que des ponts qui unissent.
    Qu’importe et pour revenir au sujet qui me vaut de vous écrire je salue votre courage intellectuel… qui est aussi celui du cœur (au risque de me répéter car pour moi le courage a quelque chose à voir avec le cœur, ne serait que par l’étymologie) pour avoir su écrire ce que vous avez écrit dans cet article.
    Je ne me prononcerai pas plus que vous sur le fond de ce qui est devenu « l’affaire Morano ». Je réagis à votre mise au point sur l’ineptie que représente le dessin que Riss a mis en couverture du dernier numéro de Charlie Hebdo.
    Je ne suis pas Charlie et je n’ai jamais été Charlie.
    La tragédie du mois de janvier, et je tiens au mot tragédie, même si les victimes n’ont jamais été pour moi des exemples dans aucun domaine, a été une fracture profonde dans l’âme de toute personne dotée d’un esprit pour penser et d’un cœur pour aimer.
    Je ne ferai jamais des journalistes victimes des martyrs de la liberté, fût-elle d’expression. Mais ce qui s’est passé aurait dû faire réfléchir un peu plus, notamment les « survivants » de la tragédie, dont Riss.
    Beaucoup ont revendiqué le « droit au blasphème », comme le cri suprême de la liberté.
    Je ne le pense pas. Et moins encore quand il s’exprime avec une violence insupportable, comme vous l’avez souligné avec une grande délicatesse, en mettant en parallèle le dessin de Riss et la photographie de Charles de Gaulle et de sa fille Anne.
    Je n’ai rien de plus à ajouter ? Vous avez tout dit et vous l’avez très bien dit.
    Soyez remercié.

    PS : Je me laisse aller sur un blog qui n’avance pas à la vitesse des trimarans qui parcourent les océans à partir de la Bretagne où je vis. Mais mes activités professionnelles ne me laissent pas beaucoup de temps. Alors je réagis à l’actualité en fonction de mes goûts et de mon humeur. Parfois, comme en ce moment, je suis parti, loin au milieu des océans et c’est le silence radio.

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