Affaire Morandini : politique par juge interposé, passion française du lynchage et aversion pour l’avocat

Il y a quelques semaines, j’étais venu m’épancher sur ce réseau avec un petit texte qui accompagnait la publication d’un entretien que j’avais accordé à un média numérique. Alors plutôt que de recommencer à dire la même chose par paraphrase, et dans la mesure où l’on est jamais mieux servi que par soi-même, autant me citer :

« Lorsqu’il y a une dizaine d’années, j’ai décidé de prendre quelques distances avec la pratique quotidienne du métier d’avocat, j’ai eu l’envie de « rendre » un peu de cette expérience accumulée comme praticien et universitaire du droit. Je souhaitais porter un regard critique sur l’actualité à partir des compétences juridiques et judiciaires que je considère (à tort ou à raison) comme mon lieu d’énonciation privilégié. Inutile de préciser que dans un pays à forte culture administrative et faible culture juridique (et que dire de la culture judiciaire…), c’était un peu jouer sur le velours. Récemment après une conversation avec celui-ci, mon fils me faisait part des interrogations désabusées d’Emmanuel Todd sur l’utilité de son travail. Il m’a alors demandé directement si ce que j’avais fait pendant ces 10 ans (près de 1400 articles et un livre de 600 pages) avait servi à quelque chose. Je lui ai spontanément répondu : « à rien ! » En l’assortissant en rigolant de la fameuse citation de Simon Bolivar à la fin de sa vie : « He arado en el mar » (j’ai labouré la mer) ».

Alors pourquoi cette redite aujourd’hui ? Pour la raison simple que l’affaire Morandini vient d’alimenter à nouveau une bouffée de pessimisme désenchanté, en m’offrant une nouvelle et double démonstration. En France, on adore les lynchages, et déteste les avocats.

La passion française du lynchage

En ce qui concerne le lynchage, même si on a désormais pris l’habitude de mener les luttes politiques et sociales par juge interposé, encore faut-il que la réponse du juge donne satisfaction à la meute. Et souvent les limites et l’encadrement des procédures judiciaires, que devraient imposer le souci de liberté de tous sont considérées comme insupportables. Les peines prévues par le code pénal et infligées par le juge ne sont jamais suffisantes, et résonne alors la clameur, exigeant l’application immédiate de la peine de mort sociale. Depardieu, Cantat, Abittan, et tant d’autres, auxquels dernier en date, la meute vient d’ajouter Jean-Marc Morandini.

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Avant de partir, merci de m’offrir un café.

Régis de Castelnau

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